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Pyrénées – Déchets agricoles : les élus et le Département appellent à une solution rapide : « Il faut en finir »
Un point presse consacré à la gestion des déchets agricoles s’est tenu ce vendredi 13 mars au Conseil départemental des Hautes-Pyrénées à Tarbes. Plusieurs élus ont évoqué l’ampleur du problème et la nécessité de trouver rapidement une solution pour évacuer les milliers de mètres cubes de déchets accumulés dans le département des Hautes-Pyrénées.
Le point presse s’est déroulé au Conseil départemental des Hautes-Pyrénées à Tarbes. Autour de la table figuraient notamment, Michel Pélieu, président du Département ; Frédéric Ré, président de la Communauté de communes Adour-Madiran ; Philippe Baubay, maire de Séméac et Bernard Poublan, conseiller départemental et président du Service départemental d’incendie et de secours des Hautes-Pyrénées (SDIS 65). La rencontre visait à faire un point sur la gestion des déchets agricoles déposés ces derniers mois dans le département et sur les pistes envisagées pour leur évacuation.
« Une situation qui dure depuis trop longtemps »
Dès le début de son intervention, Michel Pélieu a dressé un état des lieux qu’il juge préoccupant. « On arrive aujourd’hui à un moment de saturation. Il y a encore des points noirs à Séméac, Lannemezan, Hèches, Maubourguet, Vic-en-Bigorre et cette situation dure depuis trop longtemps. Elle est aujourd’hui inacceptable au niveau du département », a déclaré le président du Département. Selon lui, les discussions avec les organisations agricoles ont déjà été engagées à deux reprises, les 9 et 23 janvier, afin de rechercher une solution. « Le 23 janvier, j’ai fait une proposition aux organisations syndicales. Je leur ai demandé de me donner une réponse pour savoir si nous pouvions trouver un compromis pour sortir de cette situation », a-t-il expliqué.
Une proposition restée sans réponse
Le président du Département a détaillé la proposition formulée lors de ces échanges. « Nous avons proposé que le Département prenne à sa charge le chargement des déchets sur les véhicules agricoles, que le monde agricole assure le transport et l’évacuation vers des unités de traitement et que l’Etat apporte une aide financière», a-t-il précisé. Ces déchets pourraient être dirigés vers des installations spécialisées, notamment exploitées par Veolia, PSI… Mais selon Michel Pélieu, la réponse attendue n’est jamais arrivée. « La semaine suivante est passée et je n’ai eu aucune réponse », a-t-il indiqué. Le président du Département affirme également avoir interpellé les responsables agricoles lors du dernier Salon de l’agriculture à Tarbes. « Je suis allé voir le président de la chambre d’agriculture pour lui faire part du mécontentement du Département. On m’a dit “on va s’en occuper”. J’ai été également sur le stand de la Coordination rurale. On m’a dit que le prix de l’essence était trop important. Aujourd’hui le problème reste entier et il n’est plus possible d’attendre », a-t-il déclaré.
Un volume estimé à 5 000 m³
Selon les estimations avancées par le Département, le volume global des déchets concernés serait d’environ 5 000 m³. « Nous estimons qu’il y a environ 5 000 mètres cubes de déchets, notamment des pneumatiques et d’autres matériaux agricoles », a indiqué Michel Pélieu. Le coût de leur traitement représenterait une charge importante pour la collectivité. « Le Département a évalué le coût minimum à un million et demi d’euros », a-t-il affirmé. Il a également tenu à répondre aux réactions observées sur les réseaux sociaux. « On lit parfois que pour 200 000 euros on pourrait tout enlever. Mais ce n’est pas seulement le transport. Le tri et surtout le traitement dans les unités spécialisées représentent des coûts très importants », a-t-il expliqué. Selon lui, le traitement de certains déchets peut atteindre plusieurs centaines d’euros la tonne. « Pour les pneumatiques, cela peut aller de 300 à 500 euros la tonne », a-t-il précisé.

