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EXCLUSIF. « On n’est pas en danger de mort », Philippe Rancoule, le président du Stado, prend la parole pour la première fois et se veut rassurant
Discret depuis sa prise de fonction, le président du Stado a accepté, pour la première fois, ce mercredi dans nos locaux, de revenir sur la situation complexe du Stado. Si le dirigeant admet des difficultés financières et sportives, il regrette surtout de se battre à contre-courant avec des « tensions locales » et espère une prise de conscience collective pour redonner un nouvel élan au Stado.
Président, vous prenez la parole pour la première fois aujourd’hui pour vous exprimer sur la situation du Stado. Pourquoi ?
Vous avez pu vous en rendre compte mais depuis que je suis arrivé au Stado, je n’aime pas me mettre en avant. Je préfère mettre en avant les joueurs et les entraîneurs. Aujourd’hui, je pense que c’est nécessaire parce que tout le monde parle de son côté et je pense qu’il était nécessaire de faire un état des lieux clair et précis de ce qu’il se passe dans le club.
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Cette prise de parole intervient deux semaines après le conseil municipal de Tarbes qui a fait couler beaucoup d’encre…
C’est vrai et je pense que c’est un moyen de rétablir la vérité. L’économie est exigeante, oui, mais pas « critique » au sens où certains l’emploient. Le plus difficile, c’est le climat. Au conseil municipal, il a été débattu la question d’arrêter la SASP et de s’appuyer seulement sur l’association, mais je n’y suis pas favorable. D’abord, il y a des seuils, ensuite, pour moi, ce serait un pas en arrière. Je suis ouvert à la discussion, mais ce n’est pas dans les tuyaux. Le conseil d’administration décidera le moment venu et ma position, c’est de rester sur un modèle qui nous permet de grandir.
Vous parlez de grandir, mais depuis que vous avez pris la suite de Lionel Terré, vous tentez surtout de restructurer le club ?
D’abord, m’imprégner du club, comprendre son fonctionnement. On traversait une période compliquée : j’ai dû voir les joueurs un par un, dire à certains qu’on les gardait et à d’autres non. C’était moralement dur, surtout quand on ne connaît pas encore les hommes. Mais oui, je cherche à restructurer le club. Parce que le rugby moderne ne se résume pas au terrain. Autour, il faut une vraie organisation. Le staff technique, composé de gens du cru, m’a beaucoup soulagé. Heureusement, j’ai pu compter sur certains précieux soutiens parmi les bénévoles. Ce sont des piliers discrets : ils font tourner le club au quotidien, donnent du temps, de l’énergie et du cœur. En parallèle, j’ai cherché du soutien auprès de figures influentes de la région et de la ville de Tarbes. Je n’ai pas demandé de chèque en blanc mais juste qu’on m’ouvre des portes pour vendre un projet et fédérer. Ça n’a pas été suivi d’effets ; on m’a même fait comprendre assez vite qu’il vaudrait mieux renoncer. Mais je ne suis pas du genre à lâcher et mes parents ne m’ont pas appris à rester les bras croisés.
Vous ressentez donc un manque d’investissement de la part des pouvoirs publics ?
Je ne cherche à viser personne en particulier. Seulement, j’en déduis que certains parlent derrière nous et cherchent à fragiliser le club. Ce climat installe la méfiance au lieu du dialogue et finit par décourager ceux qui veulent faire avancer les choses.
Avez-vous l’impression de vous battre à contre-courant ?
Oui. Si l’énergie dépensée à nous fragiliser — le club ou moi — était consacrée à construire, nous aurions avancé. Qu’on se regarde dans les yeux et qu’on travaille. S’attaquer à une bête blessée n’a aucun sens. Et clairement, cela n’aide pas non plus vis-à-vis de la relation avec les partenaires. Je passe mon temps à les rencontrer, à convaincre. Parfois, j’improvise des allers-retours pour ne pas rater un rendez-vous. Mon objectif : repartir avec une ou deux cartes de visite de plus. Le club ne doit pas devenir un jeu politique ou personnel. Qu’on nous laisse travailler plutôt que de freiner les partenaires à s’engager par voie de presse.
