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Tony Marin, une vie de fidélité au rugby honorée par le Coq d’Or


À Tarbes, l’émotion était palpable lors de la remise du Coq d’Or de la Fédération française de rugby à Tony Marin à l’hôtel de ville. Cette distinction, la plus élevée que peut attribuer l’instance fédérale, est venue saluer une vie entière consacrée au ballon ovale. C’est Florian Grill, président de la FFR, qui a pris la parole pour retracer un parcours profondément ancré dans les valeurs du rugby.

Samedi 2 mai à l’hôtel de ville de Tarbes, Florian Grill, président de la FFR, a remis à Antoine Marin, le Coq d’Or, en présence du maire de Tarbes, Pascal Claverie. Dans un discours empreint de gravité et de respect, Florian Grill a rappelé la portée de cette récompense : « Le Coq d’Or (…) honore une vie entière donnée au rugby ». Plus qu’une carrière sportive, c’est un engagement total qui est reconnu.

« Une vie donnée au rugby »

Le président a souligné une image forte : celle d’un sport où « l’on fait des passes en arrière pour avancer », symbole de transmission et de mémoire. Une métaphore qui illustre parfaitement le chemin de Tony Marin, tourné vers les autres et le collectif. Tout commence à Tarbes, rue de Gonnès. Jeune joueur issu d’un milieu modeste, Tony Marin franchit les portes du Stade Jules Soulé au sein du Stadoceste Tarbais, récemment doté d’une école de rugby. Très vite, il s’inscrit dans une génération exceptionnelle. Le point culminant intervient le 20 mai 1973, avec la conquête du mythique Bouclier de Brennus, symbole suprême du rugby hexagonal. Pour Florian Grill, cet épisode marque une révélation : « le rugby n’est pas seulement un sport (…) c’est une émotion collective, un territoire, un peuple ».

La fidélité comme ligne de conduite

L’un des traits majeurs du parcours de Tony Marin reste sa fidélité. Talonneur, poste exigeant et exposé, il effectue l’intégralité de sa carrière sous le même maillot, une rareté dans un sport devenu plus mobile. Membre de la confrérie des « Un seul maillot », il incarne une constance et une droiture saluées dans le discours présidentiel. « Dans un monde où certains changent plus souvent de club que de chemise (…) toi, tu es resté », a insisté Florian Grill.

Transmettre et bâtir

Après sa carrière de joueur, Tony Marin s’oriente naturellement vers la transmission. Éducateur puis entraîneur, il accompagne de nombreux jeunes talents, avant de s’engager comme dirigeant. À la tête du Comité Armagnac Bigorre, il œuvre au développement du rugby sur son territoire. Formation, structuration des clubs, essor du rugby féminin ou encore promotion du rugby à 5 figurent parmi ses priorités. Son action contribue à l’émergence de joueurs devenus majeurs sur la scène internationale, comme Antoine Dupont, Grégory Alldritt, Anthony Jelonch, Pierre Bourgarit ou Cyril Baille.

Un engagement au plus haut niveau

Parallèlement, Tony Marin s’implique au sein de la Fédération française de rugby, participant à différentes commissions et accompagnant les équipes de France dans diverses missions internationales. À la demande de dirigeants fédéraux, il rejoint également les staffs auprès des sélectionneurs nationaux, poursuivant son engagement avec la même loyauté et exigence. Le parcours n’a pas été exempt d’épreuves. Florian Grill a évoqué « des décisions incomprises » et « des combats perdus », notamment en 2016. Mais Tony Marin est resté fidèle à ses principes, guidé par une citation d’Albert Camus : « on peut avoir raison et être vaincu ». Une philosophie qui illustre une qualité essentielle dans le rugby comme dans la vie : la résilience.

