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« Il a tué les chats ! » : après avoir mis le feu à la maison et massacré des félins avec une serpette, l’ex-militaire est condamné à 17 mois de prison
Deux chatons massacrés à la serpette dans le jardin et un début d’incendie alimenté à l’essence dans la cuisine : c’est la scène de chaos découverte par les gendarmes à Villebrumier, qui a conduit un ancien parachutiste du régiment de Tarbes de 56 ans devant le tribunal judiciaire de Montauban, ce mardi 26 mai 2026. Jugé en comparution immédiate après un déchaînement de violence sur fond de lourde alcoolisation, ce vétéran d’une opération extérieure en Irak, qui affirme souffrir d’un syndrome post-traumatique, a été condamné à 17 mois de prison ferme avec maintien en détention.
» Yann, laisse les chats ! (…) Il a tué les chats ! » La lecture de ce message de détresse, envoyé au centre opérationnel et de renseignement de la gendarmerie par une habitante de Villebrumier vendredi 22 mai 2026, fige instantanément l’atmosphère. Dans la salle d’audience du tribunal judiciaire de Montauban, ce mardi 26 mai 2026, un frisson traverse le public.
À la barre, l’homme reste de marbre. Tête rasée, lunettes vissées sur le nez, bouc poivre et sel, Yann Joncheray, 56 ans, ne laisse passer aucune émotion. Originaire de Nantes, placé en détention provisoire depuis le week-end, cet ancien parachutiste du régiment de Tarbes fait face à ses juges en comparution immédiate pour des actes de cruauté sur des animaux et une tentative d’incendie. Sur le papier, il encourt jusqu’à dix ans d’emprisonnement, mais sa posture demeure d’une rigidité toute militaire.
« Je n’ai toujours pas compris ce qui s’est passé »
Le président Alain Fouquet s’attache à retracer le fil de cette journée de chaos. Lorsque les gendarmes arrivent à Villebrumier, appelés d’urgence par la compagne du quinquagénaire, ils découvrent une scène de désolation. Dans la cuisine et le garage de la maison, la requérante s’échine à éteindre un incendie avec un simple tuyau d’arrosage, un feu déclenché après l’aspersion d’un bidon d’essence. À l’intérieur, les meubles ont été projetés au sol et une serpette maculée de sang gît à l’entrée. C’est dans le jardin que les militaires butent sur l’horreur : deux chatons massacrés avec cette même arme blanche.
Le président pose ses yeux sur le prévenu et l’interroge sur sa dérive de l’après-midi. » Vous avez passé l’après-midi à boire de la bière, on parle de vingt canettes de 25 cl « , indique le magistrat. Un silence pesant s’installe.
Ce spectaculaire coup de sang mêle une forte imprégnation alcoolique et des frustrations profondément refoulées. Yann tente d’expliquer l’inexplicable en évoquant un très ancien syndrome post-traumatique, séquelle d’une participation à une opération extérieure (Opex) en Irak au début des années 1990. » Je n’ai toujours pas compris ce qui s’est passé « , lâche le quinquagénaire d’une voix neutre. Le président Fouquet lui remémore alors la longue liste des contrariétés accumulées ce jour-là. » Vous étiez agacé par la réflexion de votre fils qui se plaignait de l’odeur des harengs que vous cuisiez au barbecue, par les chats errants que votre compagne nourrit et qui miaulent, et aussi de ne pouvoir vous rendre au chevet de votre père hospitalisé à Nantes. «
L’homme acquiesce d’un simple mouvement de tête. Il omet toutefois de préciser la véritable raison de son absence en Loire-Atlantique : une interdiction judiciaire de s’y rendre, prononcée après une condamnation pour des violences sur ce même père.
Dès lors, les débats s’apesantissent sur la personnalité complexe de cet homme qui affirme aujourd’hui vouloir se reconstruire en créant un centre de formation de sécurité incendie. Son avocate, Me Amélie Gaux, s’appuie sur le document qui retrace sa vie pour évoquer un parcours professionnel très riche.
Tour à tour militaire au régiment parachutiste de Tarbes, ouvrier dans le bâtiment et sur les chantiers de l’Atlantique, il a également été pompier volontaire. Mais la sphère privée est un champ de ruines. Père de deux enfants de 21 et 28 ans avec qui les ponts sont totalement coupés, il a découvert son autre famille sur le tard. » C’était en décembre dernier, j’ai appris que j’avais une fille et deux petits-enfants « , dit-il, toujours sans la moindre inflexion dans la voix.
« C’est à cause de l’alcool »
Ce parcours cabossé s’accompagne d’un casier judiciaire chargé. Le président Fouquet le fixe droit dans les yeux. » Vous avez un problème avec l’alcool et il révèle votre violence « , lui lâche le magistrat. Arc-bouté à la barre, le prévenu se braque et refuse la responsabilité de ses actes. » C’est à cause de l’alcool. «
Le président ne lâche pas prise et rappelle que, hors de son temps sous les drapeaux, son casier compte déjà six condamnations pour violences et neuf au total. » À cause de l’alcool « , martèle Yann, les sourcils froncés, ancrant un regard noir dans celui du président. » Commencez à admettre cela, c’est avancer, l’alcool ne conduit pas au tribunal « , enfonce le clou le magistrat. Un temps suspendu s’étire alors dans la salle d’audience. Le président attend une réaction, un signe de prise de conscience, mais aucun mot ne vient rompre le silence.
L’émotion monte d’un cran lorsque la compagne du prévenu, assise dans le public, se lève après une évidente hésitation. Elle décide de se constituer partie civile pour soutenir l’action de la justice. Au ministère public, la substitut Manon Noël se montre inflexible face à la gravité de la crise de violence. Elle requiert 18 mois d’emprisonnement, la révocation d’une condamnation à hauteur de 5 mois d’une précédente peine de sursis, et demande son maintien en détention.
« J’ai passé ma première nuit par terre »
En face, la défense tente d’ouvrir une autre voie. » Ce n’est pas en prison qu’il va pouvoir se soigner « , plaide Me Amélie Gaux, qui rappelle les conditions de détention critiques à la maison d’arrêt de Beausoleil, dont le taux d’occupation atteint les 200 %. Invité à prendre la parole en dernier, Yann utilise ses ultimes mots pour décrire son quotidien récent. » J’ai passé ma première nuit par terre dans une cellule à trois « , se plaint-il.
Le tribunal ne se montre pas sensible à cet argument. Après délibération, les juges déclarent Yann coupable et le condamnent à 17 mois de prison ferme, ordonnant son maintien en détention.