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« au-delà des nuisances, la question de l’eau ! »
À l’approche de la consultation publique concernant le projet de méthaniseur d’Oursbelille, Elizabeth Forêt explique la position de l’ADRISE qu’elle préside. Elle rappelle que la opposition de l’association ne porte pas sur la méthanisation en tant que telle, mais sur l’implantation de ce projet à proximité immédiate du captage d’eau potable d’Oursbelille.
« Depuis plusieurs mois, le projet d’unité de méthanisation porté par la société MÉTHAVERT 65 à Oursbelille suscite de nombreuses réactions sur le territoire. Comme souvent dans ce type de dossier, les débats se concentrent principalement sur les nuisances potentielles : odeurs, circulation de poids lourds et d’engins agricoles, bruit, impact sur le cadre de vie ou encore dépréciation immobilière.
Ces préoccupations sont légitimes et personne ne peut nier qu’une installation industrielle de cette importance entraîne nécessairement des contraintes pour les habitants vivant à proximité. Mais dans le cas précis du projet d’Oursbelille, l’enjeu principal nous semble aller bien au-delà de la simple question des nuisances.
Nous ne parlons pas ici d’un méthaniseur implanté dans une zone industrielle classique ou dans un secteur sans sensibilité particulière. Nous parlons d’un projet situé dans l’aire d’alimentation du captage d’eau potable d’Oursbelille, à environ 200 mètres seulement du captage, lequel alimente 26 communes, soit près de 12 000 habitants en eau potable.
C’est ce point central qui motive aujourd’hui l’inquiétude et la mobilisation de l’ADRISE.
Contrairement à certaines caricatures parfois relayées, notre association n’est pas opposée à la méthanisation en tant que telle. Nous ne sommes pas davantage opposés aux agriculteurs ni aux énergies renouvelables. Nous considérons simplement qu’un projet manipulant plusieurs dizaines de milliers de tonnes de matières organiques, de digestats et générant d’importants flux de circulation ne devrait pas être implanté à proximité immédiate d’une ressource en eau potable aussi sensible.
Le dossier environnemental réalisé par le bureau d’études ARTIFEX reconnaît lui-même :
• la vulnérabilité des eaux souterraines ;
• les risques de remontées de nappe ;
• la présence de zones d’expansion des crues ;
• ainsi que la nécessité de nombreuses mesures de protection : géomembranes, bassins de confinement, drainage, rétentions, surveillance des eaux, dispositifs anti-pollution, etc.
Ces éléments démontrent que les enjeux environnementaux du site sont loin d’être anodins.
Le dossier évoque également le principe ERC (« éviter – réduire – compenser »), principe fondamental du droit de l’environnement. Or le premier volet de ce principe reste précisément l’évitement. À partir du moment où un site présente une sensibilité hydrogéologique importante, la question du choix d’implantation doit donc pouvoir être posée sereinement dans le débat public.
L’ADRISE ne prétend pas qu’une pollution est certaine ni que le projet provoquerait automatiquement une catastrophe environnementale. Nous disons simplement que le risque zéro n’existe pas.
Et lorsqu’il s’agit d’un captage d’eau potable stratégique pour tout un territoire, la question du niveau de risque acceptable devient essentielle.
Nous rappelons également que malgré la sensibilité du secteur, le projet bénéficie d’une simple procédure d’enregistrement ICPE, sans étude d’impact environnementale complète et sans véritable enquête publique classique.
Pourtant, le dossier a dû être complété à plusieurs reprises au cours de son instruction administrative, ce qui démontre la complexité des enjeux techniques et environnementaux liés au site.
Dans un contexte où les tensions sur la ressource en eau deviennent de plus en plus fortes, où les épisodes de sécheresse se multiplient et où la protection des captages devient un enjeu majeur de santé publique, il nous paraît légitime que ce projet fasse l’objet d’un débat approfondi et transparent.
L’eau potable constitue un bien commun précieux et stratégique. Sa protection ne devrait jamais être considérée comme secondaire, y compris face aux enjeux de transition énergétique.
Les énergies renouvelables sont nécessaires. Mais elles doivent rester compatibles avec la préservation durable de notre environnement, de notre biodiversité et surtout de notre ressource en eau.
« Un méthaniseur peut être implanté ailleurs. Un captage d’eau potable, lui, ne se délocalise pas. »
La Présidente de l’ADRISE.