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Hautes-Pyrénées – Valentin Rouby interview Romain Giral sur la jeunesse et la politique 


Valentin Rouby, Président de l’association La Tribune des Jeunes et Ambassadeur de l’association Hémicycle France, échange avec Romain Giral, Conseiller régional d’Occitanie, Président des Républicains 65 et ancien Adjoint à la mairie de Tarbes. 

Après avoir réalisé les interviews de Jean Glavany, ancien ministre et député des Hautes-Pyrénées, Amir Reza-Tofighi le patron national de la CPME et Gérard Trémège, ancien maire de Tarbes, Valentin Rouby, délégué général de l’association Hémicycle France a rencontré Romain Giral, conseiller régional d’Occitanie, président des Républicains 65 et ancien adjoint à la mairie de Tarbes.

Valentin Rouby : Grâce à votre expérience, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la politique locale de manière générale ? 

Romain Giral : Je vais répondre en tant que passionné. Je suis un amoureux des études statistiques et électorales sur les résultats des élections dans les Hautes-Pyrénées et sur toute la Ve République. Je dirais que depuis une dizaine d’années environ, beaucoup de choses ont changé dans notre département. On était dans un rapport gauche/droite classique, avec un net avantage à la gauche dans les scrutins nationaux ou locaux. Cela, avec quelques points de résistance de la droite, qu’on appelait modérée et républicaine. Le paysage était globalement toujours rose clair, plus ou moins uniforme. Et puis, tout s’est accéléré avec l’arrivée du macronisme qui a complètement rebattu les cartes, qui a pu attirer aussi bien des électeurs de gauche comme de droite. Et puis plus récemment une montée très forte du Rassemblement National en particulier en secteur rural, mais pas uniquement. Une percée que personne n’aurait imaginé, il y a encore de ça 10 ans.  Je crois que le temps des situations politiques établies et connues à l’avance est un temps révolu. La volatilité de l’électorat est devenue très forte et il peut y avoir selon les enjeux nationaux des phénomènes de bascule parfois brutaux, dans un sens comme dans l’autre. Ça veut dire que les partis politiques traditionnels ont l’obligation de se réinventer. Ils tentent de le faire déjà depuis un petit moment, avec plus ou moins de succès, il faut bien le dire, mais je considère que les schémas du passé ne reviendront pas tels qu’on les a connus. Cela dit, il peut y avoir des constantes. Quelqu’un qui trace son sillon au niveau local pendant plusieurs années, plusieurs décennies, qui est reconnu dans l’exercice d’un mandat local, peut encore attirer sur son nom. Je crois à la constance. Mais en dehors de ces cas que je qualifierais de particuliers, dans lequel le facteur personnel joue pleinement son rôle, tous les autres équilibres politiques sont susceptibles d’être remis en cause d’un moment à l’autre. 

Pensez-vous qu’il n’y aura plus jamais de système avec une alternance très claire entre la gauche et la droite ? 

Je pense que l’opposition classique entre gauche et droite, et c’est ça le paradoxe, garde toute sa pertinence. Elle est inscrite dans l’histoire électorale du pays. Comme d’ailleurs dans de nombreux pays voisins d’Europe. Donc elle garde du sens, mais la gauche et la droite qui vont s’opposer dans les années à venir ne seront peut-être pas la même gauche et la même droite que celles d’il y a 15 ans, 20 ans. C’est ici que je parle de réinvention nécessaire. Personnellement, le clivage gauche/droite est un clivage qui me parle. Je crois que l’une des erreurs du macronisme, c’est d’avoir voulu le négliger, le faire disparaître. Ça correspond à quelque chose. On a voulu chasser “l’ancien monde” par la porte, il peut revenir par la fenêtre, mais sous une forme radicalement nouvelle. 

Vous dites que le clivage gauche/droite n’a pas disparu et que les deux ne sont plus les mêmes qu’il y a 15 ou 20 ans. Néanmoins, n’est-ce pas justement la constante de la politique, c’est-à-dire des partis et des mouvements en constante évolution? 

