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Noé Kolanek raconte Huntington : « Écrire, c’est recracher le monde, sale ou beau selon les jours »


À 25 ans, Noé Kolanek publie Oubliez-moi, un roman poignant qui explore la mémoire, la transmission et la maladie à travers le prisme de la chorée de Huntington. Après Les cris vains, autopublié, il revient avec une œuvre plus ample, plus habitée, où l’intime rejoint l’universel. Rencontre avec un auteur en quête de sens, de mots, et d’humanité.


« C’est qui au juste, Noé Kolanek ? Comment te décrirais-tu au quotidien ? »

Je me pose moi-même tous les jours la question. Je crois être quelqu’un en quête. En quête de sens. En recherche de soi. Ce que je suis exactement, je ne saurais le dire. Mais je sais que je suis quelqu’un qui essaie de faire des terrains inconnus sa zone de confort. J’aime explorer ce qu’il y a en moi.


Dans ta bio, tu dis avoir “balancé des mots dans le vide…”. Tu te souviens du moment où quelqu’un a commencé à les rattraper ?

Je crois que mes proches ont beaucoup appris à me connaître par le prisme de ce que j’écrivais. Pas qu’ils ne me connaissaient pas avant. Mais il y a ces choses impalpables qu’on garde en soi, comme des trésors cachés, que j’ai su révéler. Au fond, je crois que c’est surtout à moi que je cachais des choses.


Est-ce que l’écriture a été pour toi une manière de survivre à la réalité du quotidien ?

Oui, d’une certaine manière. L’écriture permet de mettre de l’ordre dans ce qui déborde. Elle aide à comprendre ce qui nous traverse, surtout quand on observe beaucoup, comme dans le journalisme.


Comment est née l’idée d’Oubliez-moi ?

Oubliez-moi, c’est à la fois un projet issu d’une réalité torpillée et le résultat d’années de réflexion. Ça raconte une histoire de famille, des trajectoires qui s’écrasent, des relations qui se périclitent. Ce n’est pas mon histoire, même si elle pourrait y ressembler. C’est une fiction construite de toutes pièces, une œuvre qui s’est formée lentement, avant même d’être écrite.


Pourquoi avoir choisi un sujet aussi dur que la chorée de Huntington ?

Parce que croire que les gens lisent seulement pour rêver est une erreur. L’art sert à questionner ce qu’on a dans le creux du ventre. Je vois l’écriture comme un athanor : transformer des matériaux vils en quelque chose de précieux. Ce roman transforme la douleur en espoir.


Est-ce une histoire inspirée de faits réels ?

C’est une histoire née dans l’ombre du réel, mais entièrement fictionnelle.


Ce livre parle autant de la maladie que de ceux qui restent. Qu’est-ce qui t’intéressait le plus ?

La dégénérescence est un fait. Mais la manière dont les proches y survivent, ça relève de l’interprétation. Ce qui m’intéresse, c’est cette question : comment on fait pour continuer à vivre quand tout s’effondre ?


Que garde-t-on de ceux qui nous précèdent ?

On garde le plus précieux : les souvenirs. Mais ce trésor peut être souillé quand une maladie plane comme une épée de Damoclès.


Comment écris-tu sur l’amour sans tomber dans le pathos ?

Franchement, j’essaie surtout d’écrire des observations. Je ne cherche plus à faire de la belle prose, mais à révéler des constats.


La mémoire est-elle le vrai sujet du roman ?

Ce roman n’a ni méchant ni gentil. La maladie prend le rôle sombre, et la mémoire devient le véritable “personnage lumineux”.


Ton style est décrit comme brut et poétique. Tu écris comment ?

L’écriture, c’est un mode de vie. Je marmonne des phrases, je note tout, partout, tout le temps. C’est très instinctif, mais nourri en permanence.


Tu dis écrire pour “recracher le monde”. Qu’est-ce qui était “sale” ou “beau” pendant l’écriture ?

Écrire ce roman était plutôt “sale”. Je m’immerge totalement dans mes personnages, j’absorbe leurs émotions, leurs traumatismes. C’est éprouvant, mais nécessaire pour leur donner une âme.


Quelle place ont la musique et le silence dans ton écriture ?

Je m’entoure d’art. J’écoute énormément de musique, mais le silence aussi est essentiel. Il permet d’entendre ce qui doit émerger.


Qu’est-ce que ton métier de journaliste t’a appris ?

À peu près tout. À regarder, à écouter, à comprendre. À capter l’humain dans ce qu’il a de plus brut.


La fiction permet-elle d’aller plus loin que le réel ?

Pour moi, la plus belle des fictions prend racine dans le réel. Et inversement.


Tu sembles attaché aux “petites gens”. Est-ce une forme de résistance ?

Le monde invisibilise 99 % des gens. Moi, je veux les mettre en lumière. Ce sont eux qui racontent le mieux la réalité.


Après Les cris vains et Oubliez-moi, vers quoi veux-tu tendre ?

Je veux continuer à créer, pas juste raconter. Mais ça demande du temps, de vivre, d’observer. Ma quête est insatiable. J’aimerais aller vers quelque chose de post-moderne, entre anticipation et contemporain.


Si les lecteurs devaient retenir une seule phrase ?

Je préférerais qu’ils retiennent un souvenir plutôt qu’une phrase.


Et si tu devais résumer Oubliez-moi en un mot ?

Disruptif.



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