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DECRYPTAGE. Moins de devoirs à la maison, des oraux, des questions sur le ressenti… Comment les professeurs s’adaptent face à l’utilisation de ChatGPT
Depuis l’arrivée de l’intelligence artificielle, les enseignants ont dû accommoder leurs méthodes. Au collège Voltaire, à Tarbes, une professeure de français a pris le problème à bras-le-corps en éduquant ses élèves aux usages de l’IA, aux fake news et à l’importance de la presse. Elle a également arrêté de donner des devoirs à la maison et se concentre sur le ressenti de ses collégiens pour limiter le recours à ChatGPT. On vous explique.
C’est un cours pas comme les autres, ce mercredi matin, à 8 heures. Dans une salle du collège Voltaire, à Tarbes, les élèves ont délaissé les poésies et leurs tables de multiplication pour s’intéresser, pendant une heure, à l’intelligence artificielle. Au tableau, les 4e doivent distinguer les images trafiquées par l’IA et reconnaître les photographies authentiques. Un projet mené toute l’année scolaire par Lydie Fachan, professeure de français au collège. « Notre mission est de les aider à développer leur esprit critique. L’intelligence artificielle peut être intéressante à condition de s’en servir en tant qu’outil et dans un cadre établi », explique l’enseignante.
Depuis plusieurs mois, ses élèves ont été sensibilisés aux fake news, aux dérives de l’intelligence artificielle et au rôle des médias d’information. Alors, en ce mois de fin d’année, en classe, ils savent (presque) parfaitement faire la différence entre une photo tronquée du pape portant une doudoune Balenciaga et celle, véridique, du Saint-Père au Vatican.
Finis les devoirs à la maison
Pourtant, quand on demande aux élèves si certains utilisent l’IA à la maison pour faire leurs devoirs, la réponse est unanime et décomplexée. « Moi, je m’en sers surtout pour les mathématiques. Je demande à ChatGPT de me réexpliquer la consigne quand je n’ai pas compris », répond Sirine. Mathilde l’utilise également pour ses exercices de maths : « Je lui demande de me générer des questions sur les atomes, par exemple, pour m’entraîner. » Une utilisation omniprésente à laquelle leur professeure s’est adaptée. « Pour être sûre d’avoir des réponses authentiques, j’ai aménagé les exercices. Déjà, je ne donne quasiment plus de devoirs à faire à la maison. Ensuite, les restitutions de lecture se font en classe. Enfin, j’insiste sur les questions de compréhension, d’analyses de points grammaticaux et je leur demande le ressenti. Des réponses, a priori, qui ne peuvent pas être générées par l’IA », détaille la professeure.
ChatGPT fait aussi des fautes
Surtout que dans les copies, l’intelligence artificielle est de plus en plus difficile à détecter. Car l’IA brouille les pistes. « Pour imiter le niveau de certains élèves de collège, ChatGPT est capable de faire des fautes. À l’inverse, quand on a des travaux trop parfaits, on se questionne aussi », glisse-t-elle. Cette année, ses collégiens ont lu *Les Contes de la bécasse*, de Guy de Maupassant. Pour éviter les résumés tout cuits, Lydie Fachan a interrogé les 4e sur leurs émotions à la lecture. « Je leur ai demandé ce qu’ils avaient éprouvé sur certains passages. Quand les réponses sont spontanées, argumentées et originales, je sais que l’IA n’est pas derrière », poursuit-elle.
Un vocabulaire « trop sophistiqué »
Un travail pédagogique mené aussi, en parallèle, par Sophie Picaud, professeure documentaliste. Elle ne tombe pas dans le piège, non plus, des réponses de certains collégiens. « L’année dernière, un groupe a présenté un oral sur des femmes scientifiques. Le vocabulaire, trop sophistiqué, m’a mis la puce à l’oreille. Quand ils ne se sont pas approprié le texte et la recherche, on le voit tout de suite », se souvient-elle.
Le devoir avait été réalisé avec l’IA. « Le but est de leur apprendre à s’en servir correctement. Quand Wikipédia est arrivé, ils faisaient également du copié-collé, sans réfléchir. Je les accompagne dans leurs recherches, eux qui sont habitués à demander à Siri ou Alexa. Je les oriente vers des sites fiables et vérifiés », résume la documentaliste. Et pour le brevet, impossible de tricher. « Pour l’oral, on leur demande de parler d’un travail réalisé pendant l’année ou d’une expérience. Ce n’est pas un exposé, mais une présentation spontanée. À la fin, on les interroge sur leurs sources d’informations », note-t-elle encore. Et quand ChatGPT n’a pas participé, c’est mention très bien.