Oui, c’est assez juste. La politique a connu une rupture avec l’arrivée du macronisme en 2017. En tout cas une bascule. Je dirais que cette évolution induit une accélération de la nécessité, pour les partis, de s’adapter constamment au contexte national, social, économique, etc. 

Pour vous, quel est le rôle d’un responsable politique local ? Est-ce plutôt un gestionnaire, un visionnaire, peut-être un médiateur ? 

De mon point de vue, le rôle principal d’un responsable politique local, c’est celui d’être animateur du territoire dans lequel il est élu. Ce qui veut dire faire travailler ensemble des personnes qui peuvent venir d’horizons différents pour un projet et dans une perspective commune. C’est bâtir des projets, les conduire et réunir un maximum d’acteurs ainsi que de financements autour. Tout cela dans le but de les mener à bien. Sur la ville de Tarbes, ça a été très clairement le chemin suivi par Gérard Trémège sur tous les projets urbains structurants : la Halle Brauhauban, l’Arsenal, le musée Massey, le Haras, et je pourrais en citer beaucoup d’autres. 

Pour vous quels sont les principaux défis des Hautes-Pyrénées pour les prochaines années ? 

Je pense que le point prioritaire, c’est la consolidation de l’outil industriel. En effet, nous sommes dans un département qui vit assez largement du tourisme, ce qui est très bien, d’ailleurs de gros progrès ont été faits dans la politique et dans l’offre touristique des Hautes-Pyrénées. Mais chacun sait que le tourisme est par nature le secteur économique qui peut se retourner le plus vite en fonction des difficultés économiques que rencontre le pays. Or, nous avons quand même dans les Hautes-Pyrénées une tradition industrielle qui est beaucoup plus forte que dans d’autres départements du Sud-Ouest qui nous entourent. Ce sont des départements qui, au niveau démographique, connaissent peut-être une expansion importante, mais qui n’ont pas la culture et l’histoire industrielles que nous pouvons avoir chez nous. Je pense que c’est un point important qui peut nous assurer une pérennité économique.  Et après, je pense qu’un deuxième défi c’est d’arriver à conserver et à faire connaître notre identité locale. On a la chance d’avoir des grands sites culturels et touristiques. Des grands sites qui sont des vitrines pour le département, je pense à Lourdes, Gavarnie, Cauterets, le Pic du Midi, etc. Il faut qu’on conserve ce qui fait l’âme de ce département autour de ces grands sites, autour de nos traditions. C’est aussi ce qui fait la force des habitants, il y a quand même une forme de fierté, un sentiment d’appartenance commune, une identité locale que je perçois comme assez forte. Il faut impérativement le préserver. 

Vous disiez que les partis avaient du mal à s’adapter à cette “grande volatilité”. Que manque-t-il aujourd’hui aux partis traditionnels pour renouer avec une partie de la population et notamment la jeunesse ? Qui, de mon point de vue, à tort ou à raison, se désintéresse de plus en plus des partis traditionnels. A contrario et au profit des partis plus radicaux, plus extrémistes et plus populistes. 

