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Cimetière nord : La dernière Toussaint de Daniel Mottet
À la fin de l’année, Daniel Mottet, le gardien du cimetière Nord de Tarbes va prendre sa retraite après avoir assuré sa mission pendant 13 ans. À quelques jours de la Toussaint, il raconte le quotidien d’un cimetière.
« Un cimetière, paradoxalement, c’est quelque chose de très vivant, il s’y passe toujours quelque chose », résume Daniel Mottet, le gardien du cimetière Nord de Tarbes. Des obsèques, bien sûr, mais aussi beaucoup de visites. « Il ne se passe pas un jour sans qu’il y ait des dizaines de visiteurs, et bien sûr des centaines ou des milliers pour la Toussaint. » Mais surtout, un cimetière, ça évolue sans cesse. « Là, la municipalité a commencé à refaire certaines allées, déformées par les racines des arbres. Nous avions aussi demandé un passage piétons pour traverser la rue, ainsi que des quilles pour empêcher le stationnement à ses abords, afin d’améliorer la sécurité. » Sécurité toujours, avec l’installation d’un portillon à déclenchement électrique, afin de pouvoir sortir. « Il est arrivé que des personnes se retrouvent bloquées à l’intérieur, n’ayant pas entendu nos coups de sifflet pour indiquer que nous fermions. Ils y avaient passé une partie de la nuit… Désormais, si ça arrive, ils peuvent sortir. »
De plus en plus de crémations
Mais l’évolution la plus notable, c’est l’augmentation de la crémation. « Il y a toujours une vingtaine d’inhumations par mois, mais nous avons de plus en plus d’urnes funéraires issues de crémations. Aujourd’hui, c’est environ un tiers des obsèques, et ça progresse encore. Alors, nous avons édifié un nouveau columbarium, où peuvent être déposées les urnes dans des alvéoles, et surtout créé des cavurnes. » Les cavurnes, ce sont des tombes en réduction, qui peuvent accueillir jusqu’à quatre urnes. Un procédé moins onéreux, et qui permet de gagner de la place, car l’endroit n’est pas loin d’être saturé. « Nous avons aménagé une nouvelle zone pour des tombes, mais l’espace viendra à manquer un jour ou l’autre. » Sauf à accentuer les reprises de tombes. « Sur les 7 000 tombes, nous en avons environ 10 % que l’on qualifie « d’échues ». C’est-à-dire qu’elles ne sont plus entretenues et que la concession est arrivée à son terme. Nous y apposons une petite pancarte, afin que la famille vienne nous voir. Mais c’est rare, alors il faut entamer des recherches, souvent fastidieuses pour retrouver les familles. »
Un lieu de mémoire
Autre mission, la tenue du registre. « Tout est consigné depuis son ouverture en 1959. Bien sûr, il y a eu l’informatisation, mais on a nos registres papier. Et on sait précisément où se trouve chaque défunt, quand un visiteur nous le demande, on le lui indique dans la minute. C’est un véritable lieu de mémoire. » Les gardiens transmettent aussi les demandes de concessions. Et bien sûr, il y a l’entretien. « On met un point d’honneur à offrir un cadre agréable, propre. Le cimetière ouvre à 8 heures, mais nous sommes sur le pont dès 6 h 30, pour que tout soit impeccable à l’ouverture. » Encore plus en cette période de Toussaint… Et puis il faut aussi faire la « police » de temps en temps. « Le nombre de vols a bien diminué. Surtout après l’affaire de la dame qui volait régulièrement et a été interpellée. Pour le reste, on surveille les agissements des visiteurs. » Des moments insolites ? « Oui, il n’est pas rare que des gens se réunissent autour d’une tombe pour boire de l’alcool à la mémoire du défunt. Ce n’est pas autorisé. » De même que d’emmener un chien, de circuler à moto ou à trottinette dans les allées, de jouer au ballon (c’est arrivé !), de fumer ou d’y faire retentir de la musique. Et on ne peut pas y accéder en voiture. « Sauf pour les personnes titulaires d’une carte d’invalidité ou d’une autorisation spéciale de la mairie. » Mais pendant la Toussaint, aucune voiture ne sera admise. « Non, il y a trop de monde, et les risques d’accident seraient trop grands. Alors, nous proposons aux visiteurs de les transporter jusqu’à la tombe de leurs proches dans une petite voiturette, on le fait depuis deux ans, et le service est apprécié. »