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« Je n’ai pas compté mes heures » : pour partir à la retraite, ce prof de sport cherche un repreneur à qui offrir sa salle et tout son matériel


l’essentiel
À Tarbes, le Pyrénées athletic club cherche un nouveau professeur de sport pour remplacer Serge Bortolussi. Particularité de l’annonce : le centre de remise en forme est cédé gratuitement avec tout le matériel.

C’est un centre de remise en forme comme on n’en voit plus, comme on n’en fait plus. À Tarbes, il faut pousser la porte du Pyrénées Athletic Club pour le croire : appareils de musculation en fonte, solarium, un numéro de Muscle et Fitness de l’année 1998, un magazine Body Express acheté dix francs et une machine vintage qui indique « Bouteilles réfrigérées ». Rue Robert Destarac, le temps s’est figé dans cette salle de sport aux allures de musée de collection. C’est ici que depuis quarante-cinq ans, Serge Bortolussi enseigne le sport.

L’athlète spécialisé dans le culturisme cherche depuis plusieurs mois un repreneur pour cet espace atypique. Il a d’abord pensé à sa fille qui est elle-même professeure de sport. L’occasion était toute trouvée mais : « Ce qu’elle comptait faire du lieu ne correspondait pas à l’état d’esprit de notre association », signale le salarié et animateur sportif de 74 ans. Sa fille évoque l’idée de mettre en place un système de cartes comme dans la plupart des salles de sport franchisées. Le sportif ne veut pas en entendre parler : il cherchera quelqu’un d’autre.

« Ici, notre philosophie est d’accompagner nos adhérents. Je suis près d’eux, je surveille les mouvements, je rectifie la posture, je corrige un dos courbé. Je n’imagine pas des adhérents livrés à eux-mêmes avec une carte. Grâce à mon expérience, je suis capable de savoir qu’un adhérent travaille mal rien qu’en écoutant le bruit de la poulie », glisse Serge Bortolussi. Il a connu l’âge d’or de cette salle de sport consacrée au bodybuilding, l’époque où l’entraîneur avait fait venir Bernard Lavilliers et Jimmy Cliff. En 2020, le centre recensait encore près de 200 adhérents réunis dans l’association présidée par Thierry Bienaimé.

Aujourd’hui, il faut les compter sur les doigts des deux mains. « La concurrence des grosses enseignes sportives nous a fait du mal », avoue le coach en survêtement, serviette autour des épaules carrées. Serge Bortolussi a fini par se résigner : il a fait son temps. À la retraite depuis une dizaine d’années, il continuait d’animer les séances bénévolement. « Le temps passe et moi aussi. J’ai envie de profiter, d’être à l’extérieur, moi qui suis toute la journée à l’intérieur ».

« Je n’ai pas compté mes heures »

Et pour ce faire, il s’est mis en quête active d’un repreneur. « Pour faire perdurer au mieux l’esprit du lieu, on a décidé de donner la salle et tout le matériel. C’est une aubaine, du pain bénit. Moi qui ai commencé à faire de la musculation enfermé dans un garage, si on m’avait offert cette chance quand j’étais jeune, j’aurais sauté dessus », confie, ému, l’entraîneur.

Malgré ses allures rétro, la salle est particulièrement bien équipée : rameur, tapis de course, vélo elliptique, espace cardio, vestiaires, haltères, poids en fonte, chaise romaine, banc de musculation… Il y a même un bureau et une salle de repos à l’étage. Les assises des équipements de musculation ont toutes été refaites. « On cherche le profil d’un sportif titulaire d’un brevet d’État et passionné qui garde le travail tel que je le conçois, c’est-à-dire que je n’ai pas compté mes heures », reprend l’athlète. Pour preuve : à son poignet, il ne change la pile de sa montre qu’une fois par an, et encore. Autre condition : que la structure perdure sous une forme associative.

Depuis que la proposition s’est répandue, l’association qui est locataire du site est submergée de demandes. D’ailleurs, le téléphone sonne pendant notre reportage. « On cherche un repreneur oui. Vous pouvez m’en dire plus sur vous », intime Serge Bortolussi. Il raccroche au bout d’un moment puis : « Il est intéressé mais il n’a pas de diplôme ». Une fois qu’il aura trouvé, une chose est sûre, le prof continuera de venir s’entraîner deux heures par jour. Histoire de passer de l’autre côté : sous la poulie.



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