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Hautes-Pyrénées – Valentin Rouby interview Amir Reza-Tofighi le patron national de la CPEM


Valentin Rouby est Délégué Général de l’association Hémicycle France, qui a pour but de sensibiliser la jeunesse aux institutions et à la chose publique de manière générale. Au nom de son association, il a procédé à l’interview d’Amir Reza-Tofighi, président national de la CPME.

Valentin Rouby : Merci d’avoir accepté cet échange. Je suis Valentin Rouby, Secrétaire Général de l’association Hémicycle France, qui a pour but de sensibiliser la jeunesse aux institutions et à la chose publique. Nous considérons que la jeunesse est la force de l’avenir et pour cela, elle doit s’investir. Vous avez cofondé Vitalliance en 2005, entreprise spécialisée dans l’aide à domicile pour les personnes âgées et en situation de handicap. Vous avez ensuite cofondé Heetch, plateforme de VTC et vous êtes aujourd’hui un cadre majeur du monde économique français puisque vous êtes Président de la CPME (Confédération des Petites et Moyennes Entreprises). Selon vous, quel rôle doit jouer la jeunesse dans le tissu économique ?
Amir Reza-Tofighi : La jeunesse est l’avenir économique. Les jeunes détiennent la force de création et d’innovation. Les grandes transformations, les changements et les ruptures proviennent des générations nouvelles.

Comment la jeunesse peut trouver cette force d’agir dans un monde aussi complexe, dans lequel les crises semblent se présenter ? La jeunesse n’a pas besoin qu’on la protège du monde, elle a besoin qu’on lui donne les moyens d’y prendre sa place.

Dans un contexte instable, ce qui donne de la force, c’est la capacité d’agir concrètement. Cela suppose trois choses : d’abord, une formation qui reconnecte davantage l’école et l’entreprise ; ensuite, une vraie égalité des chances, quel que soit son territoire ou son origine ; enfin, la conviction que le travail reste un levier d’émancipation. La société doit envoyer un message clair : entreprendre, innover, s’engager, c’est possible. Et nous avons collectivement la responsabilité d’ouvrir ces portes.

On parle souvent de la nouvelle génération au travail, celle à qui j’appartiens, comme une génération qui ne respecte pas les codes et qui remet en question l’ordre établi. Représente-elle une crainte pour le monde de l’entreprise ?

Chaque génération a l’impression que la suivante n’est pas comme la précédente. La question fondamentale n’est pas celle-ci à mon sens, mais plutôt que le travail ne paye pas assez et que l’entreprise est déconsidérée. Est-ce de la faute de la jeunesse, ou bien celle du système qu’on a laissé se créer ?

Au niveau de la CPME, que faites-vous en faveur de la jeunesse ?

Nous nous battons pour que le contexte économique global vous soit favorable : c’est un combat permanent. L’intérêt est que les jeunes soient moins confrontés à la difficulté, de manière générale toute la population. Il faut aussi mettre l’accent sur l’apprentissage, via notamment des financements pour que les entreprises recrutent des apprentis. Nous poussons pour que les jeunes se rapprochent de l’entreprise via les stages et les alternances par exemple.  Il faut que pour chaque année de scolarité les étudiants soient confrontés au milieu de l’entreprise, via des interventions ou des stages.

Pensez-vous que le système économique français est propice à l’innovation, la prise de risque et à l’entrepreneuriat ?

Le système français n’est ni parfait ni déplorable. Il possède, comme tout système, des forces et des faiblesses. Nous avons en France des entrepreneurs talentueux, des services publics performants et assurant globalement un niveau de vie supérieur. Nous possédons aussi des formations, dispensées sur tout le territoire et gratuites, de haut niveau. La recherche académique est aussi de qualité. Par contre, nous avons aussi une complexité de nos lois et de nos normes et cela pèse sur nos entreprises. La charge fiscale est très élevée et la concurrence est parfois déloyale avec l’étranger, ce qui ne facilite pas les choses.

Les Etat-Unis sont de plus en plus menaçants pour l’économie européenne (et particulièrement vis-à-vis de la France), quels risques pour nos entreprises dans cette guerre économique et financière ?

Il faut que l’Union Européenne retrouve la volonté de se défendre comme le font les Etats-Unis et la Chine. Ils nous enseignent qu’il faut être indépendant, que nous devons être maîtres de nos choix. Cela représente aussi une opportunité : c’est l’occasion de renforcer notre souveraineté sur les secteurs clés, comme le domaine de la santé, de l’armement etc…

Avez-vous un avis sur l’instabilité politique en France ? Ce qui, je le crois, représente une crainte énorme pour le monde économique français.

Oui, l’instabilité politique a un impact concret sur l’économie. Quand le contexte politique change sans cesse, cela crée de l’incertitude. Et quand il y a trop d’incertitude, les entreprises hésitent à investir, à embaucher, à lancer de nouveaux projets. Pour décider, une entreprise a besoin de visibilité : savoir quelles seront les règles du jeu, la fiscalité, les priorités du pays. Si tout semble provisoire ou fragile, les décisions sont repoussées. Nous n’attendons des responsables politiques qu’ils soient toujours d’accord. C’est qu’ils soient capables de trouver des compromis solides et de donner un cap clair.

Avez-vous un mot de la fin, un message pour les jeunes qui nous lisent ?

Je comprends que beaucoup de jeunes puissent se sentir parfois découragés. Mais l’engagement change la perspective.Quand on s’engage, dans un projet, une entreprise, une cause, on passe du constat à l’action. Et c’est dans l’action qu’on retrouve de la confiance. Engagez-vous !



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