Une décision attendue le 18 mars
Une réunion avec le préfet doit avoir lieu le 18 mars afin de tenter de débloquer la situation. « Il faut impérativement que le 18 mars une décision soit prise. Il faut que ces déchets soient évacués avant la fin du mois », a insisté Michel Pélieu. Le président du Département affirme privilégier une solution collective. « Je préférerais que l’on arrive à une solution amiable avec un partenariat à trois : le monde agricole, l’État et les collectivités », a-t-il déclaré. Il évoque notamment la possibilité d’une participation de l’État au financement du traitement. « Une lettre du Premier ministre a été adressée au président du département du Gers pour évoquer une participation de l’État au traitement dans les unités spécialisées. Mais pour l’instant rien n’est stabilisé pour les Hautes-Pyrénées. Le préfet des Hautes-Pyrénées est en train de s’en occuper », a-t-il indiqué.
Des actions de protestation dénoncées
Michel Pélieu est également revenu sur l’action de protestation menée devant le siège du Département. « Le Département a déjà engagé des dépenses pour écarter des déchets et rétablir des passages, et pour enlever la terre et la boue qui avaient été déversées devant l’entrée du Département », a-t-il expliqué. Il a dit avoir été particulièrement marqué par cet épisode. « C’est quelque chose que j’ai très mal vécu. Je ne vois pas pourquoi le Département a été pris pour cible dans cette affaire », a-t-il déclaré. Selon lui, ces actions ont dépassé le cadre d’un simple mouvement de protestation. « Décharger de la terre et des matériaux devant les portes du Département et les repousser jusque sur les marches, je trouve cela inadmissible », a-t-il affirmé.
« Trouver une solution raisonnable »
Malgré ces tensions, Michel Pélieu affirme vouloir privilégier le dialogue. « Je souhaite éviter que la situation se règle devant la justice. Si chacun fait un effort, nous pouvons trouver une solution raisonnable pour régler ce problème », a-t-il expliqué.
Présent lors de ce point presse, Philippe Baubay, maire de Séméac, a rappelé que sa commune est directement concernée par la présence de déchets sur un rond-point situé à l’entrée de l’agglomération tarbaise, à proximité de la sortie d’autoroute. « Je suis là en tant que maire de la commune de Séméac, qui est une entrée de l’agglomération, notamment avec la sortie de l’autoroute », a-t-il expliqué. Selon l’élu, l’accumulation de déchets donne une image dégradée du territoire, notamment pour les visiteurs. « Nous avons des vacanciers qui passent par là. Ce n’est pas forcément quelque chose de très joli à voir quand on arrive dans le département », a-t-il déclaré. Le maire indique également avoir déposé plainte au nom de la commune.

Des inquiétudes environnementales et sanitaires
Au-delà de l’aspect visuel, Philippe Baubay évoque des préoccupations environnementales. « Il y a bien sûr le coût environnemental. On ne sait pas si des mesures ont été faites, mais on peut imaginer des infiltrations dans la nappe phréatique », a-t-il souligné. Selon lui, les habitants vivant à proximité ont également signalé d’autres nuisances. « Des habitants m’ont contacté pour parler d’odeurs, et aussi de rats. Dans un cas comme ça, c’est à peu près normal que ce genre de problème apparaisse », a-t-il expliqué. Pour la commune, le coût de la gestion des déchets pourrait être très important. « Rien que pour la collecte et le tri sur le rond-point et les abords, nous avons estimé environ 200 tonnes de déchets. Cela représenterait près de 107 000 euros », a indiqué le maire. Une charge financière que la commune ne peut pas assumer seule. « On ne va pas supporter 107 000 euros de traitement et d’enlèvement de ces déchets. C’est une situation qui doit cesser et chacun doit prendre ses responsabilités », a-t-il affirmé.
Le président du Conseil départemental des Hautes-Pyrénées, Michel Pélieu, a confirmé que la situation est arrivée à un point critique. « Je considère que cette réunion est une forme d’ultimatum aux organisations syndicales pour qu’elles réagissent immédiatement », a-t-il déclaré. L’élu dit ne plus pouvoir accepter la présence quotidienne de ces dépôts. « Je passe tous les jours devant ces décharges, notamment à Tarbes, Lannemezan et Hèches. C’est inacceptable », a-t-il expliqué. Selon lui, le Département a déjà fait preuve de patience. « On a trop toléré et trop attendu », a-t-il estimé.
