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Pyrénées – Des dealers de plus en plus jeunes recrutés sur les réseaux sociaux 


À l’occasion de la présentation du bilan de la délinquance 2025, jeudi 19 février 2026 à Tarbes, les autorités ont mis en lumière une évolution préoccupante : le rajeunissement des profils impliqués dans les trafics de stupéfiants, désormais largement organisés via les réseaux sociaux. Une tendance qui s’inscrit dans un contexte plus large de mutation des formes de délinquance sur le territoire.

Le préfet des Hautes-Pyrénées a présenté, jeudi 19 février 2026 à 15h30, le bilan de la délinquance pour l’année 2025. Entouré des forces de sécurité intérieure et du parquet du tribunal judiciaire de Tarbes, il a dressé un état des lieux marqué par des évolutions contrastées : baisse de certaines atteintes aux biens, hausse des cambriolages et progression des violences, notamment intrafamiliales. « Le bilan, comme tout bilan, est contrasté », a d’emblée souligné Jean Salomon, préfet des Hautes-Pyrénées. Certaines infractions sont en recul, d’autres en augmentation. Le représentant de l’État a notamment insisté sur la nécessité d’analyser les chiffres des violences intrafamiliales avec prudence : si les faits constatés progressent, cela tient aussi, selon lui, à une amélioration de la libération de la parole et à une facilitation des dépôts de plainte.

Stupéfiants : 17 kilos saisis et plus de 350 000 euros récupérés

La lutte contre les stupéfiants constitue un autre axe fort du bilan 2025. Sophie Miegeville a indiqué que 17 kilos de produits stupéfiants ont été saisis sur l’année, représentant plus de 350 000 euros de saisies liées aux opérations de déstabilisation des trafics. Par ailleurs, 319 amendes forfaitaires délictuelles ont été dressées. Les autorités rappellent que le renseignement de terrain joue un rôle déterminant. Les signalements de riverains, qu’ils soient effectués par téléphone, par mail ou via la brigade numérique, peuvent constituer des points de départ d’enquête.

La « CROSS », cellule dédiée au renseignement stupéfiants

Le colonel Hugo Louis a détaillé le fonctionnement de la Cellule de renseignement opérationnel sur les stupéfiants (CROSS), placée sous le contrôle du parquet et pilotée par la gendarmerie en lien avec les services de police. Les informations, souvent brutes, remontent du terrain : signalements de va-et-vient suspects, noms évoqués par des riverains, observations ponctuelles. Ces éléments sont formalisés sous forme de fiches de renseignement puis transmis aux services compétents. Des surveillances peuvent être mises en place, des enquêtes ouvertes, toujours sous le contrôle du parquet. La zone gendarmerie n’est « pas épargnée » par ces phénomènes, a souligné le colonel, évoquant notamment des dossiers significatifs dans le secteur de Bagnères-de-Bigorre. En 2025, les infractions révélées par l’initiative des services en matière de stupéfiants ont augmenté de 9 %. Les avoirs criminels saisis liés au trafic représentent 288 000 euros pour la seule gendarmerie, un montant jugé non négligeable à l’échelle du département.

Des trafics désormais organisés via les réseaux sociaux

Côté police, Vincent Gorre constate une évolution profonde des modes opératoires. À Tarbes comme à Lourdes, l’usage et le trafic de stupéfiants se multiplient, avec des quantités saisies en hausse. Les transactions visibles sur la voie publique ou dans les halls d’immeuble ont largement laissé place à des échanges discrets via les réseaux sociaux, notamment Snapchat. Les livraisons s’effectuent à pied, en trottinette ou en voiture, rendant les réseaux plus difficiles à identifier. Face à cette mutation, les services ont renforcé leurs moyens d’enquête. À Tarbes et à Lourdes, des brigades de surveillance et d’interpellation sont spécifiquement dédiées à cette matière. Leur mission : surveiller, exploiter le renseignement, caractériser les flux financiers et établir les connexions entre les protagonistes afin de présenter à l’autorité judiciaire des dossiers étayés. « L’objectif est d’obtenir les peines les plus lourdes possibles et de mettre hors d’état de nuire ceux qui ont un impact réel sur la santé publique », a affirmé le directeur départemental.

