Actualités Hautes-Pyrénées, Actualités Tarbes

PORTRAIT.  » Je réalise une vraie enquête  » : Philippe Bilwes est archéologue bénévole


l’essentiel
À l’occasion des journées du patrimoine, Philippe Bilwes, archéologue bénévole expose ses recherches sur le cloître de l’abbaye de Saint-Sever-de-Rustan. Daltonien, le Pyrénéen n’a jamais pu se professionnaliser dans l’archéologie. Il est sollicité par les services de l’État en tant qu’amateur. Explications.

Quand il était petit, ses parents n’avaient pas besoin de le trainer pour aller visiter les châteaux et les églises. Philippe Bilwes y allait de bon coeur. Originaire de Trie-sur-Baïse, le Bigourdan a toujours aimé l’histoire et l’archéologie. Mais avec la physique, son coeur balance. Etudiant, il tranche : ce sera un master de géophysique et de géochimie, à Toulouse. L’appétit des monuments ne le quitte pas. À 23 ans, il devient auditeur libre à la Sorbonne en histoire de l’art et en archéologie. Mais la formation est trop littéraire pour le scientifique qu’il est.  » Je rencontre alors le chemin d’archéologues du bâti et je commence très sérieusement à m’intéresser à cette discipline « , se souvient le Pyrénéen. Il aimerait se professionnaliser. Mais un obstacle majeur se dresse face à lui.  » Je suis daltonien. On m’avait prévenu, petit, que ce serait compliqué de devenir archéologue. C’est toujours resté dans un coin de ma tête jusqu’à ce que j’oublie « , explique Philippe Bilwes. Mais à 23 ans, son passé le rattrape alors qu’il est sélectionné sur un chantier de fouilles dans les Yvelines, en bord de Seine. Le Pyrénéen ne distingue pas bien les différentes couches de marron, confond les nuances et ne voit pas certains niveaux : impossible de participer aux fouilles archéologiques. Et surtout, il renonce à en faire son métier.

Alors, qu’à cela ne tienne, contrarié par ce handicap, Philippe Bilwes sera bénévole au service du patrimoine et de l’État.  » À côté, je donne des cours particuliers de maths, de physique, d’histoire et d’anglais. Je me dégage du temps en soirée, le dimanche et parfois le jeudi pour me consacrer à l’archéologie « , mentionne-t-il. Car à 48 ans aujourd’hui, l’amateur est souvent sollicité. En 2024, il a remis un rapport sur le cloître de l’abbaye de Saint-Sever-de-Rustan au service régional de l’archéologie qui dépend de la DRAC.  » En fait, il y a très peu de postes dans l’archéologie du bâti. Les services ont besoin de bénévoles, comme moi, pour compléter les missions des professionnels. On est les petits bras de l’ombre, entre deux chaises « , indique-t-il. Un rapport contrôlé scientifiquement par la DRAC qui lui vaut une subvention.

Quinze ans d’études de l’abbaye de Trie-sur-Baïse

Car sur le terrain, Philippe Bilwes étudie le moindre détail, dessine chaque pierre. Avec une ficelle, un décamètre, un drone et un tachéomètre laser, il reproduit les façades, les étages, les niveaux, les angles, les briques, les chapiteaux, les voûtes, les colonnes… Réalise des plans en 3D.  » J’exécute un plan précis de déformation. Quand l’église est tordue, est-ce à cause d’un défaut sur la construction ? De la présence d’un édifice antérieur ? En fait, je réalise une vraie enquête « , note le spécialiste qui étudie la stratigraphie. Il réalise ensuite des plans vulgarisés pour la visite du public et colorisés (les éléments du XIIe siècle en vert, ceux du XVIIIe siècle en marron…) et des comptes rendus pour les services de l’État.

Mais alors, quelle est la différence avec un archéologue professionnel ?  » Je ne fais pas d’archéologie préventive. Les archéologues fouillent pendant 15 jours et remettent leur rapport. Souvent, ils n’ont pas le temps de le valoriser. Moi, je travaille depuis quinze ans sur le cloître de l’abbaye de Trie-sur-Baïse et je peux mettre en lumière mes recherches « , détaille-t-il. Quinze ans de recherches, et pour preuve :  » Une journée sur le terrain donne suite à trois jours de traitement des données « . Chez lui, il a aménagé une pièce rien que pour ses enquêtes avec une grande table pour étaler ses plans. Son prochain objectif : traverser l’Atlantique pour retrouver un peu de chez lui aux États-Unis.  » Des chapiteaux du cloître original de l’abbaye de Saint-Sever-de-Rustan et de Trie-sur-Baïse sont exposés au musée du Fort Tryon Park, à New-York », précise Philippe Bilwes. Une envie d’ailleurs pour mieux comprendre ce qu’il y a ici, sous ses yeux.

Il présente ses recherches aujourd’hui à l’abbaye

Philippe Bilwes prendra la parole ce dimanche dans le cadre des journées du patrimoine et du matrimoine à l’abbaye de Saint-Sever-de-Rustan. De 15 heures à 17 heures, il dévoilera le fruit de son travail sur l’édifice, images de synthèse à l’appui. Thème de la prise de parole : la restitution du cloître de l’abbaye en 1890 avant son départ pour le jardin Massey de Tarbes.



Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *