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« J’ai fait confiance à des voleurs » : ils surfacturaient des travaux à leurs clients séniors
Le 8 octobre, trois hommes issus de la communauté des gens du voyage et deux femmes ont été arrêtés à Tarbes et Lons par la gendarmerie des Hautes-Pyrénées car suspectés d’avoir abusé de la faiblesse de plus d’une vingtaine de personnes âgées. Ils ont été jugés ce 29 novembre par le tribunal de Tarbes.
« Ils étaient en recherche de gains faciles. Ils ont fait une tournée des personnes âgées. » Le ministère public n’a pas caché son indignation face aux agissements des 5 prévenus suspectés d’avoir mené grand train en profitant de la vulnérabilité de « leurs proies » qu’ils savaient fragiles, des Hautes-Pyrénées jusqu’en Béarn.
Trois hommes et deux femmes (âgés de 22 à 30 ans) issus de la communauté des gens du voyage, interpellés par la gendarmerie le 8 octobre à Tarbes et à Lons après plusieurs mois d’investigations menées par la brigade de Lannemezan. Si les hommes ont été placés en détention provisoire, les 2 femmes suspectées de blanchiment ont été laissées libres jusqu’au procès qui s’est tenu ce 29 novembre devant la chambre correctionnelle du tribunal de Tarbes.
Une audience fastidieuse tant le nombre de victimes est élevé : près d’une trentaine d’hommes et de femmes âgés en moyenne de 80 ans, qui se sont vus délester pour certains jusqu’à 90 000 euros pour des menus travaux de nettoyage de toiture ou de terrasse. Travaux réalisés la plupart du temps simplement à l’eau de javel. Préjudice total estimé : 250 000 euros. Des « méthodes » dont la fédération départementale du bâtiment et des travaux publics a souhaité se désolidariser en se constituant partie civile.
« Parfois, vous ne finissiez pas les travaux commandés ou vous ne veniez pas alors que vous aviez déjà exigé des paiements de la part des clients » a précisé la présidente Lucile Pichenot, qui s’est appliquée à détailler le montant et la nature des travaux effectués par l’équipe pour chaque victime.
« J’étais anesthésiée de paroles »
Peu de parties civiles ont finalement fait le déplacement jusqu’au tribunal. Mais certaines d’entre elles sont venues témoigner à la barre. « J’ai fait confiance à des voleurs. Tout cet argent parti en fumée ça fait mal au ventre », a lancé un dame de 85 ans.
Une autre a expliqué aux magistrats s’être sentie « anesthésiée de paroles. Quand ils sont venus à la maison pour nous proposer de nettoyer le toit, mon mari a essayé de me dissuader mais je ne sais pas… Ils parlaient tout le temps. Quand on a vu qu’ils ne faisaient pas le travail correctement, nous leur avons demandé de partir. Ils se sont énervés. »
« Sous pression », plusieurs victimes n’ont pas su dire non lorsque les artisans ont allongé la liste des rénovations à effectuer. « Vous avez même fait payer deux fois une personne par carte bleue en prétextant que la transaction avait échoué », a ajouté la présidente.
Si les trois hommes ont reconnu avoir gonflé les tarifs, et « des oublis de déclarations à l’Urssaf et aux impôts », ils ont nié avoir abusé de la faiblesse de leurs clients. Des vidéos accablantes diffusées à l’audience ont pourtant démontré de quelle façon au moins l’un d’entre eux considère les aînés.
« Tu vas cracher combien ? »
Sur les vidéos saisies dans son téléphone, le prévenu s’adresse à une mamie filmée à son insu. Cette dernière souhaite vendre un barbecue pour 250 euros. L’homme lui tend une pièce de 2 euros et lui fait croire d’un ton moqueur que la banque vient de sortir des pièces de 200 euros. « Voilà les sous. Moi je repars avec le barbecue », lance-t-il avant de poster la vidéo sur les réseaux sociaux.
Quatre autres fichiers du même type ont été visionnés face à une assistance médusée. Face un monsieur visiblement inconscient de la situation il ironise : « Combien tu vas cracher pour les travaux aujourd’hui ? » A un autre, il demande s’il peut lui acheter de la drogue. Sur une dernière vidéo, il se moque ouvertement d’une dame qui a du mal à se mouvoir.
« C’était juste des blagues », s’est défendu l’intéressé. « Vous aimeriez que l’on fasse ça à votre grand-mère ? » a rebondi Véronique Rolfo, avocate de l’une des victimes.
« On a fait le travail »
Pour l’accusation, les hommes ont sciemment ciblé un public fragile pour s’enrichir grassement, tout en dissimulant aux organismes les revenus perçus. Les femmes ont profité de cet argent frauduleux. Des peines allant de 6 mois d’emprisonnement avec sursis à 3 ans dont 1 an avec sursis ont été requises à l’encontre des prévenus.
« On était mal organisés mais on a jamais voulu escroquer les clients. On a fait le travail » a répété l’un d’entre eux. Et les avocats de la défense d’essayer de démontrer que les victimes n’étaient pas forcément en état de vulnérabilité. « Le grand âge est compatible avec une parfaite lucidité puisque l’une des plaignantes venue témoigner aujourd’hui a expliqué qu’elle a été en capacité de négocier le prix annoncé par les artisans », a plaidé Me Maxime Barnaba, avocat de l’un des prévenus.
« Mon client sait à peine lire et écrire. Il ne connaît rien à la gestion d’une entreprise. Pour vivre ou survivre, les voyageurs vont faire des travaux d’élagage ou autre. Ce qu’ils peuvent avec leurs moyens », a plaidé Me Roquain Olivier (barreau d’Agen).
Sans surprise, tous ont été condamnés à de fortes amendes et des à des peines d’emprisonnement allant de 4 mois avec sursis à 3 ans dont 1 an avec sursis. Les biens saisis, dont une caravane, ont été confisqués.