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« C’est une drogue qui peut provoquer des handicaps neurologiques graves et définitifs » : pourquoi le protoxyde d’azote est-il aussi dangereux ?
Derrière l’image festive du « gaz hilarant », le protoxyde d’azote cache des risques graves : dépendance, atteintes neurologiques parfois irréversibles. Le Dr Petitcollin, responsable du service de pharmacologie biologique et de toxicologie au laboratoire de l’hôpital de Tarbes (Hautes-Pyrénées), alerte sur cette drogue légale dont l’usage explose. Entretien.
Docteur Petitcollin, de quoi parle-t-on exactement lorsqu’on évoque le protoxyde d’azote ?
Le protoxyde d’azote est un gaz composé de deux atomes d’azote et d’un atome d’oxygène (N₂O). Il est utilisé depuis longtemps dans l’industrie, l’alimentation (notamment dans les cartouches de chantilly) et en médecine comme analgésique et anesthésique. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il est aussi un puissant gaz à effet de serre, environ 300 fois plus impactant que le CO₂.
Son usage médical est ancien, mais son détournement récréatif explose aujourd’hui. Pourquoi ?
Ce gaz était déjà utilisé à des fins récréatives dès le XIXᵉ siècle, notamment dans certains cercles intellectuels et artistiques, avant d’être largement employé en médecine de guerre, où son potentiel analgésique et anesthésique a été exploité. Depuis les années 2010, et surtout après la période Covid, l’usage a fortement augmenté. En 2023, près de 800 signalements sanitaires, et ce n’est qu’une infime partie visible, ont été recensés avec un âge moyen d’environ 22 ans. Plus de 3 millions de personnes en France auraient déjà expérimenté ce gaz. Ce qui inquiète, c’est cette forte augmentation de consommateurs sur une période si courte.
Il donne une illusion d’innocuité : il est légal, bon marché, facile d’accès, et ses effets sont brefs. Beaucoup de jeunes pensent qu’il est sans danger, d’autant plus qu’il est utilisé en milieu hospitalier. Pourtant, il se comporte comme une drogue à part entière : il entraîne tolérance, dépendance, perte de contrôle et craving. (NDLR : envie irrépressible)
Quels sont les risques pour la santé ?
Le danger majeur est neurologique. Le protoxyde d’azote inactive la vitamine B12, indispensable à la protection du système nerveux. Cela peut provoquer des troubles de la marche, des pertes de sensibilité, des douleurs nerveuses, une faiblesse musculaire, des troubles de l’équilibre, voire une paralysie.
Dans certains cas, ces atteintes sont irréversibles, notamment lorsque la moelle épinière est touchée. Nous voyons des jeunes adultes handicapés à vie à cause de cette consommation. Il existe aussi des risques respiratoires, cardiaques, des anémies, et des hypoxies : un manque d’oxygène pouvant mener à des pertes de connaissance ou au décès.
Peut-on comparer ce produit à d’autres substances addictives ?
Oui. Comme la cigarette, l’alcool ou la cocaïne, le protoxyde d’azote induit une dépendance progressive. On passe d’un usage occasionnel « pour se sentir mieux » à un usage nécessaire « pour se sentir normal ». La différence, c’est que ses effets sont courts, ce qui pousse parfois à multiplier les prises et à consommer des quantités très importantes en peu de temps.
Si des personnes consomment malgré tout, que doivent-elles savoir ?
Il faut comprendre que plus la consommation est fréquente et prolongée, plus le risque de dommages irréversibles augmente. Les premiers signes d’alerte sont des fourmillements, des troubles de l’équilibre, une faiblesse musculaire ou des troubles urinaires. Ces symptômes doivent conduire à une consultation médicale.
La consommation pendant la grossesse est particulièrement dangereuse : des atteintes neurologiques ont été observées chez des nouveau-nés exposés in utero, ce qui a conduit l’Europe à classer ce gaz comme toxique pour la reproduction.
Pourquoi le danger est-il si sous-estimé ?
Parce que les effets sont rapides, euphorisants, parfois hilarants, et disparaissent vite. Cela masque la gravité des conséquences. La légalité du produit et son usage médical entretiennent une fausse impression de sécurité. Et puis ce sont les jeunes qui consomment en majorité, et ils sont encore mal informés des dangers auxquels ils s’exposent.
Que leur diriez-vous à ces jeunes ?
Le protoxyde d’azote n’est pas un gadget festif : c’est une drogue qui peut provoquer des handicaps neurologiques graves et définitifs. Et cela ne sert à rien de se supplémenter en vitamines B12, cela ne fonctionne pas. Quand on commence à fumer la cigarette, on sait que l’on a le temps avant de développer des problèmes de santé et l’on se dit qu’on arrêtera plus tard. Avec le protoxyde on n’a pas le temps : des lésions neurologiques irréversibles peuvent apparaître au bout de quelques semaines.