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Assassiné à Auschwitz : 80 ans après, les œuvres d’un artiste juif polonais passé par Tarbes, retrouvées et exposées au Musée de la Déportation et de la Résistance
L’exposition au Musée de la Déportation et de la Résistance à Tarbes redonne vie à l’artiste juif polonais Zelman Utkès qui a vécu trois ans et demi à l’American Park avec sa femme Berthe. Treize œuvres retrouvées 80 ans après sa mort témoignent de son parcours tragique et inspiré.
Assassiné par les nazis dans les chambres à gaz du camp d’Auschwitz, l’artiste juif polonais Zelman Utkès qui a passé trois ans et demi à Tarbes durant la seconde guerre mondiale, revit grâce à une exposition événement au Musée de la Déportation et de la Résistance à Tarbes à voir absolument jusqu’au 23 mai.

En 2024, le Musée est contacté par les héritiers de la famille Ponsin qui ont hébergé Zelman et sa femme Berthe dans une maison de l’American Park (actuel quartier Vignemale-Castors) où treize œuvres de l’artiste sont retrouvées, 80 ans presque jour pour jour après sa disparition.
« Pas une exposition comme une autre »
Ce fonds documentaire comprend aussi des coupures de presse et un album photo reproduisant d’autres œuvres, notamment des sculptures en plâtre, argile et métal compressé.
« Grâce à ce fonds documentaire, le musée a réussi à redonner vie non seulement à une œuvre mais aussi et surtout à des existences fracassées et assassinées. Ce n’est pas une exposition comme une autre mais une exposition incarnée qui lie intimement l’artistique et l’humaniste, totalement bouleversante » commente Roger-Vincent Calatayud adjoint au maire de Tarbes en charge de la culture.
Une vie de voyages
L’histoire de ce Tarbais d’adoption et de sa femme, contée par la directrice du musée Camille Valat-Loubère, est aussi incroyable que dramatique. Durant sa jeunesse, l’artiste juif polonais voyage beaucoup en Europe de l’Est pour faire ses études en école d’art et travailler notamment sur des chantiers d’assèchement des marais à Jérusalem où il contractera la malaria.

Durant la première Guerre Mondiale, il s’engagera auprès de l’armée britannique comme dessinateur technique, métier « alimentaire » qu’il pratique en même temps que la production d’œuvres d’art. Après « des missions » en Égypte et à Londres, il arrive dans la capitale française en 1923 où il rejoint la seconde vague des artistes étrangers de l’école de Paris qui compte notamment des noms aussi prestigieux que Chagall et Zadkine.
C’est sur les flancs de la butte Montmartre qu’il rencontrera sa femme Berthe, se marie et obtient la nationalité française après 1928. Une date qui aura son importance puisque selon l’ordonnance du régime de Vichy de 1940, tout Juif qui n’était pas naturalisé avant 1928 était échu de sa nationalité.
Une loyauté qui les perdra
C’est en suivant le déplacement des effectifs de l’entreprise Hispano-Suiza où il est employé comme dessinateur technique, que Zelman Utkés accompagné de Berthe quitte Paris pour Tarbes.
Dès son arrivée à Tarbes, les époux se déclarent spontanément comme juifs aux autorités, ce qu’un courrier adressé par Zelman Utkès dans le cadre du recensement des juifs étrangers résidant dans les Hautes-Pyrénées, prouve.
Une loyauté qui précipitera leur malheur puisqu’en janvier 1944, la Gestapo viendra les cueillir chez eux, pour les déporter à Drancy puis Auschwitz-Birkenau où Berthe et Zelman, alors âgés de 46 et 51 ans, seront probablement gazés dès leur arrivée au camp mixte.
Une exposition qui permettrait de retrouver des ayants droit des œuvres ?
80 ans après leur assassinat, ces œuvres témoignent du parcours bouleversant du couple et notamment de l’artiste inspiré de la culture postimpressionniste. On peut y admirer notamment deux portraits en buste de Berthe et des paysages des campagnes bretonnes et normandes que Zelman Utkés adoraient peindre.
Surtout un supplément d’âme se dégage de cette exposition où le couple semble vivant, sous nos yeux, à travers notamment une photo émouvante en noir et blanc où ils posent amoureux comme jamais, et peut-être encore dans l’insouciance des jours heureux.
Si Berthe et Zelman n’avaient pas d’enfant, « cette présentation au public des toiles de Zelman Utkès permettrait également de retrouver de potentiels ayants droit, auxquels les toiles pourraient être restituées » espère Camille Valat-Loubère.
Pour l’heure, personne ne s’est manifesté mais la mémoire de ce couple au destin tragique est à jamais perpétuée à travers cette exposition à faire voir à toutes les générations, pour que l’horreur ne soit pas oubliée dans les limbes de l’histoire.