Actualités Hautes-Pyrénées
Le Parvis dessine une saison 2026-2027 entre écologie, création et regard sur le monde
À l’approche de la saison 2026-2027, Frédéric Esquerré, directeur de la Scène nationale Le Parvis à Ibos, dévoile les grandes lignes d’une programmation qu’il qualifie lui-même de « rythmée par cinq séquences particulières ». Danse, création transfrontalière, jeunesse, musiques atypiques, croisements artistiques, mais aussi réflexion citoyenne dans une année présidentielle : la future saison entend conjuguer diversité des esthétiques, ouverture sur le territoire et questionnements de société.
La saison du Parvis s’articulera autour de plusieurs rendez-vous majeurs qui jalonneront l’année culturelle. Premier temps fort : une ouverture de saison tournée vers l’extérieur, l’espace naturel et les enjeux écologiques. Une orientation qui s’explique aussi par les travaux techniques réalisés cet été au sein de l’équipement culturel. Le renouvellement du plancher de la scène, installé en 1986, ainsi que plusieurs aménagements techniques liés à la lumière et au son, conduiront l’établissement à privilégier des propositions hors les murs durant le mois de septembre. En novembre, la deuxième édition du Fest’Nov prendra le relais avec une quinzaine de jours consacrés à la danse sous toutes ses formes. Un rendez-vous partagé avec plusieurs partenaires et qui ne se limitera pas à la seule danse contemporaine.
La programmation se poursuivra avec « Hola España », un temps fort consacré à l’Espagne et aux échanges artistiques transfrontaliers. Cette séquence s’inscrit notamment dans le cadre d’un projet européen, centré sur les questions de frontière et de coopération culturelle entre la France et l’Espagne. En février reviendra « Le Grand Jeu », rendez-vous destiné au jeune public. Mars accueillera la troisième édition du « Dark Side of the Rock », consacré à des esthétiques musicales allant du jazz au rock progressif en passant par les musiques expérimentales. Enfin, avril verra naître un nouveau temps fort intitulé « Les Hybrides », construit avec le Centre d’art contemporain. L’objectif : faire dialoguer les disciplines et permettre aux artistes de circuler entre les espaces d’exposition et les salles de spectacle.

Une saison marquée par les questions politiques
Dans un contexte d’élection présidentielle, Le Parvis souhaite également proposer plusieurs rendez-vous autour de la politique, entendue à la fois comme actualité électorale et comme réflexion citoyenne. La programmation comprendra plusieurs propositions. Pour Frédéric Esquerré, il s’agit d’accompagner les débats qui traversent la société tout en conservant une approche à la fois lucide et ouverte.
Une rentrée placée sous le signe de l’écologie
La première séquence de la saison prendra forme dès la mi-septembre avec « Dans la forêt », un week-end de propositions chorégraphiques en milieu naturel. Le public sera invité à rejoindre les différents sites afin de découvrir des spectacles implantés au cœur de la forêt. Cette initiative constituera le point de départ d’un projet plus vaste : « Les Enchevêtrées », une installation composée de sept cabanes sonores qui sera présentée pendant près de trois semaines au sein du tiers-lieu Le Lien, à Ibos. À travers cette œuvre, les artistes interrogent les relations entre l’être humain et la nature ainsi que les transformations des paysages sous l’effet de l’activité humaine. Le projet s’inscrit dans une réflexion d’écologie politique sur l’exploitation des ressources naturelles et l’évolution des territoires. Cette programmation viendra nourrir le temps fort « Durable », développé par Le Parvis autour des questions de responsabilité sociétale et environnementale, en lien avec plusieurs entreprises du département.
Une conférence humoristique pour conclure le cycle écologique
Cette première partie de saison se poursuivra avec « Le Problème Lapin », nouvelle création de Frédéric Ferrer. L’artiste avait déjà présenté au Parvis plusieurs épisodes de son « Atlas de l’anthropocène », série de conférences-spectacles consacrées aux conséquences des activités humaines sur l’environnement. Dans cette nouvelle cartographie, il s’intéresse à l’introduction du lapin dans certains territoires et aux bouleversements écologiques qui en ont découlé. Une approche mêlant humour et vulgarisation scientifique.

