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« Je me suis accroché sous un camion pour rentrer dans un bateau » : l’impensable vie d’un réfugié afghan aujourd’hui restaurateur
Aujourd’hui à la tête d’un fast-food aux spécialités afghanes et iraniennes à Tarbes, Hassan vient et revient de loin, en tant que réfugié politique.
Ariana Grill. Du 13, rue Georges Lassalle à Tarbes, émane une agréable odeur de cuisine, afghane et iranienne. Ariana, parce que c’est l’ancien nom de tous ces pays du Moyen-Orient, lorsqu’ils étaient jadis réunis. Derrière le comptoir, Hisamuddin Sangi. Mais tout le monde l’appelle Hassan. L’homme, souriant, n’a pas une histoire comme tout le monde. Afghan, il a décidé, en 2015, de fuir son pays, et surtout, le régime en place, pour un monde meilleur. Avec un objectif en tête, rejoindre la France, « Parce que j’ai entendu qu’en France, ils étaient gentils« , pousse timidement Hassan, dans un français balbutiant mais plein de bonne volonté.

Pour autant, le voyage n’a pas été simple, démontrant la force de caractère, la résilience, l’envie de s’en sortir. Pour preuve, Hassan aura mis deux ans à rejoindre la France. Dans des conditions qu’on peine à imaginer, laissant derrière lui son épouse. Le Pakistan tout d’abord, puis l’immense Iran, qu’il traverse à pied pour rejoindre la Turquie. Il arrive jusqu’en Grèce, puis embarque pour l’Italie. « Je me suis accroché sous un camion pour rentrer dans un bateau, et quand je suis descendu en Italie, j’ai marché deux jours pour passer la frontière et arriver en France« , se souvient-il. Deux ans pour enfin demander le statut de réfugié politique, pour lui, qui était taxi dans une ville « grande comme Tarbes« .
« Ici, j’apprends beaucoup de choses, et je suis content de payer des taxes«
Il débarque à Paris, puis rejoint Bourges et Orléans, aidé par les services sociaux et quelques connaissances acquises au fil du temps. Il travaillera comme cuisinier, avant d’arriver à Tarbes en 2019, et de travailler quatre ans dans un fast-food en face la gare. « J’envoyais de l’argent en Afghanistan« , dit-il, à sa mère, et son épouse, qu’il reverra enfin en 2022. Sept ans sans elle. Et enfin, une vie à construire. Un monde à reconstruire. Le bout du tunnel. Et une immense reconnaissance à la France. « Je suis content, j’ai trouvé ma vie, j’ai pu acheter un appartement à Tarbes, je ne dois rien à personne si ce n’est à la banque« , sourit-il. Au fond de lui, il a un rêve, obtenir la nationalité française. Et avoir une carte d’identité pour remplacer ce visa à la date de naissance plutôt aléatoire. « J’apprends bien le français pour ça. J’essaie au maximum« , renchérit Hassan. « Ici, j’apprends beaucoup de choses, et je suis content de payer des taxes« .

Depuis l’arrivée de sa femme, Hassan a eu deux enfants, nés en France. L’un était grand prématuré. Un hélicoptère a dû l’amener à Toulouse. De quoi propulser Hassan un peu plus dans un autre monde… « En Afghanistan, dans ces conditions, tout le monde serait mort, mon enfant, et peut-être ma femme« . En Afghanistan aussi, sa fille de trois ans n’irait pas à l’école. « Ici elle apprend déjà l’alphabet. Là-bas, on l’apprend beaucoup plus tard. » Là-bas comme il dit, vit encore sa mère, son frère qui garde de temps en temps des vaches et des moutons, et sa sœur, qui a le droit à rien. L’emprise des Talibans est totale.
« C’est quelqu’un de très respectueux, qui travaille sept jours sur sept, et il est très content.«
Alors, pour se rappeler un peu le pays, Hassan cuisine le Mantu, ou le Joojeh, des spécialités héritées de sa maman. « Des délices« , rapporte Jean, le propriétaire du fonds de commerce, touché par l’histoire et la situation d’Hassan. « J’ai passé une annonce pour louer le commerce, et Hassan voulait se lancer. C’est quelqu’un de très respectueux, qui travaille sept jours sur sept, et il est très content. Nous, je crois que l’on ne se rend même pas compte. On passe notre temps à se regarder le nombril, alors une histoire comme la sienne, ça nous remet les pendules à l’heure« . Et Jean d’abonder encore : « Souvent, j’ai du mal à payer les plats qu’il veut m’offrir. Il me touche, on a envie de l’aider. Quand on regarde d’où il vient, on a vite compris. Et soyez certains que j’ai toujours le loyer entre le 1 et le 5 du mois, et quand je ne l’ai pas, j’ai un message pour me dire que ça a été envoyé le 5. Je peux vous garantir que ce n’est pas chez tout le monde pareil, et ce n’est rien de le dire.«