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« On se met à la place de l’autre » : Que sont ces livres vivants qui se sont ouverts sur la santé mentale aux futurs éducateurs spécialisés ?
Le campus Inkipit, l’école du prendre soin de Tarbes, a été le théâtre d’une animation inédite sur le département, une bibliothèque vivante autour de la santé mentale, à l’occasion des semaines dédiées à cette cause nationale.
C’est une bibliothèque d’un genre nouveau. Où les livres se feuillettent avec les oreilles et les yeux, où ils échangent avec leurs lecteurs, où ils se livrent finalement à travers leur récit propre et le dialogue qui s’installe ensuite. À l’initiative du PTSM, le Projet territorial de Santé mentale, le campus Inkipit, l’école du prendre soin de la zone Bastillac à Tarbes, a accueilli la première bibliothèque vivante. Un événement insolite sur lequel les différents acteurs planchent depuis de longs mois, notamment les fameux livres vivants, ces protagonistes de la thématique, qui ont mis sur écrit leur récit. Un témoignage intime qu’ils ont livré à la vingtaine d’étudiants de 3e année, futurs éducateurs spécialisés, lors d’entretiens individuels ou en tout petit comité. « Nous avions six livres vivants, soit des professionnels du secteur soit des personnes touchées, détaille Sarah Causero, coordinatrice du PTSM 65. L’idée de ces échanges privilégiés, c’est d’aller en profondeur, avec un public déjà sensibilisé mais qui peut avoir malgré tout des représentations différentes sur la santé mentale. C’est un exercice assez engageant pour tous et qui est unique, en fonction des interlocuteurs. »

Du côté des jeunes lecteurs, tous ont goûté l’initiative. « Je n’avais pas de crainte mais un vrai intérêt, souligne cette étudiante. La question du pair aidant m’a parlé, le fait que des gens qui ont traversé les mêmes difficultés aident les autres, pour lutter contre les peurs, la solitude, le jugement des autres… Ça permet de déconstruire des représentations créées par la crainte de la différence. À travers ces échanges, on se met à la place de l’autre, à travers l’émotion qu’il dégage. » Car les lecteurs ne savent pas quelle est l’identité ni le parcours de leur livre vivant. Ils ne choisissent leur interlocuteur qu’à travers un prénom et un titre. « C’est une aventure dès le départ, glisse Raphaël. J’ai discuté avec deux professionnels différents. Je me suis reconnu dans leur parcours et le sens qu’il mettait dans leur métier. Mais il y avait aussi beaucoup d’humain, de sincérité, de naturel. C’était touchant qu’ils se livrent, préparent un texte pour nous… »
« Je suis une preuve vivante… »
Du côté des livres vivants, la volonté de partager, à l’image d’Angélique, travailleuse sociale qui a longtemps travaillé avec des publics présentant des troubles psychiques et dont le livre s’intitulait : « Je suis un être humain ». « Ça a été une expérience exceptionnelle pour moi et je voulais transmettre ce que ces relations m’avaient apporté. Mais dans mon récit, je n’arrivais pas à le retranscrire. Je l’ai retravaillé jusqu’à faire ressortir cette relation d’humain à humain, cette réciprocité. Là, dans les échanges, ça a été très différent. Certains lecteurs se sont vraiment approprié ce ressenti intime et d’autres sont davantage restés sur des questions plus professionnelles. Après mon récit, je les ai laissés venir sur ce vers quoi ils voulaient aller. »

Touchée par des problèmes psychiques, S. est devenue pair-aidante pour transmettre à ceux qui sont affectés par ces maladies. Aussi présentait-elle non pas un mais deux livres vivants, dont l’un plus dur. « Via le PTSM, j’ai participé à un groupe sur la déstigmatisation de la santé mentale. C’est parce que la parole se libère que les gens peuvent être orientés vers les bons professionnels et mieux pris en charge. À travers mon histoire, la solidarité, l’écoute, j’ai voulu montrer que la santé mentale ne fait pas peur, donner de l’espoir. Je suis la preuve vivante qu’il est possible de bien vivre avec un trouble psychique. Ça permet de déculpabiliser, de se sentir moins honteux. C’est important pour ces étudiants qui sont de plus en plus confrontés aux problématiques de santé mentale, y compris pour eux. Ça montre qu’on a besoin de bons professionnels et d’un travail en alliance thérapeutique. Cette bibliothèque vivante, ce sont de très belles rencontres qui prouvent combien on a intérêt à en parler… » Une première qui ne restera pas lettre morte. De nouveaux livres sont déjà en préparation pour de prochaines bibliothèques vivantes…