Actualités Hautes-Pyrénées
Une leçon de vie parisienne, par Luis Enrique : À jamais des guerriers
Prenant à contrepied la majorité des observateurs depuis deux ans, le tacticien asturien a permis à Paris d’atteindre cette quête aux grandes oreilles que l’on finissait par croire, et cette année encore plus, inatteignable.
Dans la chaudière munichoise de cette grandiose soirée du 31 mai, bien avant leurs joueurs, les supporters parisiens ont su mettre au pas leurs homologues interistes. Pas plus nombreux, sans doute, mais plus ardents. Infatigables chanteurs. La fièvre parisienne a envahi la Bavière, et tout emporté sur son passage. L’Inter de Simone Inzaghi, pourtant si hermétique à toute pression cette saison en Champions League, n’y a pas survécu.
En tribunes, les Parisiens avaient préparé un émouvant tifo en hommage à Xana, la petite fille de Luis Enrique disparue en 2019 d’une maladie rare. Celui qui a tout changé au club parisien a su enfin planter ce drapeau bleu et rouge sur la planète Europe. Pour sa fille. Pour tout un peuple.
Luis révolutionnaire
Il y a 10 ans, un peu plus au nord, dans une autre finale de Coupe d’Europe, Xana agitait un drapeau bien plus familier en temps de grandes finales. Celui catalan du Barça, mastodonte que Luis Enrique venait de couvrir d’un cinquième sacre européen dans la nuit berlinoise.
« J’ai un souvenir incroyable parce que ma fille adorait beaucoup les fêtes, confiait le technicien espagnol en début d’année. Je suis sûr qu’elle continue de faire la fête de là où elle est. » Le Barça de Luis Enrique s’appuyait sur le trio d’attaque le plus prolifique, et peut-être le plus terrifiant de l’histoire du football moderne. Neymar Junior. Luis Suarez. Lionel Messi.
Iniesta, Xavi, Busquets, Ter Stegen, Alba ou Piqué pour venir compléter l’armada. Depuis lors, on a entendu dans les bars francophones, que même un piètre tacticien aurait pu coacher ce FC Barcelone là, et l’amener au bout de sa quête continentale.
Des arguments dans la besace des détracteurs de Luis Enrique sur ses premiers mois mitigés dans la capitale parisienne. Son plus gros fait d’armes en club avant de coacher le PSG n’était-il donc qu’un mirage ?
Paris ensorcelé…

Au Camp des Loges, pourtant habitué à entraîner les plus grands, les plus brillants, les plus médiatiques, Luis Enrique a fait vite déchanter le (star)-système. Après tout, ni Ibrahimovic, ni Neymar ni Messi n’ont su ramener cette étoile à Paris. Quid de Mbappé ? « On sera meilleurs sans lui« , jura-t-il devant une tribune de presse circonspecte.
Certain qu’avec Doué et Barcola, jeunes talents français membrés d’à peine deux saisons pleines en Ligue 1, il irait plus loin que l’an passé en Europe, et cette demi-finale morbide perdue contre Dortmund malgré leur vedette supersonique aux quasi 50 buts par saison. Qui aurait prédit la suite ?
Car dans ce début de saison européen à la nouvelle recette, les débuts furent fébriles. Les revers contre l’Atlético ou Arsenal plaçaient le PSG bien loin du wagon des prétendants. La victoire poussive contre Gérone et le nul face à Eindhoven ne convainquaient pas plus.
Alors, Luis Enrique a beaucoup tenté. Essayé de multiples formules. Écarté face aux Gunners Ousmane Dembélé, pour montrer les muscles et assurer qu’ici, dans l’institution PSG, il n’y aurait plus ces errances du passé. Trouvé peu à peu sa formule : un 4-3-3 avec un Nuno Mendes d’abord très bas, un Hakimi très haut. Exit Gonçalo Ramos ou Kolo Muani. On jouerait sans avant-centre. Manchester City a été renversé.
La machine était lancée, Paris qualifié, mais pas encore délivré. Alors 2025 restera à jamais comme l’année marquant la fin de la malédiction parisienne en C1. Le comble, c’est qu’ils l’ont fait dans leur seule saison – en 13 depuis leur retour européen – sans la présence de vraies « stars. »
Peu importe les étoiles, Luis Enrique les a façonnées. Reconstruites. Pour aller chercher la plus convoitée de toutes. Dembélé est devenu le cyborg. Un patron en mission, enfin consistant dans la finition, véritable harceleur de relanceurs. Quelles images, quand on pense au pressing du précédent avant-centre. Doué, regen de Neymar, a attrapé la foule aux premiers slaloms chaloupés. Le trio Ruiz-Vitinha-Neves est devenu un milieu marchant sur l’Europe.
Qu’ont t-il mangé de plus pour avoir un visage aussi flamboyant, étranger à celui bien blême du début de saison ? Ghislain Recoule, qui était le cuisinier du PSG…l’est toujours à l’issue. Plus que l’aspect sportif, les Parisiens ont appris. Travail et rigueur insufflé par un homme providentiel ont permis à ce groupe de remonter leur estime de soi, devenant en outre des mutants athlétiques.
Quant au chaos qu’on leur promettait à Anfield, à Arsenal ou même à l’Inter, ces trous d’air qui leur ont coûté absolument tout depuis 13 ans, il faut dire que Luis Enrique a su les faire disparaître. Son mental est infaillible. L’Homme, à qui la vie a montré le pire, n’a plus rien à perdre. Tout à gagner.
…et lancé pour durer

Habités, les Parisiens se sont vus transmettre ce souffle génial. Résultat ? Un premier sacre européen en torpillant l’Inter Milan sur le plus grand des écarts d’une finale de C1 (5-0). Le tout avec le plus jeune effectif de tout le plateau continental. Sans exploit individuel. Sans aile de pigeon d’Ibra. Sans rush impressionnant de Neymar. Sans la magie de Messi. Juste de la synergie collective. L’avenir peut s’avérer terrifiant pour les adversaires.
Oui, le Real Madrid va rebondir sous Xabi Alonso, prêt à réanimer ses stars. Le surpuissant City de Guardiola prépare un nouveau cycle. Le Barça est porté par un nouveau Messi(e). Mais Paris a lui aussi trouvé son crack, avec Doué, un doublé et une passé « dé » en finale de C1, à 19 ans.
Désiré Doué appartient à une race de joueurs qu’on reconnait dans les grands soirs » : les journalistes d’Eurosport, A. Merle et C. Morin, ne manquaient pas de superlatifs pour décrire la prestation majuscule de Désiré Doué. Même Messi et Ronaldo n’avaient jamais été décisifs à trois reprises en finale de C1.
Il a été passeur délicieux pour Hakimi dès la 12e minute, avant de s’offrir un doublé (20e, 63e). Potentiel futur « Golden Boy », D.D voit l’avenir en grand. Une comète prête à s’inscrire dans un Paris peut-être à l’aube d’une hégémonie européenne. Les étoiles sont alignées pour. Doué veut rimer avec sacré.
Paris a aussi trouvé son roc en défense, avec Pacho, penchant parfait du capitaine Marquinhos, chat noir enfin désavoué. Son dernier rempart (enfin), le volcan napolitain Donnarumma. Son ailier chevaleresque, avec Kvara. Son futur ballon d’or, peut-être, avec Dembélé ? À Paris, on n’a pas fini de rêver grand.