Je pense que ça tient beaucoup à la personnalité de ceux qui cherchent à incarner les partis. Si les jeunes se radicalisent peut-être aujourd’hui, dans un sens ou dans l’autre, c’est qu’ils ont l’impression que les leaders de ces partis très “marqués” incarnent une solution. Comment cela fonctionne ? D’abord, par le langage qu’ils peuvent facilement intégrer, un langage qui les touche, ce qui n’est peut-être pas le cas, je dis peut-être, d’autres responsables. Je pense aussi que la jeunesse d’aujourd’hui est une jeunesse qui est ultra sollicitée, par trop de canaux. Il y a 20 ans ou 25 ans, on n’avait pas de téléphone en poche. Lorsqu’on a un téléphone en poche, en réalité on a le monde en poche. On va où on veut avec Google Street View, dans la moindre rue sur n’importe quel continent. On a 100 vidéos par jour, d’influenceurs, d’artistes, de politiciens,…  Peut-être que certains jeunes vont finalement vers ceux qui, en “criant” le plus fort, transcendent cette vague d’informations, de vidéos, de sollicitations. Ils se raccrochent à ce qui dépasse de tout ça, et ça devient peut-être un phare vers lequel on se dirige. Alors c’est vrai que dans ce contexte-là, ce n’est pas facile quand on défend des positions politiques peut-être plus modérées. Avec une certaine dose de nuance, c’est peut-être moins facile d’accrocher l’attention. Mais je crois qu’il faut toujours compter sur le bon sens, des jeunes et des moins jeunes d’ailleurs, et que sur le long terme, les gens qui sont fidèles à leurs idées, qui sont constants dans leur engagement, finissent par emporter la confiance. 

Je crois avoir vu, lors des élections municipales, que les jeunes sont quand même très majoritairement désintéressés de la politique locale. Pourquoi d’après vous est-ce qu’ils se sentent aussi éloignés des enjeux locaux municipaux ? Pourquoi un tel désintérêt ? 

Je vais répondre avec honnêteté. D’abord, je pense que quand on a 18-20 ans, on a plein d’autres choses en tête que la politique. C’est très bien et c’est normal ! Néanmoins, et c’est très positif, on voit des jeunes s’impliquer. On en a vu sur les listes, on en a vu dans la campagne. Je ne suis pas sûr que proportionnellement il y ait moins de jeunes de 18-20 ans aujourd’hui sur les listes, que 30 ans en arrière. Ce qui veut dire que le sujet est susceptible d’intéresser les jeunes s’ils se sentent considérés, ils sont accueillis sur les listes et on les associe finalement aux vraies prises de décision. Néanmoins, de mon point de vue, il y a encore du chemin à parcourir à ce niveau. Mais je suis sûr que l’intérêt pour la chose publique n’a pas disparu. Il y a un phénomène que l’on observe, c’est l’abstention des jeunes. Il y avait déjà, à l’époque, une sur-participation électorale des plus âgés, et une sous-participation électorale des plus jeunes. Donc ça c’est une constante, qui traverse les décennies. Mais n’oublions pas que la jeunesse, et c’est ce qui fait tout son charme, est un état passager. Les jeunes d’aujourd’hui, ce sont les adultes et quinquagénaires de demain donc au fur et à mesure que la vie avance, les préoccupations évoluent, le rapport à la politique évolue, les priorités évoluent. 

C’est effectivement une constante qui traverse les années. Néanmoins, j’ai pu observer le désintérêt total. J’ai pour l’occasion une formule, qui n’est pas la mienne, mais qui résume la situation. Si l’on ne s’occupe pas de la politique, c’est-à-dire les jeunes qui sont à l’avenir, elle s’occupera de nous. L’urgence est à la réconciliation des partis et des Hommes politiques avec le peuple. 

Tout à fait. Il faut recréer de la confiance, c’est-à-dire que si les gens s’écartent de la politique, à tous les âges d’ailleurs, c’est que parfois il peut y avoir un phénomène de trop-plein et de lassitude face à des renoncements, des lâchetés, des “retournements de veste”. C’est ce qui crée beaucoup de tort. Et j’en reviens à cette idée de constance : la politique comme d’ailleurs sa vie personnelle professionnelle, c’est du temps long. Il faut labourer : on laboure le sillon, on trace un chemin, et on s’y tient. On ne bascule pas d’un côté ou de l’autre au premier coup de vent, pour répondre à un effet de mode. Alors peut-être que les gens qui restent fidèles à leurs convictions tout au long de leur carrière vont connaître des coups perdants parce que sur telle ou telle consultation, il aurait fallu oeuvrer de stratégie, “retourner sa veste” etc. Mais sur le long terme, je suis persuadé que la constance est récompensée. 