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Une priorité judiciaire affirmée

La procureure de la République, Sylvie Martins-Guedes, rappelle que la lutte contre le narcotrafic constitue une priorité nationale du ministère de la Justice, dans un contexte de transformation des réseaux. Les organisations restent hiérarchisées et peu exposées, tandis que les « petites mains », souvent âgées de 17 à 21 ans, assurent les livraisons. Téléphone, produit et parfois véhicule leur sont fournis. Ces jeunes, sans antécédents judiciaires pour certains, sont recrutés via les réseaux sociaux, attirés par une image valorisante et trompeuse de l’activité. La politique pénale mise en œuvre localement prévoit un traitement rapide : comparution immédiate ou comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité après déferrement, notamment pour les flagrants délits. L’objectif affiché est double : sanctionner efficacement et dissuader ces jeunes d’intégrer les réseaux. « Tolérance zéro », a résumé la magistrate, soulignant que le département n’est pas épargné par les trafics, sous toutes leurs formes. À côté des violences intrafamiliales, la lutte contre les stupéfiants s’impose ainsi comme l’un des axes majeurs de l’action conjointe des forces de l’ordre et de la justice dans les Hautes-Pyrénées.

Stupéfiants : une banalisation préoccupante

Interrogées sur les 17 kilos de stupéfiants saisis en 2025, les autorités précisent qu’il s’agit principalement de cannabis et de cocaïne. Le cannabis reste, en volume, la substance la plus saisie, mais la cocaïne est désormais présente sur l’ensemble du territoire. La procureure observe une « déréalisation » de l’infraction chez certains jeunes impliqués dans les livraisons. Recrutés via les réseaux sociaux, parfois sans antécédents judiciaires, ils n’ont pas toujours conscience des peines encourues, jusqu’à dix ans d’emprisonnement pour trafic. Les offres circulent comme des annonces d’emploi, avec promesse de gains rapides. « Ils répondent à une annonce pour livrer des stupéfiants comme ils répondraient à une annonce pour acheter un objet en ligne », constate la magistrate. Le préfet évoque un phénomène diffus, « à granulométrie très fine », facilité par les réseaux sociaux. Les livraisons portent sur de petites quantités, rendant le trafic plus difficile à détecter.

Un combat de long terme

Les autorités reconnaissent que la lutte contre le narcotrafic dépasse l’échelle départementale. Les marges financières considérables de ces organisations leur permettent d’innover en permanence. Pour autant, le préfet affirme la détermination des services. « On ne baissera pas la garde », assure-t-il, soulignant que derrière les chiffres se cache un travail quotidien souvent invisible : patrouilles, permanences judiciaires, exploitation du renseignement. La lutte passe également par la prévention, notamment auprès des jeunes, sur les risques liés aux stupéfiants, au cyberharcèlement et aux usages numériques. Des actions de sensibilisation sont menées dans les établissements scolaires, en lien avec l’Éducation nationale.

Lourdes et Tarbes : des trafics présents mais contenus

Côté police, Vincent Gorre a souligné que si Tarbes concentre une partie des procédures liées aux stupéfiants, le commissariat de Lourdes n’est pas en reste. Des connexions existent entre les deux villes, même si les autorités estiment que le département reste, à ce stade, éloigné des organisations criminelles très structurées observées dans certaines grandes agglomérations. Les trafics identifiés relèvent davantage, selon le directeur départemental, d’une économie de subsistance. Les revenus servent principalement à financer la propre consommation des auteurs ou à subvenir à leurs besoins quotidiens. Les services n’ont pas mis au jour, à ce jour, de réseaux de type mafieux implantés localement.

Atteintes aux biens : une hausse modérée

Chargée de détailler les données, Sophie Miegeville, directrice de cabinet du préfet, a indiqué que les atteintes aux biens sont en légère hausse par rapport à 2024. Toutefois, en élargissant la perspective à 2017, le phénomène apparaît moins marqué qu’à cette période. Dans le détail, les dégradations et destructions de biens diminuent entre 2024 et 2025. En revanche, les cambriolages poursuivent leur progression, une tendance observée depuis plusieurs années. Les vols de véhicules enregistrent également une légère augmentation.

Cambriolages : des groupes structurés et des faits en série

En zone police, le directeur départemental, Vincent Gorre, évoque une hausse « importante » des cambriolages en 2025. Selon lui, cette progression est liée à des groupes isolés mais structurés, capables d’agir en série. « Sur une même nuit, ils peuvent visiter quatre, cinq ou six domiciles, voire des commerces », précise-t-il. Plusieurs auteurs ont été interpellés à l’automne dernier, notamment dans des affaires visant des commerces. Le chef de la police nationale souligne que ces évolutions ne sont « pas inexorables » et insistent sur l’efficacité des dispositifs de sûreté. Un cas récent illustre cette réalité : un individu, en possession d’anciennes clés d’un commerce, a été interpellé après déclenchement de l’alarme et activation de la vidéoprotection, installées entre-temps par le nouveau propriétaire. En zone gendarmerie, le colonel Hugo Louis décrit un profil similaire : des groupes restreints concentrant un grand nombre de faits. En 2025, dix auteurs interpellés concentreraient à eux seuls 84 cambriolages. La gendarmerie souligne également l’existence de passages ponctuels de groupes itinérants à portée nationale.  Les responsables pointent aussi un « manque de prudence » de certaines victimes : clés dissimulées à proximité des véhicules, absence de mesures de protection malgré des faits répétés. Autant d’éléments qui, selon eux, laissent une marge de progression en matière de prévention.

Outrages et violences contre les forces de l’ordre : une réponse systématique

Autre indicateur en nette hausse : les outrages et violences à l’encontre des personnes dépositaires de l’autorité publique, en augmentation de 37 % entre 2024 et 2025. Le préfet indique avoir donné consigne de déposer plainte systématiquement en cas d’outrage. « Le respect commence par l’attitude et les propos tenus », rappelle-t-il, estimant que cette politique contribue mécaniquement à la hausse des faits constatés. La procureure de la République près le tribunal judiciaire de Tarbes, Sylvie Martins-Guedes, confirme qu’une réponse pénale systématique est apportée à ces infractions. Si elle est graduée en fonction des situations, elle vise à affirmer la protection des agents investis d’une mission d’autorité publique.

Atteintes aux personnes : forte progression des faits constatés

Les atteintes aux personnes s’établissent à 2 693 faits constatés en 2025, soit une hausse de 18 % par rapport à 2024. Sur une période plus longue, entre 2019 et 2025, les violences conjugales ont été multipliées par deux. Dans le détail, les violences sexuelles progressent de 14 % et les violences physiques intrafamiliales de 3 %. Les autorités rappellent que l’accompagnement renforcé des victimes, en particulier des femmes, favorise le dépôt de plainte et contribue à l’augmentation des faits enregistrés. Pour le préfet, cette évolution doit être interprétée à l’aune de la politique de soutien aux victimes : « Si cela augmente, c’est aussi parce qu’on améliore la libération de la parole. » Sur l’évolution des violences intrafamiliales, Vincent Gorre, directeur départemental de la police nationale des Hautes-Pyrénées, a souligné l’ampleur du phénomène : « Depuis 2019, les violences intrafamiliales, c’est plus 86 %. » Des chiffres qu’il qualifie d’« impressionnants » et qui, selon lui, nécessitent un travail conséquent. Ces dossiers font l’objet d’un traitement prioritaire. « Il n’est pas envisageable que des violences sur un enfant ou sur un conjoint puissent attendre des semaines ou des mois », insiste-t-il. Les enquêtes sont souvent complexes, chronophages et mobilisent un nombre important de personnels, dans une logique d’amélioration constante de l’accueil et de la prise en charge des victimes. Dans cette perspective, une « salle Mélanie » a récemment été aménagée au commissariat de Lourdes, une première pour la direction départementale de la police nationale. Spécifiquement conçue pour recueillir la parole d’enfants victimes, cette salle offre un environnement adapté et moins anxiogène, avec du matériel permettant aux mineurs de s’exprimer par le dessin ou le jeu. L’objectif est de favoriser une parole libre, dans les conditions les plus sécurisantes possibles, tout en garantissant l’efficacité de l’enquête. Du côté de la gendarmerie, le colonel Hugo Louis rappelle que la prise en charge des violences intrafamiliales concerne l’ensemble des militaires, tous formés à cette problématique. Des enquêteurs spécialisés interviennent au sein de la maison de protection des familles, notamment sur les situations les plus graves. Actuellement au nombre de deux, ils devraient être rejoints par un troisième enquêteur dans les prochains mois. Une montée en puissance jugée nécessaire au regard de la charge de travail et de la sensibilité des dossiers.

