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» Un véritable travail d’équipe pour obtenir une robe de princesse » : brodeuse, elle a mis ses mains au service des plus grandes maisons de luxe
Alexia Delignière a passé la majeure partie de sa carrière à broder pour les maisons de haute-couture dont Chanel. Un travail dans l’ombre des tapis rouge. Aujourd’hui, elle apprend son savoir-faire dans son atelier, à Tarbes.
Alexia Delignière est rentrée par la grande porte. D’un pas feutré mais assuré, cette brodeuse tarbaise a d’abord poussé les rideaux du Lido, après une brève carrière de technicienne dans le cinéma. » Je me suis retrouvée alitée pendant ma grossesse, à Paris, et j’ai commencé à broder avec une amie. J’ai accouché puis, cette amie m’a appris des techniques plus précises comme la méthode Lunéville, une pose de perles et de paillettes avec un petit crochet. En fait, quand je laissais mon enfant à l’école, j’allais dans son atelier et je passais la journée à coudre avec elle « , se souvient la Pyrénéenne aux doigts de fée.

Et puisque la maternité lui a donné envie de tisser des fils, le cinéma, c’est terminé pour elle. Après un CAP broderie en haute-couture, elle démarche plusieurs ateliers. Caroline Valentin, le premier à lui répondre, et pas des moindres, travaille sur les costumes du Lido. Alexia Delignière obtient le test d’entrée chronométré et entre en scène : » Je fabrique les costumes de la nouvelle revue du cabaret. Il s’agit de matières assez lourdes, qui doivent se voir de loin, ornées de grosses pierres. Des tenues malmenées sur scène qui nécessitent donc résistance et solidité « .
Des sacs pour Chanel
De fil en aiguille, elle atterrit dans un minuscule atelier d’appartement qui alimente les maisons de haute-couture, Chanel principalement, Dior, Valentino, Givenchy… Ici, c’est de la dentelle. Aux côtés des dessinatrices artistiques, elle reçoit des échantillons de robes et de vestes en fonction du thème du défilé. À elle, alors, de concevoir les modèles avec de la perle et de la paillette à broder sur un tissu de tulle de soie ou d’organza de soie. » On assemble avec plusieurs pièces : un milieu devant, une manche droite, un milieu dos… C’est un véritable travail d’équipe pour obtenir une robe de princesse ou une tenue expérimentale « , souligne-t-elle. Des sequins minutieusement déposés et des heures penchées sur le métier à broder. Sans compter qu’à un micromillimètre de différence, il faut tout reprendre. Une vie d’ouvrière éreintante, loin des premiers rangs des défilés.

En 2005, elle rentre à Tarbes pour des raisons personnelles. Mais hors de question de renoncer à sa carrière parisienne. Elle coud des sacs pour Chanel, depuis son atelier tarbais qui a déjà acquis sa petite réputation, et monte deux fois par an à Paris, en janvier et en juin, pour préparer les défilés des collections d’été et d’hiver. » Ce sont des périodes très intenses où on est 30 à 35 par atelier, je n’ai pas le temps de visiter Paris. Mais l’ambiance de travail reste bienveillante, j’ai adoré ces années d’expérience « , se souvient la brodeuse.
En 2015, les attentats de Charlie Hebdo freinent ses allers-retours. L’atelier avec lequel elle collabore est racheté par Chanel. Alexia Delignière ne s’y retrouve plus : l’organisation et l’atmosphère ont changé. Cette fois-ci, Paris, c’est fini. Aujourd’hui, à l’étage de sa petite manufacture avec vue sur la rue André Fourcade, elle ne regrette rien. Ses cours de broderie fonctionnent bien et elle est devenue présidente d’une association de créateurs, Les Petites fourmis, avec une boutique rue Brauhauban. » J’aime autant la liberté de mon métier. Je ne suis pas dépendante d’une machine donc, si un jour il y a une coupure d’électricité, je me mets devant ma fenêtre et je continue à broder « , souffle-t-elle. Comme une ferveur cousue à la peau.