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Pyrénées – Fabrice Angot raconte son périple en Mongolie
Le 6 octobre prochain, Fabrice Angot, va s’élancer pour un tour du monde. Avant ce grand départ, il est partie pour un périple en Mongolie qu’il nous raconte.
Fabrice Angot travaille à l’agglomération Tarbes-Lourdes-Pyrénées et dans quelques jours il partira à la retraite et va pouvoir se lancer un nouveau défi. Après avoir écrit son premier livre et prêté sa plume à autres auteurs, il va se lancer le 6 octobre prochain dans un tour du monde. Mais avant ce long voyage il s’est rendu il y a quelques jours en Mongolie. Il nous raconte son périple.
« Dernier galop d’essai avant le tour du monde en octobre, direction Mongolie, coincée entre la Russie et la Chine d’où le mélange de la langue et du faciès : 3 fois la superficie de la France pour seulement 3,5 millions d’habitants.
Après avoir atterri au milieu des steppes, et récupéré un 4×4 pick-up russe à l’aéroport, je passe rapidement à ma chambre d’hôte (seule location réservée à l’avance) avant de fuir Oulan-Bator, capitale sans intérêt. Pour info le prix de l’essence est à 0,61€/litre, bonne surprise pour un circuit de 2200kms en dix jours. Je m’extirpe des bouchons pour aller dire bonjour à Gengis Kahn, le Napoléon mongol du 12ème siècle, dont la statue en acier est la plus grande au monde avec un cheval de 40m sur un socle de 10m, soit environ un immeuble de 15 étages. La route est souvent occupée par des chevaux de Przewalski, symbole mongol, dirigés quelques fois par des éleveurs en moto à travers des steppes sans limite.

Dès le second jour, je suis confronté à des zones désertiques avec des pistes de plusieurs dizaines de kms et un GPS hors connexion ! Pas intérêt de tomber en panne ou d’être malade au milieu de ces étendues à perte de vue. Si peu de mongols parlent anglais, même dans la capitale, le pire est de ne pas pouvoir lire les rares panneaux écrits en cyrillique. Heureusement pour l’instant il existe encore quelques cafétérias avec des images pour pouvoir commander son plat. Je fais connaissance avec des frites qui ressemblent à du plastique élastique. Le soir, je trouve une chambre dès ma première demande auprès d’un habitant en mimant vouloir dormir. Si la conversation est rudimentaire, le langage des regards suffit pour se comprendre.
Le lendemain, cap vers le sud du pays. Laisser la place au hasard des rencontres, loin des sentiers organisés par des cars de touristes, permet de rencontrer plus facilement l’authenticité et les rencontres inattendues. Comme celle avec Togou (aucune garantie sur l’orthographe !) qui arrive sur sa vielle moto transportant un gros bidon d’essence pour alimenter une pompe de relevage. Si la communication ne se fait que par les mains, il me montre ses 4 troupeaux de chevaux, chèvres, vaches à longs poils et chameaux. Chacun leur tour ils viennent boire pour pouvoir tenir jusqu’au prochain passage de Togou. Gare aux chameaux qui, comme des 3èmes au collège, veulent doubler les plus petits, ici le pion surveille. C’est le tour des chevaux (petit au garrop), beaucoup moins résistants à la soif que les grands fiers avec leurs 2 bosses (pour rappel généralement le dromadaire vit en Afrique et le chameau en Asie).