Un travail de fond, dès le plus jeune âge

Pour le préfet Jean Salomon, la mobilisation engagée depuis plusieurs années produit des résultats, même si le phénomène reste difficile à endiguer. « C’est un domaine sur lequel on a finalement assez peu de prise », reconnaît-il, malgré les campagnes de prévention et les actions de sensibilisation. L’accent est mis sur le travail en milieu scolaire et auprès de différents publics afin de rappeler que les violences intrafamiliales ne sont ni normales ni acceptables. L’enjeu est d’éviter les mécanismes de répétition à l’âge adulte : accompagner les mineurs pour leur signifier que ce dont ils ont été témoins ou victimes « n’est pas normal » constitue, selon lui, un axe essentiel de prévention. La procureure de la République près le tribunal judiciaire de Tarbes, Sylvie Martins-Guedes, a tenu à saluer le travail des forces de sécurité intérieure, en particulier celles intervenant dans les maisons de protection des familles et les salles dédiées à l’audition des mineurs. Recueillir la parole d’un enfant sans l’influencer constitue un exercice délicat. « Il faut aller chercher la parole sans leur faire dire ce qu’on aimerait qu’ils nous disent », souligne-t-elle. La charge émotionnelle est forte pour les enquêteurs confrontés à des faits parfois très graves. Ils doivent conjuguer empathie, objectivité et rigueur procédurale afin de permettre une instruction solide des dossiers. La magistrate rappelle également l’évolution du cadre juridique : les enfants présents lors d’actes de violences intrafamiliales sont désormais considérés comme « covictimes », avec un suivi spécifique.

Une réponse pénale rapide et soutenue

La procureure insiste sur la politique pénale mise en œuvre : un traitement immédiat des faits signalés afin d’apporter une réponse rapide et adaptée. Elle évoque un taux de réponse pénale d’environ 92 % concernant les violences intrafamiliales, indicateur qu’elle relie à la qualité des procédures établies par les services enquêteurs.

Elle souligne toutefois la réalité des réitérations, appelant à l’humilité face à des situations humaines complexes. Les dossiers exigent à la fois rapidité, sens de l’écoute et distance professionnelle, dans un contexte de charge de travail élevée et parfois de tensions sur les effectifs.

Vers un service d’urgence médico-judiciaire sur le territoire

Le préfet a évoqué un projet structurant : l’intégration d’un service d’urgence médico-judiciaire dans le futur hôpital commun à Lanne. Un tel dispositif permettrait de réaliser sur place les examens nécessaires, évitant des déplacements jusqu’à Toulouse, avec plusieurs heures de trajet et d’attente pour obtenir une expertise médicale légale.

Pour les autorités, la création de ce service répond à une logique de territoire et constituerait un levier supplémentaire pour accélérer le traitement des affaires sensibles, en particulier celles liées aux violences intrafamiliales.

La présence des forces de l’ordre sur le terrain

En zone police, 6 659 heures de patrouille pédestre ou de sécurisation, à pied ou en véhicule, ont été réalisées en 2025. En zone gendarmerie, ce sont 27 158 heures de patrouilles de sécurisation qui ont été comptabilisées. À cela s’ajoutent 2 463 opérations de sécurisation dans les transports en commun, les gares et les bus, ainsi que plus de 10 500 contrôles routiers effectués sur l’année.

Les contrôles routiers continuent de produire des résultats. Un exemple récent, intervenu il y a huit jours en zone gendarmerie, a permis de mettre au jour une affaire significative liée aux stupéfiants.

