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ENTRETIEN. « Si, par mon livre, quelques-uns redécouvrent Gautier et toute cette culture occitane, j’aurai gagné mon pari » Alain Doucet publie « Sur le chemin », un livre sur l’écrivain tarbais Théophile Gautier


l’essentiel
Ancien instituteur, ancien secrétaire général de la Fédération française de rugby (FFR) et ancien président de la Ligue Occitanie de rugby, Alain Doucet est un retraité très actif. Après six mois passés en compagnie de l’écrivain tarbais Théophile Gautier, il publie « Sur le chemin » aux éditions Arcane 17. La redécouverte de Théophile Gautier inspire un voyage littéraire à travers l’Occitanie. Entre anecdotes oubliées et figures historiques, le livre d’Alain Doucet réveille la mémoire d’un écrivain trop souvent éclipsé. Voici tout ce qu’il faut savoir sur l’auteur inspiré du « Capitaine Fracasse »

Alain Doucet, pouvez-vous présenter votre livre « Sur le grand chemin » ?

Un jour, vraiment par hasard, je tombe sur un vieux livre de Théophile Gautier chez un bouquiniste. Je me le prends et, à partir de là, je me passionne pour ce grand Tarbais. J’ai réalisé que vraiment, on ne connaît pas bien Gautier ; à Tarbes, on pense au lycée, c’est tout. Mais son parcours, ses voyages, sa vie, c’est tout un roman ! Peu de monde sait qui il était vraiment. Donc je me suis mis à creuser, à traquer ses œuvres. J’ai essayé de me constituer une collection, ce qui n’est pas simple ni donné… À Tarbes, tu trouves à peine ses livres, il faut parfois aller à Paris, au Quartier latin ou finir sur Amazon. Je ne suis pas riche, mais à force, je finirai par tous les avoir.

Vous avez l’impression que Gautier est un peu tombé dans l’oubli ?

Oui, un peu, il faut bien le dire. Ça m’a tellement pris que, pendant six mois, j’étais avec Gautier, tous les jours. Chercher, fouiller, lire. Même de la poésie, alors que ce n’est pas du tout mon truc préféré. Mais il y a chez lui une poésie concrète, très accessible pour un profane comme moi. À force, je me suis dit qu’il fallait rappeler à tout le monde, au moins en Bigorre, qui il a été. C’est quelqu’un qui portait certaines valeurs.

Que retenez-vous de son parcours ? Pourquoi cette figure vous a marqué ?

Il n’a pas tant vécu à Tarbes, finalement ; il est parti tôt et n’est revenu que brièvement vers la cinquantaine. Mais c’est ça, son histoire. Quand il débarque à Paris, il ne parle que le patois gascon. Ses camarades, même les pions, l’ont raillé ; il l’a mal vécu, au point de frôler le suicide. Il a changé de collège pour trouver enfin sa place. Il était passionné de peinture, mais comme il était myope, il a bifurqué. Il a rencontré Hugo, fréquenté Baudelaire. Sa vie, c’est une fresque, vraiment. On le sait peu, mais la chanson paillarde « De profundis morpionibus » est tirée de l’un de ses poèmes. Il a aussi fait un livre de lettres… Je n’ai même pas osé les faire relire à ma compagne. C’est d’une vulgarité, mais une vulgarité organisée… Il écrivait à une courtisane parisienne. C’est peut-être une coquine qu’il allait voir de temps à autre.

Votre livre est-il une biographie classique ?

Franchement, j’ai horreur des biographies linéaires ! J’ai accumulé des anecdotes, des images, et puis je voulais donner vie à Gautier autrement. J’ai pensé au spectacle de Saint-Sever. Tous les gens du village participaient aux différents tableaux à travers le temps. J’ai calqué mon livre là-dessus. Trois jeunes élèves du lycée Théophile-Gautier vont parcourir l’Occitanie « Sur le grand chemin », c’est le fil rouge : elles rencontrent d’Artagnan dans le Gers, Olympe de Gouges dans le Tarn-et-Garonne… Il y a plein d’aventures et ce côté voyage dans le temps et l’espace.

Donc on croise de nombreuses figures historiques ?

Dans chaque département, on croise des personnages d’ici. Il y a Champollion, Françoise Sagan, Brassens, Molière, Gréco ! Même Nougaro à la fin, à Toulouse. Tous ces personnages ont appellation d’origine géographique, AOG. Et puis les anecdotes fusent…

Le Capitaine Fracasse, c’est l’œuvre la plus connue de Gautier ?

Il lui a fallu plus de vingt ans pour l’achever. *Le Capitaine Fracasse* est sorti en feuilleton. Il ne faisait les bouquins qu’à l’issue du dernier épisode. Gautier était avant tout critique d’art, feuilletoniste ; il travaillait pour plein de journaux. Les contraintes du feuilleton freinaient sa créativité, mais il fallait gagner sa croûte – il a traversé tous les bouleversements du XIXe siècle. Dans ses textes, tu retrouves l’humour, le recul sur la vie, parfois des trucs absurdes mais très humains.

Après ce premier livre, tu travailles déjà sur d’autres projets ?

Je ne suis pas écrivain, mais j’ai voulu remettre par écrit cette société en scène. J’ai ce rapport à la transmission. Je continue à croiser des gens, à leur tirer le portrait. Mon prochain projet s’appellera « BlaBlaCœur » : des rencontres ramenées de covoiturages. Tu sors de ton cercle, tu vois des gens.

Justement, BlaBlaCœur, c’est quoi ?

Ce seront des portraits de personnes croisées sur la route. Blablacar, ça me rend service, mais surtout, ça fait des rencontres. C’est fort. Tu transportes des gens très différents. Ce sont des tranches de vie. La vie des gens, ça t’ouvre un monde ; certains ont un mérite incroyable.

Et l’écriture dans tout ça ?

J’y ai pris goût, oui ! Je crois qu’on s’évade encore plus en écrivant qu’en lisant. On invente, on crée… c’est quelque chose de très différent. Il ne faut pas le faire pour l’argent : tu sais combien tu touches sur un livre vendu ! Mais la vraie récompense, c’est le plaisir.

Dans tes recherches, tu tombes aussi sur de sacrées anecdotes ?

Ah oui, des tonnes ! Par exemple, la Clioupatre en Ariège : une femme qui s’est travestie pour suivre son mari à la campagne d’Égypte. Ou ces montreurs d’ours des Pyrénées, partis avec leurs ours jusqu’à New York ! Gautier avait écrit un article sur la bêtise des Parisiens à ce sujet. Chaque histoire est incroyable. Le bouquin se termine au Capitole, à Toulouse, mais à chaque étape il y a une pépite.

Et ces histoires d’obélisques de Gautier ?

Oui, deux poèmes fameux : l’obélisque de Paris qui s’ennuie et se plaint des oiseaux, de la pluie… et celui resté à Louxor. Il y a tout l’humour de Gautier dans ces textes-là. D’ailleurs, l’obélisque n’a pas été volé : c’est un cadeau de l’Égypte à la France, ramené à Paris après bien des péripéties, et on a rendu le second à l’Égypte en 1989.

Six mois de recherches, de découvertes… Tu ne regrettes pas ?

Pas une seconde ! Tous les jours, une nouvelle histoire, de nouveaux personnages, c’est ce qui donne du sel à la vie. Et si, par mon livre, quelques-uns redécouvrent Gautier et toute cette culture occitane, j’aurai gagné mon pari.

 

« Sur le grand chemin », paru chez Arcane 17.



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