Une solidarité revendiquée avec le monde agricole
Malgré les tensions, Michel Pélieu insiste sur le fait que les collectivités ne sont pas opposées au monde agricole. « Personnellement, j’ai exprimé ma solidarité d’entrée avec le monde agricole », a-t-il déclaré. Même position du côté de Frédéric Ré, président de la Communauté de communes Adour-Madiran, qui souligne que plusieurs sites de son territoire sont touchés. « Nous avons plusieurs points concernés : des ronds-points, des entrées de ville. Nous sommes quand même bien impactés par ces dépôts », a-t-il indiqué. L’élu regrette que certaines critiques laissent penser que les collectivités seraient opposées aux agriculteurs. « Ce qui est regrettable, c’est que l’on puisse laisser croire que le Département serait contre la profession agricole. Ce n’est pas le cas. Au contraire, nous sommes partenaires », a-t-il insisté.
Des exemples de soutien financier
Frédéric Ré rappelle également que les collectivités dont le Département accompagnent le monde agricole sur plusieurs dossiers. Il cite notamment la rénovation d’un ouvrage hydraulique sur son territoire. « Il y a deux ans, la digue a faillé lâcher. Il a fallu faire des travaux. L’addition était de six à sept millions d’euros d’argent public. Le Département a participé à hauteur d’un million d’euros », a-t-il précisé. Pour lui, cet exemple illustre l’engagement des collectivités. « La solidarité avec les agriculteurs existe. Nous sommes conscients des difficultés du secteur », a-t-il ajouté.
La question des actions de protestation
Michel Pélieu est également revenu sur certaines actions menées durant les mobilisations agricoles. Il évoque notamment les actions pour gêner l’accès aux stations de ski. « On a entendu dire qu’il fallait bloquer l’accès aux stations de sports d’hiver. Mais quel aurait été l’intérêt d’empêcher les vacanciers d’y accéder pour régler le problème de la DNC ? », a-t-il interrogé. Selon lui, le département, dont l’économie dépend fortement du tourisme, ne peut pas se permettre une telle image. « Le tourisme représente environ 40 % des recettes du département. Voir des milliers de voitures de vacanciers passer devant ce désordre, ce n’est pas acceptable », a-t-il déclaré.

Le rôle des élus locaux
Philippe Baubay rappelle de son côté avoir tenté de dialoguer directement avec les manifestants au début du mouvement. « Je suis allé plusieurs fois sur le rond-point. Je leur ai dit que sur le fond on pouvait être d’accord, mais qu’il ne fallait pas trop mettre le bazar », a-t-il raconté. Mais la situation a rapidement dépassé le cadre du dialogue local. « À un moment donné, j’ai vu que cela prenait d’autres dimensions et qu’il n’y avait plus de dialogue possible », a-t-il expliqué. Pour Frédéric Ré, le rôle des élus est ailleurs. « Notre place n’est pas sur les ronds-points. Notre place est autour de la table pour essayer de faire bouger les lignes avec les services de l’État et les différentes institutions », a-t-il estimé.
La menace d’une procédure judiciaire
Interrogé sur la suite des événements si les déchets ne sont pas évacués, Michel Pélieu n’espère qu’une chose : une solution à l’amiable. « J’espère que les organisations agricoles prendront leurs responsabilités et que les déchets seront enlevés. Sinon, il y a déjà des plaintes auprès du procureur de la République », a-t-il indiqué. L’élu affirme toutefois préférer éviter cette issue. « Je préférerais ne pas en arriver là. Je n’ai pas envie de voir le monde agricole devant la justice », a-t-il déclaré. Mais il insiste sur la nécessité de trouver une solution rapide. « Trois mois avec cette image pour le département, ce n’est pas possible », a-t-il affirmé.
Une réunion attendue le 18 mars
La réunion de la dernière chance semble-t-il se tiendra donc le 18 mars à la préfecture afin de tenter de débloquer la situation. Michel Pélieu indique avoir également sollicité l’État. « Le préfet m’a dit qu’il avait relancé le cabinet du ministre sur la question des déchets agricoles. Si l’État intervient, cela peut faciliter les choses », a-t-il expliqué. L’élu évoque aussi la nécessité de trier les déchets présents sur les sites. « Nous avons proposé de mettre des pelles à grappin pour commencer à séparer les pneus et les autres matériaux afin de faciliter le traitement », a-t-il précisé. Selon lui, l’opération pourrait être rapide si les acteurs concernés coopèrent.
« Avec un peu de bonne volonté et de solidarité, certains sites pourraient être nettoyés en une journée », a-t-il estimé. La réunion du 18 mars devrait donc être déterminante pour décider de la suite à donner à ce dossier sensible pour le territoire.