Depuis la fin de l’année 2025, les effectifs de police et de gendarmerie ont été renforcés sur le réseau routier avec la mise en circulation de voitures-radar banalisées. Ces véhicules automatisent les constats d’infractions, mais permettent également d’identifier des zones et des créneaux horaires à risque. Les données collectées donnent ensuite lieu à des contrôles ciblés, menés par l’escadron départemental de sécurité routière en zone gendarmerie ou par les services de police en zone urbaine.

Le préfet Jean Salomon a rappelé la philosophie d’action : « Mettre les bons moyens au bon endroit au bon moment », en adaptant les dispositifs aux évolutions constatées de la délinquance. Certaines opérations sont médiatisées, notamment lors de la rentrée scolaire ou dans les transports collectifs, afin de rassurer la population. D’autres se déroulent sans communication particulière. « On ne communique pas à chaque fois qu’on fait notre travail », a-t-il souligné, saluant l’engagement conjoint des policiers, des gendarmes et du parquet lors d’opérations de terrain.

447 caméras déployées dans le département

La vidéoprotection continue de se développer dans les Hautes-Pyrénées. À ce jour, 447 caméras sont installées sur l’ensemble des communes du département, dont 379 sur la voie publique.

Les autorités ont tenu à illustrer concrètement l’utilité de ces dispositifs à travers deux affaires résolues en 2025.

À Lourdes, où les pèlerinages génèrent un afflux important de visiteurs, les services ont été confrontés à plusieurs disparitions inquiétantes en marge des rassemblements au sanctuaire. Une fiche réflexe a été élaborée pour sensibiliser les responsables de groupes, notamment étrangers, à signaler rapidement toute disparition sur place. L’objectif est d’éviter des alertes tardives, parfois déclenchées seulement après le retour des pèlerins dans leur pays d’origine.

Les policiers du commissariat de Lourdes ont par ailleurs bénéficié d’initiations à l’italien, première nationalité étrangère après les Français parmi les visiteurs, afin de faciliter les échanges avec les pèlerins.

À Tarbes, un cambriolage élucidé en temps réel

Le directeur départemental de la police nationale, Vincent Gorre, est revenu sur un cambriolage survenu rue Maréchal-Foch à Tarbes, au centre culturel Leclerc. En pleine nuit, l’opérateur du centre d’information et de commandement de la DDPN, auquel sont reliées les caméras de la ville, a détecté un individu en train de s’introduire dans ce commerce. Grâce à la possibilité de piloter les caméras à distance – orientation et zoom – l’opérateur a suivi en direct les déplacements du suspect.

Un équipage de voie publique a été immédiatement dépêché sur place. Mieux encore : les images ont permis d’identifier l’endroit où l’auteur avait dissimulé son butin, dans une poubelle à proximité. L’individu a été interpellé avec la marchandise volée.

« Une caméra seule ne sert à rien », reconnaît le directeur. « Mais des caméras bien positionnées, avec des agents formés capables de les exploiter, sont d’une redoutable efficacité. » Elles permettent de guider les patrouilles « au bon endroit, au bon moment », renforçant ainsi l’efficacité opérationnelle.

À Juillan, un bijou retrouvé grâce à un fragment de plaque

En zone gendarmerie, le colonel Hugo Louis a évoqué une affaire survenue en septembre 2025 à Juillan. Un individu s’était introduit sans effraction, en début de soirée, au domicile de personnes âgées. Il avait dérobé un bijou de valeur au doigt de la victime avant de prendre la fuite en voiture.

L’enquête a pu progresser grâce à une caméra ayant capté un fragment de plaque d’immatriculation. Ce simple élément a permis, après recoupements, de remonter jusqu’à l’auteur. Aujourd’hui, 28 communes sont équipées.

Vidéoprotection et éclairage public : un équilibre à trouver

Le préfet a également évoqué le travail mené avec les maires sur la question de l’éclairage public. Le département est engagé dans la préservation du ciel dans le cadre de la réserve internationale de ciel étoilé. Toutefois, l’extinction totale de l’éclairage peut favoriser des actes malveillants et rendre certaines zones anxiogènes pour les habitants. Des ajustements sont donc étudiés : luminaires orientés vers le sol, réduction progressive de l’intensité lumineuse après 23 heures, maintien d’un éclairage minimal, par exemple à 20 %, afin d’assurer visibilité et sécurité.