J’entends ce que vous dites et j’ai deux citations qui m’ont fait penser à votre propos. Sur le trop-plein, le Général De Gaulle disait que “ce qui était à craindre après lui ce n’était pas le vide politique, mais le trop plein”. Et pour ce qui était du retournement de veste, celle de Jean-Luc Mélenchon résume bien la situation : “lorsque le vent souffle fort, il emporte avec lui les girouettes”. Peut être que la question du référendum, qui a érodé la confiance envers la classe politique en 2005, ainsi que les multiples scandales financiers ont envenimé la situation. Est-elle irréversible ? 

La politique c’est d’abord l’histoire d’hommes ou de femmes, qui à un moment donné arrivent à entraîner la confiance. Quand le général De Gaulle est rappelé, qu’il revient en 1958 et qu’il pose les bases de la Cinquième République, tout le monde n’était peut-être pas gaulliste au départ. Mais une majorité a vu en lui une solution. La politique, c’est à la fois des idées, et des hommes. C’est-à-dire qu’il faut qu’il y ait un sentiment, une philosophie commune, et des idées qui soient partagées. Mais s’il n’y a personne pour les incarner, pour aller tenir les manettes, et les mettre en oeuvre, les idées pures ne restent qu’un concept, une bulle, mais qui ne changent pas la vie des gens. Donc en réalité, la politique c’est les deux : c’est et des idées et des hommes.  Ce qui me fait avancer, mon moteur, c’est Tarbes et les Tarbais. C’est réussir à trouver une offre politique qui puisse faire avancer la ville.

Pensez-vous qu’il faille davantage intégrer la jeunesse aux processus municipaux ? Et par ailleurs, quel est votre point de vue sur les conseils municipaux de jeunes ? 

Je réponds oui aux deux questions. Il faut associer davantage les jeunes à la préparation des listes et des projets. Même si je trouve encore une fois que de ce point de vue-là, le chemin parcouru va plutôt dans le bon sens. Et oui aussi, sur les conseils municipaux des jeunes, je suis tout à fait favorable, d’autant plus que quand j’avais 14-15 ans, je faisais partie de celui d’Aureilhan. C’était d’ailleurs le premier conseil municipal des jeunes qui avait été mis en place dans la ville. Ça devait être dans vers 1996 et j’en garde un très bon souvenir.  Tout ce qui peut constituer une porte d’entrée vers la politique, le milieu public, les collectivités, il faut le favoriser ! 

Et enfin, quel conseil est-ce que vous pourriez donner à un jeune qui souhaite se lancer dans le milieu politique ? S’engager, notamment au niveau local, sans tomber dans une logique partisane excessive, un engagement au service de son territoire. 

D’abord, je crois encore aux partis politiques, même s’ils traversent une crise évidente. Donc je donnerais aux jeunes le conseil de toquer à la porte de la formation de laquelle ils se sentent le plus proche. C’est ce que j’ai fait : j’ai adhéré à l’UMP à 23 ans. C’était en 2005. Pousser une porte, aller rencontrer les responsables locaux d’un parti, venir à des réunions, ne serait-ce que pour se faire une idée, voir si on est à l’aise, quelle est l’ambiance qui se dégage…  Après, il y a d’autres voies, notamment la voie associative, sous des formes diverses : des associations d’intérêt local, d’animation, ou professionnelles aussi. C’est comme ça qu’on apprend à connaître un territoire. La politique, c’est du collectif. Si on reste chez soi tout seul, volets fermés, à écrire sur son téléphone, on a peut-être l’impression de participer à quelque chose, et en réalité on ne participe pas à grand-chose. Il faut aller vers les gens, il faut aller à leur rencontre. Le conseil que je donnerais, c’est celui-là, c’est trouver la forme d’engagement qui vous correspond le mieux. Trouver la structure susceptible de vous accueillir avec des centres d’intérêt, des réflexions communes. 



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