Une histoire de famille

Au-delà du terrain et des responsabilités, le président de la FFR a tenu à rappeler l’importance du cercle familial. Son épouse Michèle, ses enfants et petits-enfants, tous engagés dans le rugby, prolongent cette passion transmise de génération en génération. En conclusion, Florian Grill a salué « la manière » autant que le parcours : fidélité, humilité, engagement et convictions. En remettant le Coq d’Or à Tony Marin, la Fédération française de rugby honore bien plus qu’un homme. Elle met en lumière une certaine idée du rugby : un sport de transmission, de loyauté et de fraternité.

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Cher Tony,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis du rugby,

« Il y a des moments dans une vie de président où les mots pèsent un peu plus lourd que d’habitude… Et aujourd’hui, clairement, je suis dans un de ces moments-là. Parce que le Coq d’Or de la Fédération française de rugby, ce n’est pas une distinction comme les autres. C’est la plus haute reconnaissance que notre fédération puisse accorder. Elle ne récompense pas un match, elle ne récompense pas une saison… Elle honore une vie entière donnée au rugby. Et aujourd’hui, Tony, c’est la tienne que nous célébrons. Quand je parle du rugby, je mentionne souvent cette spécificité qui nous est propre qui consiste à se faire des passes en arrière pour avancer. Pour moi cela a toujours été la plus belle image du devoir de mémoire. En préparant ces quelques mots, je me suis dit que ton parcours, c’était aussi exactement ça, toute ta vie tu n’as cessé de faire des passes avec un regard toujours tourné vers les autres, vers le collectif, vers la transmission… et au final, une trajectoire absolument exceptionnelle.

Tout commence à Tarbes, rue de Gonnès. Un jeune garçon, issu d’un milieu modeste, pousse la porte du Stade Jules Soulé avec son petit frère… alors que le Stadoceste Tarbais venait de créer l’une des premières écoles de rugby. Et sans le savoir, il entre dans ce que tu appelles si justement “un monde merveilleux”. Ce monde, c’est celui du rugby. Celui qui t’apprend à jouer, bien sûr… mais surtout à vivre et apprendre des valeurs comme le respect, la solidarité, l’engagement, le dépassement de soi, et cette fraternité unique qu’on ne trouve nulle part ailleurs qui se forge dans les mêlées comme dans les 3ème mi-temps.

Et puis il y a cette génération dorée, ton frère et cette bande de copains qui vont grandir ensemble, gagner ensemble… des titres de champions de France en cadets, juniors ou scolaires et un jour, le 20 mai 1973, un jour qui restera à jamais gravé dans l’histoire, c’est la consécration, le graal de tous les rugbymen, en ramenant à Tarbes le Bouclier de Brennus tant attendu après les deux demies finales de 64 et 68.

C’est alors que tu comprends une chose essentielle : le rugby, n’est pas seulement un sport… c’est une machine à fabriquer des souvenirs, une émotion collective, c’est un territoire, c’est un peuple dans lequel tu côtoies des amis pour la vie et notamment ceux qui ont partagé avec toi le numéro 2 du Stado : Gabriel Delmas, Norbert Dargelès et bien sûr Philippe Dintrans qu’on ne présente pas et qui a tant donné à son club et au rugby. Avec eux 4, et avec seulement 16 autres joueurs du Stado, tu fais partie de la confrérie des « Un seul maillot ». À une époque où certains regardaient ailleurs, toi tu es resté.

Cela mérite quand même d’être dit : dans un monde où certains changent plus souvent de club que de chemise… dans un monde où les petites trahisons sont parfois plus fréquentes que la constance et la fidélité, toi, tu as fait toute ta carrière avec le même maillot au poste si exposé de Talonneur celui qui nécessite d’avoir du courage et une vraie épine dorsale ! C’est l’occasion de saluer des traits majeurs de ton caractère. Outre ta capacité hors norme à raconter des histoires de 3ème mi temps, ce que j’admire en toi c’est ta fidélité et ta droiture qui toute ta vie t’ont guidé comme joueur mais aussi comme éducateur ou dirigeant comme nous allons le voir. Car très vite, tu transmets. Tu deviens éducateur, entraîneur… et tu accompagnes des générations entières de jeunes joueurs :  Aubin Hueber, Laurent Pedrosa, Eric Berdeu (le papa de Léo). Puis vient l’engagement dirigeant.