Une volonté d’ouvrir davantage la programmation
Frédéric Esquerré souhaite également combattre certaines idées reçues associées aux scènes nationales. Selon lui, la saison 2026-2027 accordera une place importante à l’humour et à des propositions accessibles à un large public. Dès octobre, Le Parvis accueillera ainsi Alex Lutz avec son spectacle « Sexe, Grog et Rocking chair ». Récompensé par le Molière de l’humour 2026, le comédien viendra présenter son seul-en-scène à Ibos. Autre rendez-vous attendu : « L’Idéal Club » de la compagnie 26000 Couverts. Figure majeure du théâtre de rue français, la troupe présentera en décembre les dernières représentations de ce spectacle-cabaret avant l’arrêt annoncé de ses activités. Un événement particulièrement recherché par les grandes structures culturelles françaises.
Le cirque en force sur les scènes du Parvis
Le cirque constituera également l’un des axes forts de la saison. Parmi les spectacles annoncés figure « Le Pas du Monde » du collectif XY, référence majeure du cirque acrobatique contemporain. Réunissant 22 artistes sur scène, cette création sera également présentée dans la Cour d’honneur du Palais des Papes lors de la clôture du Festival d’Avignon. En février, Le Parvis accueillera en résidence le Cirque Aïtal pour la création de « À fleur de peau ». Les artistes séjourneront quinze jours à Ibos afin de finaliser le spectacle, dont la première mondiale sera donnée sur place. Enfin, le mois de mai sera marqué par la venue du Cirque Alfonse avec « Entre Chien et Louve ». Venue du Québec, la compagnie proposera une grande forme réunissant de nombreuses disciplines acrobatiques dans une scénographie ambitieuse. Autour de ces trois productions majeures, plusieurs autres propositions viendront compléter la programmation circassienne.
Magie nouvelle, intelligence artificielle et foot freestyle
Parmi les formes plus atypiques figurent « Cloche » de Rémy Luchez, spectacle mêlant concert et magie nouvelle, ainsi que « Que du bonheur » du magicien Thierry Collet. Ce dernier explore les relations entre mentalisme et intelligence artificielle en s’interrogeant sur l’impact des nouvelles technologies sur sa propre discipline artistique. Le public pourra également découvrir « Mouton Noir » de Paul Molina, artiste spécialisé dans le foot freestyle.

Théâtre : entre grands classiques et créations contemporaines
La saison 2026-2027 accordera une place importante au théâtre avec plusieurs productions d’envergure qui constitueront des repères majeurs de la programmation. En décembre, Le Parvis accueillera « L’École des femmes » de Molière dans une mise en scène de Robin Renucci, actuel directeur du Théâtre de La Criée à Marseille. François Morel y interprétera le rôle principal. Une production qui s’annonce comme l’un des événements théâtraux de la saison.
En écho à cette création, deux autres œuvres de Molière seront proposées au printemps, en partenariat avec Tarbes en Scène et le Théâtre des Nouveautés : « Sganarelle ou le Cocu imaginaire » et « L’Amour médecin », deux farces courtes qui viendront prolonger la présence du dramaturge dans la programmation.
Début mars, Le Parvis présentera également « L’Hors-présence ou chimères du pays de morsan », la nouvelle création de Tiphaine Raffier. Cette vaste fresque théâtrale met en scène neuf comédiens autour du parcours d’une femme condamnée par la maladie qui choisit d’organiser sa fin de vie avec ses proches. Une œuvre qui mêle gravité du sujet et regard profondément humain. Autre rendez-vous attendu : la venue d’Emma Dante, figure majeure de la scène européenne contemporaine. La metteuse en scène italienne présentera « L’Angelo del Focolare », spectacle que Frédéric Esquerré considère comme l’un des temps forts de la saison.

