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Pyrénées – Protection de l’enfance : après le drame de Fleurance, les élus du Département appellent à renforcer la vigilance collective


Face au fait divers tragique de la mort de Lyhanna à Fleurance qui a profondément marqué l’opinion publique, les élus du Conseil départemental des Hautes-Pyrénées ont consacré un temps d’échange à la protection de l’enfance. Entre émotion, responsabilité institutionnelle et réflexion sur les moyens d’action, ils ont rappelé le rôle central du Département et plaidé pour une mobilisation de l’ensemble des acteurs (professionnels, institutions et citoyens) au service des enfants les plus vulnérables.

L’émotion était palpable lors des échanges consacrés à la protection de l’enfance en rapport avec le drame qui a touché la commune de Fleurance dans le Gers avec le mort de Lyhanna. En ouverture de cette séquence, la première vice-présidente du Conseil départemental des Hautes-Pyrénées, Joëlle Abadie, a évoqué la nécessité de « réagir et de s’interroger avec humilité et en toute responsabilité sur l’accompagnement des enfants et des familles ». Dans un contexte marqué par ce drame ayant suscité une forte émotion, les élus ont rappelé la complexité des situations auxquelles sont confrontés les services chargés de la protection des mineurs. Entre impératifs réglementaires, urgence des décisions et accompagnement des familles, les réponses apportées nécessitent une mobilisation constante de nombreux acteurs.

La protection de l’enfance, une compétence majeure du Département

Joëlle Abadie a rappelé que la protection de l’enfance constitue l’une des compétences premières des départements. Selon elle, ce domaine se caractérise par la rencontre permanente entre l’émotion suscitée par certaines situations humaines et les exigences du cadre légal. Elle a également souligné le poids de la solidarité départementale dans le financement et la mise en œuvre des politiques publiques en faveur de l’enfance. « Chaque décision doit être à la fois rapide et mûrie, sous-pesée et partagée », a-t-elle insisté, rappelant que ces choix ont des conséquences directes sur la vie des enfants, des familles, mais également des professionnels et des institutions concernées.

Un travail partenarial présenté comme indispensable

La première vice-présidente a mis en avant le rôle de l’Observatoire départemental de la protection de l’enfance, créé en 2017. Selon elle, cette instance a permis de développer les coopérations entre l’ensemble des acteurs impliqués dans la prévention et la protection des mineurs. Services de protection maternelle et infantile (PMI), établissements scolaires, police, gendarmerie, justice, structures d’accueil de jeunes enfants, centres de loisirs, établissements de santé ou encore professionnels du secteur médico-social participent à cette dynamique commune. Pour Joëlle Abadie, cette coopération constitue la condition d’une vigilance permanente, d’une meilleure réactivité et, in fine, d’une plus grande efficacité dans la prise en charge des situations préoccupantes. Elle a également souligné l’importance de la confiance entre partenaires, notamment dans le cadre des échanges d’informations, tout en respectant les compétences et les responsabilités de chacun.

Une nouvelle unité pour recueillir la parole des enfants

Parmi les évolutions récentes, Joëlle Abadie a évoqué l’ouverture de l’Unité d’accueil pédiatrique pour les enfants en danger (UAPED) au sein de l’hôpital de Tarbes. Elle a présenté cette structure comme un outil supplémentaire destiné à améliorer la prise en charge des enfants concernés par des situations de danger ou de violence. Selon elle, cette unité permet un recueil de la parole des enfants dans des conditions adaptées, avec « discernement, respect et professionnalisme ». Elle a également salué le travail réalisé au quotidien par les agents des Maisons départementales des solidarités (MDS), les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE) ainsi que la Cellule de recueil des informations préoccupantes.

« Que Lyhanna ne soit pas mort pour rien »

Prenant la parole à son tour, le président du Conseil départemental, Michel Pélieu, est revenu sur l’émotion provoquée par le drame qui a secoué la commune de Fleurance. Il a reconnu sa difficulté à imaginer les circonstances de cette tragédie et la souffrance des proches concernés. Sans entrer dans le détail du dossier, estimant ne pas disposer de tous les éléments nécessaires, il a exprimé le souhait que cet événement conduise à une réflexion collective sur les dispositifs existants. « Je souhaite aujourd’hui que Lyhanna ne soit pas mort pour rien », a-t-il déclaré, appelant à reconsidérer certains mécanismes juridiques, policiers ou institutionnels. Michel Pélieu a également indiqué s’interroger sur le fonctionnement global du système tout en précisant qu’il ne souhaitait pas mettre en cause directement l’institution judiciaire.

Une situation nationale jugée préoccupante

Le vice-président Laurent Lages a élargi le débat à la situation de la protection de l’enfance à l’échelle nationale. Il a évoqué une augmentation du nombre de signalements ainsi qu’une progression des mesures de protection concernant les mineurs. Pour lui, cette évolution constitue un révélateur des fragilités de la société contemporaine. « Dans un pays où de moins en moins d’enfants naissent, voir un nombre croissant d’enfants nécessiter une protection interroge sur l’état de notre société », a-t-il résumé. S’il reconnaît que la période du Covid-19 a pu mettre en lumière certaines vulnérabilités psychologiques, il estime toutefois que cette explication ne saurait suffire à elle seule à comprendre les difficultés observées.

Le rôle essentiel de la solidarité citoyenne

Au-delà de l’action des institutions, Laurent Lages a insisté sur la responsabilité collective des citoyens. Selon lui, les dispositifs publics, aussi nécessaires soient-ils, ne peuvent répondre seuls à l’ensemble des situations de détresse ou de danger. Il a ainsi plaidé pour davantage de solidarité, de bienveillance et d’attention portée aux autres. Le regard porté sur une personne âgée isolée, l’attention accordée à un voisin en difficulté ou la vigilance face à un enfant en souffrance constituent, selon lui, des éléments essentiels de la prévention. « Une société efficace en la matière est une société qui se regarde, qui s’écoute et qui s’observe », a-t-il estimé.

La santé mentale au cœur des préoccupations

Le vice-président a également souligné l’importance de la prise en charge des troubles psychiques et de la santé mentale. Selon lui, certains actes dramatiques ne peuvent être analysés uniquement sous l’angle de comportements délibérés et nécessitent parfois un accompagnement médical adapté. Il a regretté que les ambitions nationales affichées autour de la santé mentale n’aient pas toujours été suivies d’effets durables. Dans ce contexte, il a rappelé les investissements engagés autour de l’hôpital départemental de santé mentale. Un projet de plus de 7 millions d’euros doit permettre de regrouper plusieurs services dans des locaux neufs afin d’améliorer les conditions d’accueil des patients, des familles et des professionnels à Séméac.

Une responsabilité partagée

Au terme des échanges, un constat commun s’est dégagé : la protection de l’enfance ne peut reposer sur un seul acteur. Services sociaux, justice, forces de l’ordre, professionnels de santé, établissements scolaires, associations, élus et citoyens sont appelés à agir conjointement pour prévenir les situations de danger. Pour les responsables départementaux, cette mobilisation collective demeure la condition essentielle pour mieux protéger les enfants et répondre aux fragilités qui traversent aujourd’hui la société.



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