Et là… comment dire… tu ne choisis pas la facilité. Tu découvres les combats, les tensions, les élections, parfois les coups bas il faut bien le dire.

Mais tu tiens. Tu résistes. Tu construis. Tu rassembles parce que tu crois en une certaine vision du rugby que tu défends corps et âme, parce que la fidélité à des principes de vie est ton gouvernail et ton cap. Président du Comité Armagnac Bigorre, tu développes le rugby sur ton territoire avec une énergie remarquable en misant sur :

– la formation encore et toujours qui est ton combat permanent , celle des joueurs comme des arbitres,

– la structuration des clubs,

– le développement du rugby féminin pour lequel tu as été pionnier,

– le rugby à 5 avec l’ami Bernard Bourtoule,

– ou encore en organisant des évènements comme le Congrès de la FFR en 2023, le centenaire du Comité en 2012, le championnat d’Europe FIRA, ou un match du tournoi U20 de 2014 couronné par un grand chelem qui était le premier  sachant que le dernière est celui de cette année !

et bien sûr les finales territoriales…

On peut le dire, Tony, tu es sur tous les fronts. Tu peux être fier de toi, fier aussi des résultats de tes sélections du Comité Armagnac Bigorre qui glanent les titres nationaux chez les jeunes avec des joueurs que le monde du rugby vénère aujourd’hui : Antoine Dupont, Greg Aldritt, Anthony Jelonch, Pierre Bourgarit ou encore Cyril Baille. Et en parallèle, tu t’investis au niveau fédéral : règlements, commissions, équipes de France avec des délégations qui t’amènent à courir le monde à Duban, Mendoza, ou à … Clermont Ferrand avec un titre de champion du monde pour nos bleuets. Des missions parfois complexes… Ensuite, à la demande de Pierre Camou qui insistera pour que tu acceptes tu seras aux côtés de Jean Dunyach et auprès de Philippe Saint André puis de Guy Novès et de nos bleus. Dans toutes ces missions tu mettras toujours la même exigence et la même loyauté. Celle d’un homme qui par tout temps garde la tête haute. Celle d’un homme qui veut avant tout pouvoir se regarder dans la glace. Alors oui, il y a eu des moments plus difficiles. Oui il y a eu des décisions incomprises. Oui il a y eu des combats perdus comme en 2016. Mais comme tu le dis si bien en citant Albert Camus « on peut avoir raison et être vaincu »… et pourtant rester debout. Parce qu’au rugby on apprend à gagner et à perdre et que la résilience est un trait de caractère que tu as appris dans ton parcours de joueur et qui guide toute ta vie. Fidèle à tes principes, fidèle à tes convictions. Et ça, Tony, ça force le respect. Au fond et après ce rappel bien trop court, ce qui marque le plus dans ton parcours, ce n’est pas seulement ce que tu as fait…c’est la manière dont tu l’as fait. Ta fidélité. Ton engagement. Ton humilité. Tes convictions. Et surtout… jamais seul. Parce que derrière toi, il y a une famille. Michèle, ton épouse, qui a tout vécu, tout supporté, souvent dans l’ombre… parce que derrière un grand homme, il y a toujours une épouse sans qui rien ne serait possible. Et puis tes enfants Frédéric et Laurent investis dans le rugby comme président et secrétaire général d’un club, tes petits-enfants Baptiste en U14 et Mathilde en U10, toute une lignée de passionnés qui continuent à faire vivre ce “monde merveilleux”. Alors finalement, Tony, ton histoire, c’est celle du rugby dans ce qu’il a de plus beau : un sport de transmission, un sport de fidélité, un sport de famille. Alors pour tout ce que tu as donné au rugby, pour tout ce que tu continues d’incarner, pour l’ami que tu es, et pour l’exemple que tu laisses à tous ceux qui te suivent… Tony, au nom de la Fédération française de rugby, j’ai l’immense honneur de te remettre le Coq d’Or. »



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