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 » La coiffure m’a sauvée de la dépression  » : juriste en Moldavie, elle s’est reconvertie en coiffeuse à Tarbes


l’essentiel
Après un bac + 7 et une expérience de juriste, Tatian Lelic a quitté son pays natal, la Moldavie, pour s’installer à Tarbes en quête d’un avenir meilleur. Ici, elle est devenue coiffeuse et possède désormais, après des années de galère privée de carrière et de son enfant, son propre salon.

Tatiana Lelic a déjà mille vies. Sa première a commencé en Moldavie.  » Je suis devenue juriste après un bac + 7. Mes parents se sont sacrifiés pour mes études. Ils ont dû également faire beaucoup d’effort pour me payer un logement dans la capitale, à Chisinau « , se souvient celle qui vient d’un petit village et d’une famille modeste. Après deux ans en tant que juriste dans une entreprise avec un salaire de 250 euros par mois, les difficultés apparaissent. Le couple Lelic qui vit pourtant chez les parents de Tatiana ne fait plus face au coût de la vie et cherche des opportunités ailleurs. Commence un long chemin de croix.  » Mon mari, maçon, est parti travailler au Portugal pendant plus de deux ans, loin de nous. C’était très difficile « , raconte encore la Moldave. Mais à son retour au pays, rien n’a changé. Le couple met le cap sur la Russie, toujours en quête d’un mieux. Ici, Tatiana qui a dit adieu à sa carrière de juriste aide son mari sur les chantiers. Quelque temps plus tard, en 2008, son conjoint est missionné à Tarbes sur un chantier de construction. Il appelle Tatiana, de nouveau en Moldavie et la persuade de s’installer ici,  » dans ce petit coin de paradis où il y a du vert et du calme « .

Les débuts en France sont terribles, surtout que l’enfant du couple, faute de papiers, est resté chez ses grands-parents en Moldavie. Et qu’ici le diplôme de juriste de Tatiana n’a aucune valeur.  » À Tarbes, je deviens femme de ménage dans l’immeuble où nous vivons pour faire baisser le prix du loyer. Puis, j’accepte un contrat chez Brunet, à Maubourguet, puis encore, au stand de sushis du Leclerc « , confie Tatiana. Son poste de juriste est déjà à mille lieues d’elle.

Le couple se saigne pour financer la formation

Et puis, elle s’effondre.  » J’étais loin de mon fils, dans une ville où je ne connaissais personne et où je ne parlais même pas la langue. J’ai explosé. Ma dépression a duré neuf mois « , précise-t-elle. Tous les dimanches, elle et son conjoint appellent leur enfant depuis une cabine téléphonique place Marcadieu grâce à une carte prépayée (11 minutes de conversation contre 6,50€). Le couple vide ses poches pour acheter des baguettes avec des pièces jaunes : ils ne peuvent rien se payer d’autre à manger.

Un jour, Tatiana, poussée par son mari, arrive chez Concept formation où on lui propose de commencer un CAP coiffure. Le couple se saigne à nouveau : la formation coûte 6 500 €.  » Je ne connaissais rien à la coiffure et puis moralement, de rencontrer du monde, d’apprendre des choses, de m’exercer, ça m’a remis du baume au coeur « , explique Tatiana qui prolongera finalement sur deux ans supplémentaires puis un brevet professionnel.  » J’ai ensuite intégré un salon de coiffure réputé à Tarbes, pour moi, après toutes ces années de galère, c’était la consécration. La coiffure m’a sauvée de la dépression « . Depuis deux ans, elle est même passée à la tête de son propre salon de coiffure, Liliac, rue Larrey. Son mari, lui, est devenu patron de son entreprise de maçonnerie.  » On ne pensait rester que trois ans en France, finalement on est là depuis dix-huit ans et notre fils a pu nous rejoindre « , témoigne-t-elle. Une sacrée revanche sur la vie.



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