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Si vous avez des acouphènes, allez écouter ce Tarbais !
Bénévole de France Acouphène, Patrick Duffo reçoit deux fois par semaine à Tarbes, les personnes souffrant d’acouphènes, pour les aider à mieux vivre une pathologie qui peut devenir un enfer.
Pour Patrick Duffo, il n’y a pas eu de miracle. Il ne le savait pas, mais quand on voit son parcours musical, on comprend qu’il aurait difficilement pu échapper aux acouphènes. Le Tarbais en souffre aujourd’hui, comme depuis 30 ans. Musicien professionnel depuis les années 80, professeur de batterie pendant plus de 30 ans, il tape. Encore, et toujours. Rock, jazz, et les « baloches ». Sans jamais se protéger les oreilles, « parce qu’à l’époque, on ne disait jamais de faire attention à nos oreilles ». Immanquablement, les acouphènes se déclarent. Sur les deux oreilles. Un sifflement permanent. Voilà pourquoi aujourd’hui, il veut aider ceux qui comme lui, souffrent.

« Moi, j’ai été consulté, à droite et à gauche. Je me suis dit, peut être que ça va se soigner. Mais ça ne marche pas comme ça… », regrette Patrick. « Dans 9 cas sur 10, on nous dit qu’il n’y a rien à faire. Et c’est quelque chose qui est très difficile à vivre. Quand je me réveille le matin, aussitôt j’écoute ce sifflement, qui varie selon la météo, mon état de fatigue. Ce n’est pas prouvé, mais j’ai ce sentiment, je le ressens. » Alors, si en 30 ans il a réussi à s’y faire, « c’est toutefois un combat de tous les jours. J’arrive à avoir une vie normale. Car c’est mon caractère, je suis quelqu’un qui refuse d’abdiquer, de me laisser abattre. »
« Agir sur l’individu pour appréhender les acouphènes »
Pour se renseigner, il y a quelques années, il contacte France Acouphènes. « Et ils m’ont enrôlé », sourit-il. « Depuis je fais de la prévention, et j’aide les personnes qui souffrent d’acouphènes. Au lieu de pleurer sur mon sort, je me suis dis : Vas-y mon gars, bouge toi, aide les autres ». Aujourd’hui, il est donc bénévoles deux fois par semaine à la Maison des associations, en recevant les personnes souffrant comme lui d’acouphènes. « Je le fais avec empathie, ça me plait. J’aime l’être humain, et aller vers les gens. Ma priorité, c’est de me faire connaître sur Tarbes et les environs. Je suis intimement persuadé qu’à Tarbes, des gens sont en détresse folle… Je suis là ne serait-ce que pour discuter avec eux. »
Lors de ses permanences, Patrick Duffo tente « d’agir sur l’individu pour appréhender les acouphènes d’une autre manière ». Il souhaite « changer l’attitude et la réaction que l’on va avoir, en jouant sur la dimension psychologique ». « Je leur explique que, aujourd’hui, ça ne se soigne pas. Il y a de la recherche, oui, mais ce n’est pas très actif bien sûr comparé à d’autres maladies. Avec les personnes qui viennent me voir, je parle de médecines alternatives, d’acuponcture, sophrologie, méditation, de thérapies cognitivo-comportementales, d’hypnose… »
Le choc émotionnel, la première cause
On estime à 15 % la part de la population en France atteinte d’acouphènes. Et la première cause, au-delà d’une exposition prolongée à des sons forts, c’est le choc émotionnel. « Mais il y a beaucoup de musiciens, ou d’ouvriers, dans la métallurgie par exemple », souligne Patrick Duffo. « Les acouphènes, c’est comme la douleur, il y a différents grades. Ceux qui sont invalidants, touchent entre 5 et 8 % de la population », précise Patrick. « Il y a des gens cloitrés chez eux, qui ne peuvent plus regarder ne serait-ce que la télé, ne peuvent pas lire. C’est une vraie prison sonore. Ca agit sur le caractère, sur plein de choses. Certains écoutent des tronçonneuses, des réfrigérateurs, des tondeuses à gazon… et en règle générale, il y a une perte auditive dans les aigus ».

Patrick lui, la connaît bien aussi, cette perte d’audition, il est d’ailleurs en passe d’être appareillé. Et il continue à jouer de la batterie, dans un petit orchestre de bal. Il joue avec des bouchons, qu’il place dans ses oreilles. Des bouchons qui réduisent le son de 30 décibels. « J’ai pris ce qu’il y avait de plus fort », rigole Patrick. « Mais là, c’est la liberté quand je rejoue. J’ai eu tellement peur que mes acouphènes augmentent… Je suis allé consulté à Bordeaux, et on m’a dit : si vous faites ce qu’il faut, vous n’aurez pas d’augmentation d’acouphènes ».
Si la dimension auditive est à prendre en compte, la dimension psychologique aussi : « Quelqu’un qui n’est pas trop solide en soi, ou un peu anxieux, les acouphènes peuvent prendre le dessus psychologiquement. » Le bénévole évoque alors son cas personnel : « En 2022, si je n’avais pas eu ma compagne, je ne serais pas là pour vous parler. J’ai fait une dépression. J’ai vraiment pensé au pire. Et j’ai passé ce cap là, grâce aux médecins aussi. »
« On estime que dans 10 ou 15 ans, qu’une flopée de jeunes adultes auront des acouphènes. »
Pour aller plus loin dans son accompagnement, Patrick Duffo souhaite trouver des partenaires, notamment l’infirmière coordinatrice de l’hôpital. Il veut également faire de la prévention auditive, dans les écoles, ou avec la Mission locale. « Tous les gosses qui écoutent avec les écouteurs, les casques, c’est meurtrier. On estime que dans 10 ou 15 ans, qu’une flopée de jeunes adultes auront des acouphènes. Ils vont être malheureux. C’est un drame. Je veux dire aux enfants : « Faites attention avec vos oreilles ». On protège bien les yeux des enfants avec des lunettes de soleil… Et puis aujourd’hui, on a du bruit partout. Beaucoup plus qu’il y a quelques décennies. »
Il fait aussi de l’écoute depuis chez lui pour France acouphène, pour les gens de la France entière, via des permanences téléphoniques. « Je suis dans mon canapé, et j’attends que le téléphone sonne ». Tout cet investissement. Pour être écouté. Réellement. Au sens propre, comme au figuré. Aujourd’hui… et surtout demain.
Pratique : Permanence au 4 bis quai de l’Adour à Tarbes, le premier mardi de chaque mois de 10 h à 12 h, et le premier mercredi de chaque mois de 18h à 20h. Mail : contact.tarbes@france-acouphenes.org