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Violences faites aux enfants : un rapport accablant révèle l’ampleur des défaillances au commissariat de Tarbes


l’essentiel
Dossiers de viols sur mineurs laissés sans enquête pendant des mois, procédures perdues, manque d’effectifs et organisation défaillante : un rapport confidentiel du parquet de Tarbes, révélé par Mediapart, dresse un constat alarmant sur le traitement des affaires de violences faites aux enfants. Face à ces dysfonctionnements mis en lumière après l’affaire Lyhanna, la police assure avoir renforcé ses moyens et engagé une réorganisation profonde.

Le commissariat de Tarbes fait les frais de l’affaire Lyhanna. Pour illustrer les graves dysfonctionnements dans le traitement des procédures pédocriminelles, à la suite de l’affaire de la jeune fille assassinée, nos confrères de Mediapart se sont procurés un rapport confidentiel de 2024 rédigé par le parquet de Tarbes, qui visait à aiguillonner la hiérarchie policière. 

Le diagnostic porte essentiellement sur les 43 dossiers suivis de près par le parquet de Tarbes et censés être traités en urgence par la brigade spécialisée dans les atteintes aux personnes : « une quinzaine de procédures pour agressions sexuelles, une dizaine pour viols, neuf pour des maltraitances physiques (dont un enfant devenu paraplégique), de la corruption de mineurs, du proxénétisme, un cas d’excision ».  

Sur ces 43 dossiers, « 32 n’ont fait l’objet d’aucun acte depuis la saisine du commissariat », dont « trois dossiers sexuels signalés particulièrement urgents compte tenu de la cohabitation entre l’auteur et la victime » et qui attendent depuis « respectivement deux, sept et onze mois », constate le bilan.

« La situation apparaît particulièrement alarmante »

« Parmi ces 32 dossiers, deux ont été perdus (un dossier de proxénétisme et un dossier de viol sur mineur de quinze ans), quatre n’ont toujours pas été attribués à un enquêteur (un dossier de viol sur mineur de huit mois d’ancienneté, un dossier de pédopornographie de dix mois d’ancienneté, un dossier de violences sur mineur de douze mois d’ancienneté et un dossier d’agression sexuelle sur mineur de neuf mois d’ancienneté). »

Finalement, en enlevant les sept dossiers qui ont fait l’objet d’un renvoi vers un autre service d’enquête et qui ont été classés sans suite, quatre dossiers seulement « ont fait l’objet d’investigations sérieuses ».

La conclusion du rapport est sans appel : « La situation du traitement des dossiers de violences sur des mineurs apparaît particulièrement alarmante ». 

Le parquet de Tarbes pointe aussi un grave défaut d’organisation et de moyens au sein du commissariat, avec un groupe spécialisé dans les atteintes aux personnes « sous-dimensionné » et « des changements de personnels fréquents déstabilisant le service ».

Mais le rapport met en avant aussi une mauvaise organisation. 

Des renforts et « une collaboration avec le parquet qui donne d’excellents résultats »

Contactée par nos soins, la direction générale de la police nationale constate « une hausse spectaculaire de l’activité » au commissariat de Tarbes qui se traduit par « un doublement en sept ans du nombre de saisines (plaintes plus dossiers transmis par le parquet) de violences intrafamiliales qui sont passées de 203 à 424 par an, entre 2018 et 2025 » et « d’une augmentation dans les mêmes proportions des violences conjugales passées de 167 à 341 par an entre 2018 et 2025 ».

Pour faire face à cette « hausse spectaculaire de l’activité qui peut s’expliquer par une libération de la parole des victimes et une meilleure prise en compte de celles-ci dans les services de la police », une nouvelle organisation et des moyens supplémentaires ont été mis en place. « Les effectifs de la brigade aux personnes qui gèrent ces affaires ont été doublés, passant de cinq en 2022 à onze en 2026. »

Des tableaux de pilotage ont été mis en place afin d’assurer un suivi en temps réel de l’ensemble des procédures en portefeuille. Celles-ci sont alors priorisées, en fonction de leur sensibilité et du danger encouru par les victimes ».

« 120 procédures ciblées dans le département »

En plus « d’un travail collaboratif accru avec le parquet de Tarbes », « les renforts d’effectifs de la direction zonale de la police nationale du Sud basée à Marseille dans le cadre d’une « task force » pour traiter en un temps record de nombreuses procédures, ainsi que d’anciens policiers à la retraite dans le cadre de la réserve opérationnelle » ont permis « de diminuer de près de 25 % en six mois les procédures en stock ». 

Contactée par nos soins, la procureure Sylvie Martins-Guedes déclare : « Le rapport correspond à une période que je n’ai pas connue. Je n’ai pas de commentaire à faire sur les choix qui ont été faits avant mon arrivée au parquet de Tarbes, en septembre dernier.

La situation décrite au commissariat n’est en tout cas pas une surprise. J’ai fait le point, à mon arrivée, avec le directeur départemental de la sécurité publique pour remettre une nouvelle impulsion et pour fixer une stratégie collaborative. Concernant la situation que décrit le rapport, je n’ai pas d’explication et je ne cherche pas de responsable. Nous avons en tout cas priorisé les dossiers à traiter en urgence. 120 procédures ont notamment été ciblées dans le département et dans le cadre de la demande du garde des Sceaux ».  



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