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« Nous allons redorer le blason de l’automne » : Rémi Dupouy dévoile un documentaire produit par Yann Arthus-Bertrand sur France 2
Ce mardi soir, à 21 heures sur France 2, est diffusé le documentaire « Voir l’automne, une saison en France » scénarisé par le naturaliste Rémi Dupouy, qui vit entre Calignac dans le Lot-et-Garonne et Argelès-Gazost dans les Hautes-Pyrénées. Rencontre avec un passionné passionnant.
L’automne ne jouit pas d’une bonne image dans l’imaginaire collectif, entre feuilles qui tombent, jours qui raccourcissent et premiers frimas. On s’attend pourtant à un contre-pied avec votre documentaire…
Au-delà de la mélancolie qu’elle nous inspire, l’automne est une saison extraordinaire. On a l’image du printemps qui est celle du renouveau de la nature. De mon point de vue de naturaliste, biologiquement, l’automne est une haute saison aussi importante. Il y a les migrations retour. C’est la haute saison des champignons qui sont les grands connecteurs de la forêt. Sans eux, il n’y a pas de vie car leurs racines souterraines qui s’étendent sur des kilomètres sont l’équivalent de connecteurs neuronaux qui permettent aux arbres d’échanger entre eux. C’est une des choses que l’on enseigne dans le film.



On vous suit…
L’intention était de dire cette saison est d’une importance capitale. Nous allons redorer ce blason. Car l’automne, ce sont des dorures à tous les niveaux. Au-delà de la couleur des arbres, les lumières sont extraordinaires car le soleil baisse un peu, donc elles sont rasantes, elles révèlent les formes.
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Quel a été votre rôle dans la création de ce documentaire ?
Mon complice Jérémy Frey est un orfèvre de l’image. Il y a quelques-uns de mes plans, mais ce n’est pas ma spécialité. Je suis sur le fond, la scénarisation, le naturalisme. C’était aussi mon rôle sur « Vivant » de Yann Arthus Bertrand. Son succès a été un antécédent « Voir l’automne ». C’est d’ailleurs le premier film produit par Yann qu’il ne réalise pas. Aussi, on a intégré le making-of dans le film. C’est un concept qu’on adore, on le fait beaucoup sur Ushuaïa TV.
Des images automnales captées de Sos à la Guadeloupe
Dans quel cadre s’est déroulé le tournage ?
Ce film est une fresque saisonnière. On part de la fin de l’été 2024 jusqu’à l’entrée en hiver, le 21 décembre. 60 jours de tournage en trois mois. On n’a pas triché en allant acheter des images à l’extérieur. À l’arrivée, un patchwork géographique pour rendre grâce à la biodiversité et aux paysages français, hexagonaux mais sans abandonner les outremers. Car lorsqu’on se rend là-bas, on sent bien une vraie douleur, née d’un sentiment d’abandon et d’ignorance de la métropole. Il faut assumer d’avoir des Dom-Tom car la France y mène des projets remarquables. Pourquoi le mettre toujours sous le tapis par peur du néocolonialisme ? Assumons la fierté française d’être présent dans le monde entier pour protéger des écosystèmes extraordinaires.
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Les Dom-Tom ont aussi un automne ?
On nous a un peu ri au nez quand on est arrivé. Mais en tirant les fils, on trouve ce qu’ils appellent la saison cyclonique dans les Caraïbes ou intersaison. Et certains disent saison automnale, pas l’automne. Mais c’est bien la saison où les cycles s’inversent, donc un impact sur la vie sauvage. En Guadeloupe, on a mis en exergue le rôle de protection de la mangrove.




Au milieu de vos séquences sur la nature, on retrouve aussi une vraie sensibilité humaine.
On est allé chercher des gens qui non seulement vivent à l’interface des milieux naturels particulièrement valorisés à l’automne et aussi un statut hybride. Une galerie de portraits qui incarnent un moment de l’automne et un milieu naturel donné : un apiculteur, jardinier, éleveur pépiniériste de Sos (lire encadré) ; une vigneronne ardéchoise qui considère qu’elle ne produit pas le vin seule mais avec le ver de terre, le lièvre, le blaireau et la grive ; un chasseur ornithologue dans la baie de Somme…

N’avez-vous pas eu peur de vous attaquer à des sujets clivants ?
France TV nous a suivis sur notre envie d’intégrer plutôt que d’exclure. L’opposition stérile entre les corps de métiers ou les corps de passion est un grand problème larvé de nos territoires. Chasseur, éleveur, écolo, environnementaliste… On entendra toujours ce dialogue polarisé. Tout le monde s’oppose. Moi, je veux exploser les dichotomies. Il y a beaucoup plus de points communs qu’on ne voudrait bien le laisser penser. Mon métier est un instrument de médiation, de dialogue.
J’ai peur qu’en se connectant plutôt virtuel (il touche son téléphone), on s’éloigne de cette implication dans le vivant qu’on devrait avoir
Pourquoi ce métier ?
J’ai une passion profonde pour le vivant. C’est une chance inouïe qu’il soit apparu sur cette planète. C’est remarquable à tout point de vue. Notamment quand les espèces entrent en contact, le champignon et l’arbre, les chiens et les brebis, etc. Donc si je fais ça, c’est un hommage au vivant. J’ai peur qu’en se connectant plutôt virtuel (il touche son téléphone), on s’éloigne de cette implication dans le vivant qu’on devrait avoir. Mon job est de faire appel à notre ancestralité, nos souvenirs à la ferme, en montagne, à la mer… Recréer des ponts entre nous et la nature en somme.
Y a-t-il eu un facteur déclenchant pour que vous preniez ce chemin ?
Je pense que c’est une philosophie. J’ai appris le naturalisme non pas par les sciences, mais par l’élevage. Avec mon grand-père, un jour, on a trouvé un œuf qui avait éclos trop tôt, le caneton était condamné. Cet instant-là, je le retiens comme un moment charnière. Je voyais le miracle de la vie sur la brèche. Ça m’avait interpellé. Depuis, je suis fasciné par les miracles de la nature.
Le Sotiate Julien Lanave dans le film
Attention, (petit) spoiler ! La séquence d’ouverture du documentaire de Rémi Dupouy et Rémi Frey se déroule… Dans l’Albret. À Sos précisément, sur l’exploitation de Julien Lanave, au milieu de ses ruches et de ses pousses de chêne-liège. « C’est un copain de lycée. On ne faisait que parler de nature ensemble, on était passionné. Puis on s’est perdu de vue pendant 20 ans », dévoile le Calignacais. Entre-temps, le Sotiate a été victime d’un accident de chasse qui le contraint à vivre sur fauteuil roulant.
« On s’est revu à la fête de la bière de Nérac et le jeudi suivant, j’étais chez lui pour bavarder. À l’issue de la journée, je lui ai proposé de faire partie du film. Ce qu’il fait chez lui est incroyable, son approche de la nature, des cycles saisonniers, son travail avec les enfants… Il montre que l’automne n’est pas un gros mot. »