Le préfet insiste sur la notion de « sentiment d’insécurité » : traverser un quartier totalement plongé dans le noir, même sans présence suspecte, peut générer un malaise. L’objectif est donc de concilier préservation environnementale et sécurité publique.

Des rencontres avec les maires sont prévues, notamment après les élections municipales, afin de rappeler leurs pouvoirs de police et d’accompagner les communes dans leurs choix d’équipement.

Faits marquants : des équipes mobiles de jeunes auteurs

Parmi les affaires marquantes de 2025, le colonel Hugo Louis est revenu sur une série de faits commis entre février et septembre, notamment dans le secteur de Tarbes et jusqu’à Rabastens-de-Bigorre.

Plusieurs vols avec violences aggravées ont été recensés, dont un tir d’arme à feu ayant blessé une victime à la cuisse. Les investigations ont permis d’identifier des auteurs jeunes, parfois primo-délinquants, évoluant en équipes de deux ou trois.

Ces groupes opéraient principalement de nuit. Ils dérobaient des véhicules pour commettre des cambriolages, notamment au préjudice d’associations sportives et de clubs communaux, avant d’abandonner ou d’incendier les voitures utilisées. Les équipes se relayaient d’une nuit à l’autre.

Certains mis en cause étaient mineurs ou tout juste majeurs. Selon le colonel, ce mode opératoire — mobilité, travail en binôme ou trinôme, rotation des équipes — cause « énormément de dégâts » sur une période courte, tout en mobilisant fortement les services d’enquête.

En octobre 2025, une enquête à dimension internationale, pilotée par le parquet compétent en matière environnementale, a permis de mettre au jour un trafic illicite de bovins entre la France, l’Espagne et l’Italie. Le système reposait notamment sur des manipulations d’échantillons sanguins afin de masquer l’état sanitaire réel de certains animaux. Des prises de sang étaient réalisées sur des bêtes saines, sans contrôle systématique des autres, facilitant ainsi des opérations d’import-export frauduleuses.

En décembre, à Bagnères-de-Bigorre, une autre affaire a conduit à l’interpellation d’un individu défavorablement connu des services de gendarmerie dans le cadre d’un trafic de stupéfiants. Cette opération, déclenchée à la suite d’un contrôle routier nocturne, illustre l’articulation entre action de terrain et exploitation du renseignement.

Une justice plus réactive face à une délinquance en mutation

La procureure de la République, Sylvie Martins-Guedes, a dressé un constat d’évolution de la physionomie de la délinquance.

En 2025, les comparutions immédiates ont augmenté de 25 %. À titre de comparaison, 71 comparutions immédiates avaient été enregistrées en 2022 contre 147 en 2025. Si l’on ajoute les autres procédures en circuit court (convocations par procès-verbal avec contrôle judiciaire, comparutions sur reconnaissance préalable de culpabilité), près de 30 % de l’activité pénale relève désormais d’un traitement rapide.

L’objectif affiché est double : apporter une réponse ferme et contemporaine des faits, tout en évitant la réitération. « Quand la procédure est bien menée, j’ai les moyens d’apporter une réponse urgente », a-t-elle souligné, saluant le travail des enquêteurs.

Parallèlement, le parquet développe les alternatives aux poursuites pour la délinquance du quotidien, afin de trouver un équilibre entre sanction, réparation et pédagogie.

La délinquance routière, un enjeu central

Si elle n’a pas fait l’objet d’un long développement en début de présentation, la délinquance routière demeure un axe majeur.

Les autorités constatent que la mesure la plus dissuasive reste la suspension administrative immédiate du permis de conduire, accompagnée, le cas échéant, de la saisie du véhicule. « Vous laissez le permis, vous laissez la voiture, vous rentrez à pied », a résumé le préfet.

Les contrôles mettent régulièrement au jour des infractions multiples. Lors d’une opération d’une heure devant un collège, 37 infractions ont été relevées, dont neuf usages de téléphone au volant.

Au terme de cette présentation, le message se veut clair : entre adaptation technologique, coordination locale et réponse pénale plus rapide, l’État entend maintenir une action constante face à une délinquance en mutation, tout en rappelant que la responsabilité individuelle demeure au cœur de la réponse pénale.



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