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Comment Gérard Trémège a succédé à « Peppone » à Tarbes et brisé 24 ans de pouvoir communiste lors d’une soirée électorale sous haute tension
Vingt-six voix. Vingt-six voix d’avance comme les huit secondes de Greg Lemond sur le Tour de France 1989 face à son malheureux dauphin Laurent Fignon. Après avoir été géré pendant 24 ans par la gauche, Tarbes a basculé à droite en 2001. Gérard Trémège a signé un bail, interrompu par la justice en décembre dernier, de près de 25 ans. Retour sur cette victoire historique.
En mars 2001, Tarbes bascule. Après vingt-quatre ans de gestion à gauche, la ville élit le candidat de la droite (rassemblée au second tour), Gérard Trémège, avec 26 voix d’avance sur la liste conduite par le communiste Raymond Erraçaret, maire sortant. Un écart infime qui met fin à un cycle ouvert en 1977.
En 2001, Gérard Trémège, élu au conseil municipal de Tarbes depuis 1989, repart à la conquête de la ville après sa défaite de 1995. À l’époque, l’ancien président de la chambre de commerce rassemble une dizaine de soutiens et prépare l’assaut. « Ils m’ont tous dit : c’est imprenable. Je leur ai répondu qu’il n’y avait pas de citadelle imprenable, seulement des citadelles mal assiégées », se souvient Gérard Trémège. Pendant plus d’un an, son équipe sillonne les quartiers. La première réunion réunit une poignée de fidèles ; la dernière, au Parc des expositions, attire plus d’un millier de personnes. La dynamique, dit-il, change la donne. « Je clôture mon discours en m’adressant à Raymond Erraçaret de la manière suivante : Raymond, en partant dimanche soir de la mairie, n’oublie pas de mettre la clé sur le paillasson ».
« On voyait qu’on ne gagnait pas »
Le soir du second tour, rien ne semble pourtant joué. Les résultats tombent bureau par bureau. « On voyait qu’on ne gagnait pas », se souvient-il. Dans une salle attenante, ses proches rédigent déjà une déclaration de défaite. Puis une clameur éclate : le dernier bureau, celui de Voltaire, offre 26 voix d’avance. La joie se mêle aussitôt à « la conscience de l’ampleur de la tâche ».
En face, la gauche reconnaît une campagne mal calibrée. Premier adjoint chargé des finances de 1995 à 2001, Pierre Forgues analyse lucidement l’échec. « Diriger pendant vingt-quatre ans devient un handicap. Les gens parlent du mandat de trop ». Les sondages, favorables, installent une confiance excessive. « On n’a pas mené une campagne très dynamique. Raymond disait qu’il n’était pas utile d’organiser de grands meetings ».

Les tensions internes pèsent aussi. L’application de la parité contraint à écarter des sortants ; au PCF comme au PS, des remous surgissent. « Entre les deux partis, il y a eu déperdition de voix », admet Pierre Forgues. Face à eux, Gérard Trémège martèle trois axes : l’usure du pouvoir, l’endettement municipal, le déclin commercial de la rue Maréchal-Foch. Des critiques que la majorité sortante juge « fausses », mais qui impriment l’opinion.
« Qui fera aussi bien demain ? «
La question sociale brouille les repères. Au premier tour, droite et gauche recueillent chacune 20 % des voix ouvrières. « Ça peut paraître anormal », observe Pierre Forgues, dans une ville marquée par le chômage et les incertitudes autour de l’arsenal. L’alternance, qu’il dit souhaitable « dans [son] fond intérieur », s’impose dans les urnes. Il ajoute, bien sûr « que le résultat a été une déception. Raymond a accusé le coup ». Pierre Forgues rappelle pourtant qu’il avait engagé le « désendettement de la ville dès 1996 ». Gérard Trémège souligne qu’il a ensuite largement œuvré en ce sens tout en investissant plus de 300 millions d’euros en vingt-cinq ans. « Dans tous les quartiers, je vois des réalisations de mon équipe », affirme-t-il, tout en reconnaissant des choix perfectibles. « Qui fera aussi bien demain ? Je pose la question. Au détriment, de ma vie, de ma famille, de ma vie privée, de mes loisirs, j’ai tout donné à mon engagement public. Je ne regrette pas ce que j’ai fait. Ce que je regrette, c’est la façon dont j’ai été traité, pour mettre un terme à ma carrière, alors que j’avais prévu d’arrêter. Que je sois victime d’une exécution politico-judiciaire, comme ça a été le cas en décembre, jamais je n’aurais pu imaginer ça. J’espère que l’appel sera différent car je ne peux pas accepter une telle décision » conclut Gérard Trémège.
Vingt-cinq ans plus tard, Tarbes s’apprête à basculer dans une nouvelle ère, avec un nouveau maire au soir du 22 mars prochain.