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Des dizaines de voix en quête d’union et d’harmonie : la cantèra, ce « truc incroyable et unique » qui fait vibrer Tarba en Canta
Jusqu’au cœur de chaque nuit, les cantèras font vibrer Tarba en Canta, entre voix mêlées et émotions partagées. À l’issue des concerts, des centaines de festivaliers redécouvrent cette tradition vivante qui unit les hommes et les âmes, les générations, les sexes et les classes. Une quête d’harmonie qui se vit et vibre comme un moment suspendu, à voix haute.
Mercredi soir, sur le parvis de l’église de Juillan, la nuit résonne encore des voix des Mécanos, ce chœur stéphanois qui a mis en route le festival Tarba en Canta. Un écho tout juste couvert par les accolades et les discussions qui jaillissent spontanément. Avant qu’un souffle ne s’empare des lieux, porté depuis la halle, à quelques centaines de mètres de là. La cantèra n’attend pas, alors que le comité des fêtes guide les festivaliers vers la buvette. Une centaine de personnes ce soir, qui partagent un verre, un chant ou tout un répertoire. « Traditionnellement, la cantèra, c’était quelque chose de spontané, de pas prévu, après un match, à la fin des travaux aux champs, en famille, lors d’une fête, relate Jérôme Carrère, professeur au conservatoire. Aujourd’hui, c’est davantage provoqué. Mais c’est très bien. Sur ce festival, c’est hyper important. Les gens viennent pour ces moments. Ça fait le lien entre les gens, les générations. En tant que professeur, j’aimerais que la cantèra retrouve le quotidien des habitants de ce pays. »

Jusqu’à dimanche, ce moment rythme le quotidien du festival, chaque soir, pour prolonger le moment. « Dès qu’il y a une cantèra, j’en suis, sourit Loïc, trentenaire qui chante au conservatoire depuis quinze ans. C’est le moment où on est tous ensemble, on fait corps. Il faut le vivre pour le ressentir. Il y a des vibrations, des regards qui s’échangent, c’est fort. » « Déjà, la cantèra, c’est se retrouver, puis trouver le bon son, avoue Gilbert, figure de ces rendez-vous populaires et traditionnels. Il y a des voix qui se cherchent, puis qui se trouvent. Ces harmonies-là qui naissent, c’est rare aujourd’hui… »
Des générations, des classes, des genres qui s’unissent
« Ce que j’adore, c’est que ce sont des jeunes qui chantent, glisse cette dame. En plus, on a eu droit à la Plainte du pasteur et O mon pais, ne manquent qu’Amor d’Aussau et je pourrais rentrer… » Dans cette mêlée de générations, de genres, de classes, les jeunes donnent effectivement de la voix ce soir. En gascon, mais aussi en français, et même en basque lorsque Hegoak se glisse au répertoire. « Je participe aux cantèras depuis toute petite, glisse Anouck, qui pratique la polyphonie au conservatoire. C’est l’endroit où je peux me lâcher. Il y a de la place pour tout le monde. Il faut juste être dedans, ne pas avoir peur d’en faire partie. Car l’identité de cette musique, faite pour être jouée et chantée. » À côté d’elle, Marine partage le même sourire. « La cantèra, ça a été mon premier contact avec la langue. Ça permet de rentrer dans la culture. Je n’ai jamais vu ça ailleurs qu’ici, au pied des Pyrénées. À force, on se connaît un peu, mais personne ne vit ensemble. Et pourtant, le chant nous relie. On est capables ensemble, sans contrainte, sans pression. »
« A chaque fois, il se passe quelque chose… »
Si certains ont le répertoire bien en tête, d’autres s’appuient sur des recueils de chants ou sur l’application Ethos, lancée par Benjamin Bouyssou, lui-même de la cantèra ce mercredi, voire ne se concentrent que sur les refrains. Qu’importe. « La cantèra, c’est tisser des liens, sans artifice, sans instrument, juste avec la voix, analyse Pascal Caumont, directeur artistique de Tarba en Canta. N’importe qui peut chanter, il suffit d’ouvrir sa bouche ! Ce sont des personnes qui sonnent, comme le prolongement de l’être, des fils qui se tissent. C’est vraiment un truc incroyable et unique à l’ère moderne. À chaque fois, il se passe vraiment quelque chose. » S’élève alors Amor d’Aussau, avec ses chœurs à l’unisson comme nés du même souffle depuis les vallées béarnaises voisines. Comme madame, on peut rentrer, même si la nuit réserve encore d’autres harmonies. Un peu plus riches de cette humanité ainsi clamée…
Les prochaines cantèras
Jeudi 4 juin à 22h30 au Celtic Pub, à Tarbes
Vendredi 5 juin à 22h30 à l’Echoppe des Galopins, 70 rue Maréchal Foch, Tarbes
Samedi 6 juin à 22h30 aux Platanes, à Ibos
Dimanche 7 juin à 19h au Paris-Roubaix, 3 Place Marcadieu à Tarbes
Toutes les cantèras sont gratuites, en dehors des boissons. Pour participer à ce moment convivial de chant et donner de la voix, tous les textes des chants sont à retrouver sur l’application Ethos.