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« Il se tourne vers les couteaux comme s’ils étaient ses doudous… » 12 ans de prison pour avoir poignardé son ami pendant une soirée arrosée


l’essentiel
Mickaël D. était jugé ce mardi 14 octobre pour la deuxième journée. L’homme est accusé de tentative de meurtre et de violences après avoir donné des coups de couteau sur l’un de ses amis, à Saléchan, en septembre 2023. Le deuxième jour d’audience est consacré aux plaidoiries, à la cour d’assises des Hautes-Pyrénées. L’avocat général a requis douze ans de prison.

Ce mardi, Mickaël D. n’a pas la parole et ça l’arrange bien. Lui qui vient de repasser la nuit en prison et qui se sent  » énervé, dès le matin  » de se retrouver dans le box. Depuis lundi 13 octobre, l’homme de 43 ans est jugé pour tentative de meurtre sur l’un de ses amis et violences sur sa compagne. Les faits remontent à la nuit du samedi 23 au dimanche 24 septembre 2023. Stéphane Jaffrain défend la victime des coups de couteau, un Pyrénéen de 34 ans. Plusieurs fois, il s’est refait le film des évènements. Et vraiment, il l’assure :  » Les faits sont dramatiques, mais ils auraient pu être tragiques ». L’avocat s’est attardé sur les coups de couteau.  » Il n’a pas porté des coups sur les jambes, non, c’était bien plus ciblé. Viser la tête, ce n’est pas rien. L’aisselle, c’est un point névralgique », poursuit-il.

Mais ce qui concentre les interrogations dans la salle de la cour d’assises des Hautes-Pyrénées c’est le discernement de l’accusé au moment des faits. Présenté comme  » antisocial », « impulsif » et « psychorigide », sa personnalité suscite bien des questions. Mickaël D., cet ancien militaire fasciné par les couteaux a notamment été placé 18 mois dans un service de soin mental adapté et a passé trois ans d’hospitalisation d’office dans un centre psychiatrique.

 » Mépriser les lois et ses conséquences, le droit des autres, ce n’est pas un trouble psychiatrique mais bien un trait de personnalité. Il n’y a pas d’abolition du discernement », assure pour sa part Maître Jaffrain. L’avocat général soutient la même ligne.  » Pour quelqu’un qui ne se rappelle pas des faits, il a un discours clair », commence-t-il par remarquer lors de ses réquisitions. Il fait confiance au médecin psychiatre qui a écarté de la main une schizophrénie et penché pour une psychopathie. « L’expert a expliqué clairement que l’accusé était pleinement responsable de ses actes, il n’était pas atteint d’un trouble psychique qui aurait pu entraver la liberté de ses actes. Pour preuve, il établit ce premier diagnostic en janvier. Quelques mois plus tard, on lui demande de recreuser la question. C’est le même diagnostic », précise l’avocat général.

« Il se tourne vers les couteaux comme s’ils étaient ses doudous »

Seulement voilà, selon lui,  » il n’y a pas de Doliprane pour les anti-sociaux ». Il reprend :  » Quand il ne va pas bien, il se tourne vers ses couteaux, comme s’ils étaient ses doudous « . Quant aux violences habituelles qu’on lui reproche sur sa compagne, l’avocat général n’a aucun doute :  » Elles sont caractérisées, il n’y a qu’à voir l’œil au beurre noir de sa conjointe sur la photo. Elle nous dit qu’elle marque vite mais la vérité c’est qu’elle marque parce qu’elle a pris un coup « . Il requiert douze ans de prison avec un suivi sociojudiciaire.

L’avocate de Mickaël D. va s’attacher à son tour au discernement de son client. Et pour ce faire, Sonia Bernès-Cabanne revient sur le rapport du médecin psychiatre.  » Il l’a rencontré tout au plus une heure. Le docteur aurait dû le recevoir une deuxième fois. Alors non, mon client n’est pas facile. Il se plaint de moi, explique que je le gonfle à la barre et qu’il n’a plus envie de me parler. Est-ce normal de scier la branche sur laquelle on est assis ? Non. Mais il n’est pas responsable de ses gestes. Il est malade « , s’attarde-t-elle à démonter. Elle s’adresse aux six jurés, devant elle :  » Mon rôle est de vous dire que le médecin a peut-être été trop vite dans son rapport. Il manque des pistes à creuser, il a manqué une relation humaine « . Pédagogue, elle explique aux jurés :  » Si vous décidez qu’il est irresponsable de ses actes cela ne veut pas dire qu’il se retrouve en liberté. On peut envisager une mesure de sûreté dans un centre de soin psychiatrique, une interdiction de contact avec les victimes et de paraître dans la commune « .

La cour a tranché en condamnant l’homme à douze ans de prison ferme et à un suivi sociojudiciaire pendant quatre ans. Il a également une obligation de soin, une peine d’inéligibilité et une interdiction de porter une arme.



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