Brecht face aux interrogations du présent
La programmation théâtrale accordera également une place importante aux œuvres politiques. Parmi elles figure « Grand-peur et misère du IIIe Reich » de Bertolt Brecht, dans une mise en scène de Julie Duclos. Écrite entre 1933 et 1938 alors que Brecht est en exil, cette pièce rassemble une série de tableaux montrant l’installation progressive du régime nazi dans la société allemande. Portée par douze comédiens, cette production trouvera une résonance particulière dans une année marquée par l’élection présidentielle française. Pour Frédéric Esquerré, cette œuvre invite à réfléchir aux mécanismes par lesquels les systèmes autoritaires peuvent s’installer dans les sociétés démocratiques.
« Rois et présidents » : un cycle au cœur de l’année électorale
L’un des axes les plus originaux de la saison prendra forme en janvier et février autour d’un vaste cycle consacré à la politique. Le Parvis accueillera plusieurs épisodes de la série théâtrale « Huit rois (nos présidents) » imaginée par le metteur en scène Léo Cohen-Paperman. Ce projet retrace l’histoire des présidents de la Ve République, de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron. À Ibos, quatre épisodes seront réunis en trois spectacles : « Génération Mitterrand », « La Vie et la Mort de Jacques Chirac, roi des français » et « Sarco/Hollande ». L’originalité du projet réside dans le traitement scénique réservé à chaque personnalité politique. François Mitterrand devient ainsi le personnage central d’un drame familial et social ; Jacques Chirac est abordé sous la forme d’une comédie métathéâtrale ; Nicolas Sarkozy à travers les codes du stand-up ; tandis que François Hollande apparaît sous les traits d’un personnage clownesque inspiré de l’univers de Samuel Beckett. À travers le destin d’une même famille française traversant plusieurs décennies, les spectacles interrogent les évolutions politiques et sociales du pays. Une approche qui mêle humour, mémoire collective et analyse historique.
Shakespeare pour éclairer le pouvoir
En miroir de cette série consacrée aux présidents, Le Parvis proposera deux œuvres majeures de William Shakespeare. La première sera « Hamlet », dans une mise en scène de Thibault Perrenoud. Le spectacle, conçu pour tourner dans des salles des fêtes, repose sur un dispositif immersif où les spectateurs se trouvent au cœur même de l’action. La seconde sera « Macbeth ». Cette production se distingue notamment par sa représentation spectaculaire des scènes de bataille, rarement vues avec une telle ampleur sur une scène de théâtre. Ces deux tragédies viendront prolonger la réflexion sur l’exercice du pouvoir et ses dérives, en faisant dialoguer les figures royales imaginées par Shakespeare avec les dirigeants contemporains évoqués dans le cycle présidentiel.
Un regard artistique sur l’Espagne et sa mémoire
À la mi-novembre, le temps fort « Hola España » mettra à l’honneur la création espagnole contemporaine. Parmi les spectacles programmés figure « Viva », une œuvre de théâtre d’objets qui explore à la fois une histoire familiale et la mémoire du franquisme. À travers un dispositif minimaliste composé d’objets du quotidien, les artistes racontent le destin d’une famille confrontée aux violences du régime franquiste. Cette proposition devrait trouver un écho particulier dans les Hautes-Pyrénées, territoire marqué par l’histoire de l’exil républicain espagnol. Le comédien espagnol Sergi López présentera également « Non Solum », un solo absurde et burlesque construit comme une véritable performance d’acteur. Le public pourra également retrouver Rocío Molina, figure majeure du flamenco contemporain, déjà accueillie à plusieurs reprises au Parvis. Des projections de cinéma espagnol viendront compléter ce rendez-vous consacré aux échanges culturels entre les deux versants des Pyrénées.
Une saison danse particulièrement ambitieuse
Le Fest’Nov constituera l’un des moments les plus importants de la saison chorégraphique. Pendant plusieurs jours, une douzaine de propositions investiront aussi bien les salles de spectacle que l’espace public, avec notamment des bals contemporains et des formats participatifs. Parmi les grandes formes annoncées figure « How Romantic », création de la compagnie nationale norvégienne Carte Blanche, chorégraphiée par Katerina Andreou. Cette pièce réunissant quatorze danseurs sera également présentée au Festival d’Avignon. Le Parvis accueillera également le Ballet Preljocaj avec « Helikopter et « Licht ». Autre figure majeure de la danse contemporaine, Sharon Eyal présentera « Delay the Sadness ». La saison donnera également une place importante à Béatrice Massin, référence de la danse baroque en France avec « Que ma joie demeure ». Autour de ces grands rendez-vous se déploieront plusieurs créations et installations portées notamment par Phia Ménard ou Pierre Rigal.

Du jazz aux musiques du monde
La programmation musicale affichera une grande diversité d’esthétiques. La saison s’ouvrira avec le musicien Dhafer Youssef, dont le travail mêle jazz et traditions orientales. Richard Galliano viendra ensuite présenter son New York Tango Trio dans le cadre d’une journée consacrée au tango organisée avec les partenaires locaux. En janvier, les dix-sept musiciens de l’Orchestre National de Jazz rendront hommage à la compositrice américaine Carla Bley. La musique classique sera marquée par le bicentenaire de Beethoven. Plusieurs rendez-vous lui seront consacrés avec le pianiste Paul Lay, l’Orchestre de Pau Pays de Béarn et l’Orchestre National du Capitole. Du côté des musiques du monde, le public pourra entendre Fatoumata Diawara tandis qu’Abd Al Malik sera accueilli en partenariat avec la Gespe.
Enfin, la troisième édition du Dark Side of the Rock réunira plusieurs acteurs des musiques actuelles autour d’esthétiques expérimentales. Parmi les événements annoncés figure notamment la venue du groupe Magma, plus de cinquante ans après son premier passage au Parvis en 1974.
Jeune public, inclusion et participation citoyenne
La saison comprendra également une importante programmation destinée à la jeunesse avec une douzaine de spectacles mêlant théâtre, danse, marionnette et musique. Le Parvis poursuivra par ailleurs son travail autour des questions d’inclusion. Parmi les propositions annoncées figure « Jean-Pierre, lui, moi », spectacle de Thierry Combe inspiré de l’histoire réelle de son frère en situation de handicap mental. À travers une galerie de personnages incarnés par un seul comédien, l’œuvre retrace avec humour et émotion le parcours d’une famille confrontée au handicap.
Une culture qui va à la rencontre des habitants
Au-delà des spectacles présentés à Ibos, Le Parvis poursuivra sa politique de diffusion sur l’ensemble du territoire. Thierry Combe proposera ainsi sa « Conserverie théâtrale » sur plusieurs marchés locaux. Le principe : échanger des conserves remplies de textes et d’histoires contre des produits apportés par les habitants.
L’artiste réalisera également une « Visite sensible » à Saint-Savin. Après une semaine d’immersion dans la commune, il dressera un portrait théâtral du village à partir des rencontres effectuées sur place. Ces projets illustrent la philosophie défendue par Frédéric Esquerré : faire du Parvis un lieu de création ouvert sur son territoire, capable à la fois d’accueillir de grandes productions nationales et internationales tout en développant des formes artistiques de proximité. Avec une quinzaine de propositions programmées hors les murs, la saison 2026-2027 confirme cette volonté de multiplier les rencontres entre les artistes et les habitants, bien au-delà des murs de la Scène nationale.