Quelle sensation unique d’être au milieu de nulle part, et malgré un vent froid, de ressentir un sentiment de chaleur. J’aurais dû apprendre les rudiments du mongol afin de pouvoir échanger avec ce berger aussi gentil qu’heureux de me montrer ses cheptels. Dommage que nous sommes le matin, sinon je lui aurais bien demandé de dormir chez lui. Finalement chacun reprend sa route, ravi de ce court moment de simplicité et de partage.
Puis passage à Tsagaan Suvarga dans un paysage lunaire, qui ressemble beaucoup au désert des Bardenas en Espagne mais qui présente l’avantage de procurer de l’adrénaline en se perdant au retour pendant 1h.
Après avoir fait un crochet par la Yol Valley, sorte de Pyrénées en plus modeste, puis rencontré un berger en habit de cérémonie contemplatif en haut d’une colline, je me dirige vers le désert du Gobi qui s’étend sur 1600kms d’Est en Ouest et 800kms du Nord au Sud entre la Chine et la Mongolie. Si une grande partie est constituée d’un désert de pierres, les dunes flottantes (Khongoryn Els) sont réputées par leurs beautés et leurs mobilités en raison des tempêtes de sable. Pas encore vues ce midi, mais ce que je viens de vivre résume la situation hors sol de ce pays isolé. Ces dunes sont le clou du circuit et pourtant rien est indiqué pour y aller. Une belle route goudronnée traverse le pays puis s’arrête brusquement pour laisser place à plusieurs pistes. Mon niveau d’essence est encore à 1/4 du réservoir, soit environ 200kms. Après avoir fait une vingtaine de kms sur une piste défoncée, je croise un mongol en voiture qui par chance parle anglais. Il m’indique qu’il faut faire marche arrière puis prendre la piste qui suit une ligne électrique… j’exécute en partant dans l’inconnu avec un œil sur le réservoir. Au final j’arrive dans une petite commune moderne (y compris une station essence) et avec des belles routes et au milieu d’un désert de pierres. Sans doute qu’un ministre provient de ce village ! Maintenant il me reste à chercher la piste pour les dunes dans l’espoir d’y rester 2 nuits si je trouve un éleveur pour m’héberger.

En plein désert rocailleux, un couple, avec leurs deux enfants de bas âge, accepte généreusement de m’accueillir au moment du repas vers 18h. Alors la soupe gélatineuse, avec des morceaux de chameaux séchés qu’Uuree a cassé avec un marteau, est difficilement appréciée par un français, pourtant rompu aux plats les plus exotiques. Mais je me force à manger étant observé, tout en gardant le sourire en dégustant. Je n’en ai pas repris !
Ce plat est très vite oublié lorsque cette femme et son mari me proposent ensuite de participer à la vaccination d’une centaine de chevreaux pendant que les mères restent en liberté en braillant à l’extérieur de cette « bergerie ». Certes je tenais simplement le pot de peinture rose et la brosse à dent comme office de pinceau, alors que la femme attrapait et tenait les chevreaux pendant que le père les vaccinait sous la queue. Il n’empêche que ce moment de partage restera inoubliable. Le dépaysement est au baroudeur ce que la pépite est au chercheur d’or : l’excitation !
Evidemment l’odeur à l’intérieur de la yourte est très forte, mais au bout de quelques minutes je ne la sens plus. Les gâteaux secs, à base de lait de chamelle, ont un goût rance, mais peu importe. Et pour faire plaisir aux enfants, j’offre des cahiers et des stylos pour briser l’obstacle de la langue. La petite fille de cinq ans, surnommée Queen étant incapable de l’appeler par son prénom, me propose d’aller rentrer le bétail. Je la porte rapidement sur mes épaules, elle en tee-shirt et moi avec une veste en laine. Difficile de dire lequel des deux est le plus heureux. Ensuite je joue avec les parents aux osselets avec des petits os d’articulation de chèvres pendants que les enfants s’amusent, non sur un cheval à bascule, mais sur un chameau, beaucoup plus facile de se tenir entre les deux bosses. Puis la nuit arrivée, le mari met des bouses séchées de chameaux dans le four pour réchauffer la yourte, avant de s’endormir. Le lendemain, je continue de partager le quotidien banal de cette famille isolée qui me semble magique. Au final, je n’aurai guère visité les dunes durant cette journée, privilégiant la vie sans fard auprès de ces éleveurs. Quand le second soir, j’arrive à faire comprendre que demain je partirai, je réalise, après de longues incompréhensions qu’il me faudra m’en aller dès l’aube, vers 4h du matin… avant le réveil des enfants pour éviter les pleurs. De mon côté c’est raté lorsque je monte seul dans ma voiture, recouverte de sable jaune.
La dureté des conditions de vie de tous ces nomades isolés donne une atmosphère jamais ressentie auparavant, avec pour seule richesse leurs troupeaux au milieu des steppes (chevaux), puis d’un désert rocailleux (chèvres et moutons) ou de dunes mouvantes avec de véritables tempêtes de sable (chameaux). Durant plusieurs heures, je roule en méditant sur la sagesse de cette famille d’éleveurs et en m’interrogeant sur la diversité de la Terre et de ses différents modes de vie.

