Actualités Hautes-Pyrénées
« Il faudrait repenser le modèle productif français et lancer une vraie réindustrialisation », Frédéric Souillot, secrétaire confédéral de FO, offensif pendant le congrès de FO 65.
Frédéric Souillot, le secrétaire confédéral de Force ouvrière, a assisté au 29e congrès départemental de FO 65, qui a réélu Patrick Cazala au poste de secrétaire général. L’occasion pour le leader syndical de faire le point sur l’actualité sociale et de détailler la feuille de route de son organisation pour les prochains mois, avec des priorités comme la réindustrialisation, les services publics et les élections professionnelles dans la fonction publique à venir.
Comment se porte Force ouvrière aujourd’hui ?
FO se porte très bien ici. Depuis le dernier congrès, on a augmenté de plus de 30 % le nombre d’adhérents. Au niveau national, après notre congrès confédéral, j’ai été réélu. Entre décembre 2022 et décembre 2025, on compte 57 000 adhérents supplémentaires. C’est positif, et on se prépare activement pour les élections de la fonction publique. On est premiers dans la fonction publique d’État, deuxièmes dans l’hospitalière et troisièmes dans la territoriale. On veut progresser, et lors du dernier cycle, en 2022, pour la première fois, nous avons fini deuxièmes sur les trois versants de la fonction publique. Ce coup-ci, on vise carrément la première place.
La question du service public inquiète de nombreux citoyens. Quel est votre point de vue ?
On l’a tous vu : à chaque crise, on clame que les services publics sont essentiels, mais dès que c’est terminé, ça redevient un « coût ». Pour nous, il faudrait repenser le modèle productif français et lancer une vraie réindustrialisation. Partout où on recrée de l’emploi industriel, on voit aussi revenir des services publics, et surtout des services de proximité – c’est fondamental. L’État doit veiller à ce que la République offre ces services au plus près des citoyens. C’est dans nos revendications majeures : le service public de proximité est, pour nous, aussi indispensable que le commerce de proximité.
Dans les Hautes-Pyrénées, le dossier Daher pèse sur l’industrie locale. Comment analysez-vous la situation ?
Je ne comprends pas la situation actuelle. Daher, c’est un fleuron industriel français ! Que veut vraiment la direction ? Parfois, on a l’impression qu’ils veulent grossir pour mieux se séparer de certaines activités ensuite. J’ai saisi le ministre de l’Industrie pour qu’il réunisse à Bercy la direction de Daher et les syndicats représentatifs. Il faut mettre cartes sur table : est-ce qu’il y a un besoin d’aides publiques pour investir, notamment dans de nouvelles chaînes ou la modernisation des machines ? Ce que j’attends, c’est un engagement ferme sur l’avenir de Daher, surtout à Tarbes, l’ancienne Socata. Je pense que c’est bien qu’on puisse enfin discuter tous ensemble, prendre de la hauteur et éviter les conflits sur place.
À l’approche des élections présidentielles, recevrez-vous les candidats dans vos locaux ?
Non, ce n’est pas notre façon de faire, et ça date de 1947 ! L’indépendance et la liberté sont des principes fondamentaux : jamais on n’appelle à voter pour quelqu’un ou contre quelqu’un. On va, comme d’habitude, rédiger notre plateforme de revendications, qu’on enverra à tous les candidats – mais on ne les reçoit pas. Si je commence à devenir le directeur de conscience de mes adhérents, ce n’est plus du syndicalisme. Être libre et indépendant, ce n’est pas qu’une posture chez FO.
Quelles sont les grandes priorités que vous défendez dans cette plateforme ?
D’abord, la production : il faut reconstruire un vrai modèle productif, réindustrialiser la France, avec tout ce que ça implique. Ensuite, la protection sociale collective : à chaque crise, c’est un acquis précieux, mais on finit toujours par la regarder comme une charge ! La protection sociale, c’est le socle d’égalité de la République. Avec elle, gérée de façon paritaire, et la réindustrialisation, on pourra remettre de la cohésion sociale dans le pays. C’est urgent.
Concernant les retraites, quelle est votre position ?
On est toujours pour l’abrogation de la réforme ! Dans notre calendrier social autonome, on veut remettre autour de la table uniquement les employeurs et les salariés, sans l’État, pour reprendre en main de manière paritaire la gouvernance de notre système de retraite par répartition. On aurait enfin moins de bricolages à chaque élection présidentielle, et ça fonctionnerait bien mieux.
Comment s’est déroulé le congrès départemental ?
Très bien. L’équipe, avec Patrick Cazala à sa tête, a été réélue à l’unanimité, dynamique et prête à s’attaquer aux défis de la réindustrialisation et de la défense du service public et du système social. En quatre ans, on a progressé de plus de 30 %, et sur des dossiers industriels parfois compliqués, comme Daher, on a fait plus de 35 % de mieux. On a aussi mis en place une grosse équipe pour les élections du service public, notamment chez les territoriaux, où plus de 110 syndiqués se mobilisent pour renforcer la présence de Force ouvrière dans tout le département.