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Léon Layré s’est éteint : la Bigorre perd l’un de ses derniers grands témoins de la Résistance


Ancien résistant, dernier survivant du 1er Régiment de Bigorre, Léon Layré est décédé à l’âge de 102 ans. Blessé au combat lors de la bataille de Royan, décoré de la Légion d’honneur, il avait consacré une grande partie de sa vie à transmettre aux jeunes générations la mémoire de celles et ceux qui ont combattu pour la liberté.

La Bigorre est en deuil. Léon Layré, figure emblématique de la Résistance et dernier survivant du 1er Régiment de Bigorre, s’est éteint à l’âge de 102 ans. Avec sa disparition, c’est une page de l’histoire locale et nationale qui se tourne, celle d’une génération qui a connu la guerre, l’occupation, la clandestinité et les combats pour la Libération. Les obsèques religieuses seront célébrées le vendredi 19 juin 2026 à 10 h 30 en la cathédrale de Tarbes. Elles seront suivies de la crémation au crématorium d’Azereix à 16 h 30.

Un destin forgé par l’appel du 18 juin

Né le 18 avril 1924, Léon Layré n’avait que 16 ans lorsque le général de Gaulle lança son célèbre appel du 18 juin 1940. Ce message radiophonique fut un tournant décisif dans sa vie. Déterminé à poursuivre le combat, il se rend alors à la préfecture avec son beau-frère dans l’espoir de rejoindre les forces alliées en Angleterre. Faute de moyens financiers pour effectuer le voyage, il choisit une autre voie : celle de la Résistance sur son propre territoire. Ce choix, il le revendiquera toute sa vie comme un engagement personnel. « Bien sûr, je n’étais pas obligé de le faire », expliquait-il encore aux élèves du collège Massey en février 2025. « C’était un choix personnel. »

La clandestinité et les risques quotidiens

À partir de 1942, alors âgé de 18 ans, Léon Layré entre dans la Résistance. Son premier engagement consiste à distribuer des tracts antinazis dans son usine. Rapidement dénoncé par une lettre anonyme, il échappe à l’arrestation grâce à l’avertissement d’un gendarme lui-même engagé dans la Résistance. Il trouve alors refuge dans la maison familiale de Bernac-Dessus avant de rejoindre les maquis. D’abord à Allier, puis à Caixon, il participe notamment à la récupération d’armes parachutées. Comme de nombreux résistants, il vit dans des conditions extrêmement difficiles. Le danger est permanent. « Pour un oui ou pour un non, on pouvait être dénoncé », racontait-il. À cette menace constante s’ajoutent le froid, le manque de nourriture et des conditions d’hygiène précaires. Malgré tout, le jeune homme garde intacte sa détermination. « On avait attrapé des poux et la gale. Mais on était libres », se souvenait-il.

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De la Libération de Tarbes aux combats de Royan

Après plusieurs mois de clandestinité, Léon Layré participe à la Libération de Tarbes en août 1944. Une fois la ville libérée, il rejoint le 1er Régiment de Bigorre, constitué d’anciens résistants engagés dans la poursuite des opérations militaires. Leur mission : participer à la réduction des dernières poches allemandes sur la façade atlantique. Au printemps 1945, le régiment est engagé dans les combats de Royan, en Charente-Maritime. La bataille se déroule du 16 au 18 avril. Le destin frappe alors brutalement le jeune Bigourdan. Deux jours avant son vingt-et-unième anniversaire, il est grièvement blessé par un éclat de mortier à proximité de l’œil gauche. Transporté à l’hôpital de Bègles, il y fête son anniversaire sur un lit de soins. L’éclat demeurera toute sa vie dans son visage, souvenir permanent des combats auxquels il avait pris part.

La mémoire des camarades disparus

Pour son engagement durant la Seconde Guerre mondiale, Léon Layré reçoit la Légion d’honneur. Mais au fil des années, il rappelle souvent que les véritables héros sont, selon lui, ceux qui ne sont jamais revenus. À chaque cérémonie commémorative, il rend hommage à ses compagnons tombés au combat. Cette fidélité à la mémoire des disparus constitue l’un des fils conducteurs de son existence. Lorsqu’il évoquait la guerre devant les élèves, ses pensées revenaient toujours vers ces jeunes hommes morts à vingt ans pour la liberté. « Ce que je regrette, c’est que de jeunes Français sont morts à 20 ans. Ce sont des héros », confiait-il encore en 2025.

Une vie de travail au service de l’industrie aéronautique

Après la guerre, Léon Layré reprend le cours de sa vie avec la même volonté qui l’avait animé pendant le conflit. Il intègre l’entreprise Morane-Saulnier, devenue par la suite Socata puis Daher. Chaudronnier de métier, il participe à la fabrication des éléments métalliques destinés aux avions. Pendant plusieurs décennies, il contribue ainsi au développement de l’industrie aéronautique tarbaise, secteur emblématique du territoire. Il terminera sa carrière professionnelle au sein de l’entreprise Daher.

Un passeur de mémoire auprès de la jeunesse

Loin de se retirer de la vie publique, Léon Layré consacre ses dernières années à la transmission de son expérience. À la demande de la délégation militaire départementale, il devient notamment parrain des Cadets de la Défense. Surtout, il multiplie les rencontres avec les scolaires. Dans les établissements de l’agglomération tarbaise, il raconte inlassablement ce qu’il a vécu afin que les nouvelles générations comprennent ce que furent la guerre, l’occupation et la Résistance. En février 2025, au collège Massey de Tarbes, il avait livré un témoignage particulièrement marquant. Face aux questions des élèves sur les combats, les choix de la Résistance ou encore le regard porté sur l’ennemi, il répond avec simplicité et sincérité. Au terme de cet échange, ses vœux étaient clairs : la santé, le bonheur, mais surtout la paix.

Le dernier du Régiment de Bigorre

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Avec la disparition de Léon Layré, c’est également le dernier survivant du 1er Régiment de Bigorre qui s’en va. Son parcours résume à lui seul une part essentielle de l’histoire du XXe siècle : l’engagement d’un adolescent face à l’occupation, la clandestinité dans les maquis, les combats pour la Libération, la reconstruction du pays puis la transmission de la mémoire. Pendant plus d’un siècle, Léon Layré aura incarné les valeurs de courage, de fidélité et de service. Jusqu’à ses derniers témoignages, il n’a cessé de rappeler l’importance de la liberté et du devoir de mémoire. Aujourd’hui, la Bigorre perd l’un de ses derniers grands témoins de la Seconde Guerre mondiale. Mais à travers les souvenirs qu’il a transmis et les générations qu’il a rencontrées, son histoire demeure.

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