Avant de plonger dans des réflexions philosophiques, j’aperçois au loin, facilement à une dizaine de kms, un nuage de poussière derrière une voiture. Tête baissée, je me lance à sa poursuite tel un pilote de rallye… sans avoir ni l’équipement ni les compétences de pilotage et de navigation. Mon égo se gonfle rapidement devant l’écart qui se réduit à vue d’œil entre le leader de cette course improvisée et son second, le couteau entre les dents. La méditation et les bonnes résolutions sur la sagesse de la famille rencontrée, ont vite disparu au profit de la beaufitude d’un occidental … au point de freiner pied au plancher lorsque se dévoile au dernier moment un rift, sorte de gorge d’une cinquantaine de mètres de profondeur. Cet obstacle explique la réduction de l’écart visuel avec le leader qui avait su contourner cette vallée. Une fois remis de ne pas avoir effectué un tonneau ni cassé la direction, je hurle, je m’engueule, je m’insulte devant ce ramassis de bêtise enivrante en plein désert.
Au final, au cours de ces dix jours, je me suis perdu des dizaines de fois (400kms supplémentaires au total) sur des pistes dont certaines font plus de 20kms de large. Pourtant avec l’expérience, j’arrive à ne plus paniquer même lorsque le réservoir est presque vide. Ces instants me confirment que les voyages organisés en groupe ne sont vraiment pas faits pour moi… vive l’immersion au milieu de la population locale.
Bon certes c’est sympa ces nuits dans des yourtes où pendant 4 jours je n’ai pas pu me laver, faisant le strict minimum avec des bonbonnes de 5 litres achetées au départ. Mais revenir sur Oulan-Bator saturée par les bouchons présente quand même l’avantage de redécouvrir une douche chaude et des sanitaires européens. C’est à cet instant que l’on se rend compte de la chance de pouvoir ouvrir un robinet.

Vendredi 22 mai, j’assiste par hasard à une cérémonie dans le cadre de la remise du diplôme universitaire du bachelor (bac +3) sur la grande place de la capitale, au milieu de modernes buildings qui ne sont pas sans rappeler le quartier de la Défense à Paris, alors que les autres quartiers sont composés de vieux immeubles délabrés. La plupart des diplômés sont de ravissantes étudiantes, avec des vêtements traditionnels entourés de leurs parents portant les multiples bouquets de fleurs. On me propose de participer à la célébration, en dégustant un mousseux tiède tout en discutant en anglais avec quelques habitants.
L’effervescence est omniprésente sur cette grande place d’autant plus que parallèlement se prépare le lendemain un marathon international. Un brassage de cultures se mélange où tout le monde est heureux. Le samedi, pour mon dernier jour, je regarde avec émerveillement ce marathon international dont l’organisation n’a pas à envier celui de Paris, couru en 1998, avec 20 kgs de moins et qq cheveux en plus…
Au final, je quitte la Mongolie avec en mémoire ces grandes étendues désertiques parsemées de rares yourtes d’éleveurs qui contrastent avec celles proprement installées aux abords de la capitale. Enfin une escale d’une quinzaine d’heures à Istamboul favorise une transition vers l’Occident. »
