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Pyrénées – Coup de tonnerre sur les ondes locales : les radios associatives menacées par la baisse du Fonds de soutien à l’expression radiophonique


La réduction de 44 % du Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER) inscrite dans le projet de loi de finances 2026 plonge les radios associatives dans la tourmente. Dans les Hautes-Pyrénées, Radio Présence, Atomic Radio et Radio Luz tirent la sonnette d’alarme. Une coupe qui pourrait condamner jusqu’à 400 antennes locales à travers la France.

Dans le tumulte du projet de loi de finances 2026, une mesure fait figure d’électrochoc : la réduction du FSER, principal outil de financement des radios associatives. Ce fonds, actuellement doté de 35 millions d’euros, passerait à 20 millions, soit une baisse de 44 %. Pour Jean-Marc Courrèges-Cénac, responsable d’Atomic Radio dans les Hautes-Pyrénées, coprésident de la CNRA (Confédération nationale des radios associatives) et de l’ARA (Assemblée des Radios Associatives en Occitanie), cette coupe est tout simplement « synonyme de mort pour de nombreuses radios ».

« Une baisse de 44 %, ce n’est pas 44 % des radios qui vont disparaître, c’est 80 % », prévient-il. Selon les chiffres du secteur, environ 770 radios associatives existent en France. Plus de 400 pourraient cesser d’émettre si la mesure était adoptée en l’état.

Les Hautes-Pyrénées en première ligne

Dans le département, trois antennes sont directement concernées : Radio Présence, Atomic Radio et Radio Luz. Leurs représentants, David Torchala, Jean-Marc Courrèges-Cénac et Ludovic Roif, ont tenu une conférence de presse commune pour alerter sur la gravité de la situation. « L’emploi sera le premier impacté », explique Jean-Marc Courrèges-Cénac. « Sur les quelque 3 000 emplois que comptent les radios associatives en France, 2 400 pourraient disparaître. Nous sommes le deuxième employeur du secteur radiophonique, juste derrière le service public. »

Le FSER, pilier historique du pluralisme

Créé dans les années 1980 à la suite de la libération de la bande FM, le FSER a été pensé comme un mécanisme de péréquation pour garantir la diversité du paysage radiophonique. Les radios commerciales contribuaient autrefois à ce fonds via une taxe sur la publicité audiovisuelle. Supprimée en 2019, cette taxe rapportait pourtant environ 41 millions d’euros par an. « Ce fonds permettait d’assurer la pluralité, de soutenir les radios de proximité et d’éviter la concentration des médias », rappelle Courrèges-Cénac. Aujourd’hui, la baisse envisagée « interroge sur la volonté politique de préserver le pluralisme et la diversité des médias locaux », souligne-t-il.

Des acteurs complémentaires sur le territoire

Dans les Hautes-Pyrénées, les radios associatives jouent un rôle essentiel dans l’animation et la cohésion des territoires. Chacune a sa couleur : Radio Présence, à vocation généraliste et écuménique ; Radio Luz, centrée sur la culture et la montagne ; Atomic Radio, tournée vers la musique pop-électro et les jeunes publics. « Nous ne sommes pas concurrents, nous sommes complémentaires », insiste Jean-Marc Courrèges-Cénac. « Une radio commerciale ne pourrait pas produire ce type de contenus de niche, ancrés dans les réalités locales. » 

Une économie vertueuse, mais fragilisée

Les radios associatives fonctionnent dans le cadre de l’économie sociale et solidaire. Elles sont soumises à un plafond de 20 % de recettes publicitaires, ce qui limite leurs marges de manœuvre.

« Chaque euro versé par le FSER est réinjecté dans l’économie locale », rappelle le coprésident de la CNRA. Pourtant, l’aide à l’exploitation versée aux radios n’a pas été revalorisée depuis 2002, alors même que les charges — énergie, salaires, matériel — ont considérablement augmenté. « Et cette incertitude budgétaire nous empêche d’investir dans l’avenir, notamment dans la transition vers la radio numérique (DAB+) », explique Jean-Marc confie Courrèges-Cénac.

Une mobilisation politique et citoyenne

Face à la menace, ils multiplient les démarches : courriers aux députés et sénateurs, rencontres avec les élus et campagnes d’information auprès du public. Cette mobilisation a déjà permis, en 2025, d’obtenir le retrait d’une précédente baisse de 30 %.

Cette année encore, des signes d’espoir apparaissent : un amendement discuté à la commission Culture de l’Assemblée nationale propose d’abonder le FSER de 18 millions d’euros supplémentaires et d’introduire un « bonus ruralité » pour les radios implantées en zones rurales ou de montagne. Mais la vigilance reste de mise. « Tant que le budget n’est pas voté, rien n’est gagné », prévient Jean-Marc Courrèges-Cénac. « Nous devons maintenir la pression. L’avenir de nos radios, et plus largement du pluralisme médiatique, est en jeu. »

Des radios ancrées dans la vie locale 

Au-delà de la diffusion d’informations, les radios associatives participent activement à la vie culturelle et éducative. Atomic Radio, par exemple, anime régulièrement des ateliers dans les établissements scolaires pour initier les jeunes à l’information et à l’expression orale. « On leur apprend à vérifier leurs sources, à synthétiser et à comprendre les mécanismes de l’information », détaille Jean-Marc Courrèges-Cénac. « C’est un travail de fond, essentiel à l’heure des réseaux sociaux et de la désinformation. »

Une question de pluralisme démocratique

Pour les dirigeants de radios locales, la réduction du FSER dépasse le seul enjeu financier. Elle pose, selon eux, une question fondamentale : celle du pluralisme et de la liberté d’expression locale. « Nos antennes sont souvent les seules présentes dans des zones rurales, périurbaines ou de montagne. Si elles disparaissent, c’est tout un pan de la vie démocratique et culturelle qui s’éteint », conclut Jean-Marc Courrèges-Cénac.

Le vote du budget, prévu courant novembre à l’Assemblée nationale, sera décisif pour l’avenir des radios associatives. D’ici là, les acteurs du secteur espèrent que les parlementaires entendront leur message : sans le FSER, ce sont des centaines de voix locales qui risquent de se taire.



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