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Cures thermales moins remboursées : la crainte d’une catastrophe économique dans les Hautes-Pyrénées
Le thermalisme dans les Hautes-Pyrénées est grandement menacé par la réforme proposée par le gouvernement dans le cadre du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Dès 2026, le remboursement des cures thermales pourrait chuter drastiquement. Cette mesure, visant à économiser 200 millions d’euros, tétanise les professionnels du secteur.
Les professionnels du thermalisme retiennent leur souffle dans les Hautes-Pyrénées. Le gouvernement a confirmé, le 5 novembre, sa volonté de réduire drastiquement le remboursement des cures thermales par l’Assurance Maladie de 65 % à 15 % dès février 2026. Mais aussi d’abaisser la prise en charge fixée à 100 % pour les personnes en affection longue durée (ALD) à 65 %. Une annonce choc de l’Exécutif dans le cadre du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, qui permettrait ainsi d’économiser 200 millions d’euros.
Seulement, les conséquences économiques pourraient être dramatiques pour les Hautes-Pyrénées qui comptent pas moins de sept établissements thermaux. Chaque année, près de 30 000 curistes sont acceuillis et répartis entre Bagnères-de-Bigorre, Cauterets, Argelès-Gazost, Capvern-les-Bains, Saint-Lary, Luz-Saint-Sauveur et Barèges.
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« C’est un secteur économique qui génère près de 500 emplois, et pour un emploi direct, on en compte dix indirects », rappelle Marie-Hélène Blanque, directrice des thermes de Bagnères-de-Bigorre et membre du Conseil National des Établissements Thermaux. « Le thermalisme représente 33 millions d’euros de retombées économiques pour le département chaque année. Si les remboursements étaient amputés de 80 %, ce serait une catastrophe pour notre territoire. »
Moins d’eau, plus de médicaments
Et la dirigeante de souligner le paradoxe d’une réforme censée économiser 200 millions d’euros à l’échelle nationale. « Le thermalisme rapporte 4 milliards d’euros à l’économie française. Pour économiser 200 millions, on est prêt à sacrifier 80 % de ces revenus : c’est une fausse bonne économie. »
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Marie-Hélène Blanque balaye également l’argument du gouvernement qui avance que l’efficacité des cures thermales n’est pas médicalement reconnue. « À chaque projet de budget, on remet en cause les bienfaits des cures sur la santé. Pourtant, de nombreuses études, notamment celles de l’Association française pour la recherche thermale, ont démontré les bénéfices sur les pathologies chroniques comme les rhumatismes ou l’anxiété. Si cette proposition est adoptée, les curistes n’auront plus les moyens de venir. Ils se tourneront vers les soins de ville (kiné, rhumatologie) et consommeront davantage d’anti-inflammatoires. Ce n’est pas ainsi que l’on fera des économies pour la Sécurité sociale. »
Si certains militent pour le développement du thermoludisme pour compenser les pertes, les professionnels du secteur restent sceptiques. « On ne peut pas remplacer huit millions de journées de soins par du bien-être », tranche Marie-Hélène Blanque.
L’effet domino
À Bagnères-de-Bigorre, première destination thermale du département, le maire Claude Cazabat redoute un effet domino. « J’ose espérer que ces décrets ne sortiront jamais. Ce serait une catastrophe économique. Cette année, nous avons accueilli 8 200 curistes et 150 personnes travaillent aux thermes. Autour, il y a les commerçants, les hôteliers, les loueurs de chambres d’hôtes, sans oublier les artisans qui entretiennent les bâtiments et les structures. »
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Au-delà des conséquences économiques, les professionnels du secteur s’inquiètent pour la santé des curistes. « À Capvern, nous proposons une cure de trois semaines post cancer du sein. Ce sont des femmes qui ont mis leur vie professionnelle entre parenthèses pour se soigner, et qui ont donc peu de revenus. La plupart bénéficient de l’ALD, et ne pourront plus venir chez nous si une telle mesure est adoptée », déplore Laurence Dulac, directrice des thermes de Capvern-les-Bains. « En début d’année 2026, l’ARS va valider un programme que nous proposerons aux femmes qui souffrent d’endométriose. Un parcours de soins global que nous avons conçu à la demande du corps médical. Car le thermalisme a changé de visage, nous offrons aujourd’hui ce que la médecine traditionnelle n’est plus en capacité de proposer. Avec ce qu’il se passe, tout pourrait être remis en question. »
Aux thermes de Capvern-les-Bains, 36,6 % des curistes bénéficient de l’ALD, et Laurence Dulac craint jusqu’à la survie même de sa structure. « Les gens ne viennent pas ici pour faire du tourisme. Ils viennent parce qu’ils sont malades. Avec 15 % de remboursements, je ne vois pas comment ça pourrait être viable. Il faut entendre la détresse qui est la nôtre. »