Vous parlez de reconstruction, mais quel est votre projet pour le Stado ?
Construire un club « départemental », mais pas de la même manière que ce qui a été fait dans les précédentes années en faisant fusionner des clubs. Chacun doit être indépendant, mais le Stado doit être la locomotive qui tire tout le rugby bigourdan. Je m’entends très bien avec les présidents de Bagnères, Lourdes et Lannemezan. Tous disent : « le Stado doit se maintenir en National », et certains parlent même d’une remontée vers la Pro D2. L’idée n’est pas de fusionner façon « addition de clubs », c’est dépassé, mais de bâtir un projet commun où la formation reste centrale. Parce qu’il faut bien comprendre que le rugby est en danger dans notre département. Pour moi, si le Stado descend de division, ce n’est pas seulement une défaite sportive, c’est tout un territoire qui perd un repère.
Quand vous dites que le rugby est en danger, est-il vrai que le Stado est en danger de mort économique ?
Non. La saison n’est pas finie et nous rassurons les joueurs et tout le monde là-dessus. Il reste du travail, oui. Il reste aussi de l’argent à trouver pour boucler le budget, c’est vrai. Mais on sait ce qu’il manque et on va y arriver. Ce n’est pas gagné si on n’arrive pas à fédérer autour de nous des gens pour que le Stado s’en sorte. Il faut que tout le monde y mette de la bonne volonté et toutes les portes sont ouvertes.
Certains avancent des rumeurs de « cessation » en cours de saison. Vous démentez ?
Oui. Ce n’est pas vrai. On sait ce qu’il nous reste à financer et on travaille pour y arriver. Il y a une mini-urgence : le résultat sportif, qui aide à tout le reste. Mais le Stado n’est pas « mort ». Il a besoin que la Bigorre se mette derrière lui. Partenaires, institutions, public : les portes sont ouvertes. Mon engagement n’est pas personnel ; s’il y a de meilleures volontés pour faire grandir le club, je laisserai la place. Mais qu’on mette fin aux petits jeux d’influence qui nous tirent vers le bas. Mettons la même énergie à construire.
Vous lancez comme une sorte d’appel à l’aide pour que tout le monde vienne vous aider ?
Oui. Tout le monde est le bienvenu au Stado. Récemment, un supporter est venu donner 100 € en disant « c’est ce que je peux ». C’est très touchant et c’est avec des comportements comme celui-là qu’on va arriver à fédérer. Des petites entreprises peuvent s’engager à 2 000 ou 3 000 €, d’autres à 10 000 € : chaque échelon compte. L’important est d’agrandir le cercle.
Et pour agrandir le cercle, cela doit venir des institutions d’après vous ?
Des institutions, oui — ville, département, agglo — mais aussi des acteurs économiques. C’est le travail de tout un écosystème. À Tarbes, on peut le bâtir : ce n’est pas une question de taille, on voit des villes plus petites y parvenir. C’est une question de volonté collective.
Mais pour cela, il faudrait aussi avoir des résultats sportifs…
Les victoires changent beaucoup de choses, elles aident à travailler, mais il faut aussi penser accueil et proximité. Notre stade est froid, les spectateurs sont loin de la touche : on doit compenser par des espaces conviviaux, des animations, des loges et salles réceptives utilisées toute la semaine. Mutualiser aussi : un stade bien équipé peut servir au foot, partager les loges, les salles. Plus il y a d’événements, plus il y a de recettes et de vie.
Vous réclamez qu’on « vous laisse travailler ».
Oui. Que les institutions facilitent, ouvrent des portes, et que le club fasse le reste. J’ai déjà montré, ailleurs, qu’avec un bureau, une ligne téléphonique, une assistance, on peut lever des fonds significatifs pour un événement. Donnez-nous les conditions, on ira vendre nos projets. Mais qu’on arrête les manœuvres par-derrière : quand des rumeurs montent, qu’on me demande des listes de partenaires que je n’ai même pas encore contactés, on perd du temps et le temps presse.