Actualités Hautes-Pyrénées
Bagnères-de-Bigorre – L’adieu à Roland Bertranne, le “Petit taureau furieux” du rugby français
Mercredi 8 octobre, la ville de Bagnères-de-Bigorre s’est figée pour dire adieu à l’un de ses fils les plus aimés. L’église Saint-Vincent, trop petite pour contenir la foule, a résonné de l’émotion d’un pays tout entier venu saluer la mémoire de Roland Bertranne, légende du rugby tricolore et figure emblématique du Stade Bagnérais.
Il était à peine 15 heures lorsque le cercueil de Roland Bertranne, porté par ses amis, a franchi le seuil de l’église Saint-Vincent. Le silence, d’abord pesant, s’est bientôt mêlé aux sanglots, aux accolades. Dans la nef, un public nombreux et ému : Philippe Sella, Serge Blanco, Jean-Marc Lhermet, Jean Gachassin, Jean-Michel Aguirre, Philippe Dintrans, Aubin Hueber, des anciens du Stade Bagnérais, des élus, des Iboscéens, des Bagnérais, des amis, des anonymes… Tous rassemblés pour rendre un dernier hommage à celui qui incarna le rugby français dans sa plus belle définition : la loyauté, la fraternité et la modestie.

« Cher Roland, notre village est plongé dans une grande tristesse »
C’est Sylvain Pebay, représentant des Amis de Roland d’Ibos, qui prit le premier la parole. D’une voix tremblante, il rappela combien la trajectoire de Roland Bertranne s’enracinait dans son village natal : « Cher Roland, depuis jeudi dernier et l’annonce de ta disparition, notre village d’Ibos se trouve plongé dans une grande tristesse. Ce village qui t’a vu naître, qui t’a regardé grandir, ce village où tout a commencé. (…) Tu poseras là, la première pierre de ton chef-d’œuvre de sportif. À l’orée de la saison 69-70, tu troqueras le rouge et bleu d’Ibos contre le blanc et noir du Stade Bagnérais pour devenir le formidable joueur que tout le monde connaît. »
L’orateur évoqua avec émotion le 27 août 2022, jour où le terrain de rugby d’Ibos fut baptisé au nom de Roland Bertranne : « Désormais ton nom restera pour la postérité dans la pierre du village de tes ancêtres. (…) Sur un terrain, Roland, tu étais époustouflant de classe ; sur celui de la vie, grande fut ta modestie et ton humilité. Adieu Roland, on ne t’oubliera pas. »

Le Stade Bagnérais perd son emblème
Puis vint Patrice Padroni, président du Stade Bagnérais. Sa voix, empreinte de gratitude et de respect, fit revivre l’épopée sportive de Roland Bertranne, figure centrale du club et du rugby hexagonal : « Il est des hommes dont le nom, lorsqu’il résonne, fait naître à la fois le respect, l’émotion, la tendresse. Roland Bertranne était de cela. (…) Tu es repéré en 1968 par Jean Gachassin. L’année suivante, tu intègres le Stade Bagnérais et décroches ta première sélection en France B. En 1971, tu joues à Twickenham et marques ton premier essai. 69 sélections en équipe de France dont 46 d’affilée : un record inégalé. »
Le président rappela aussi les heures de gloire du Stade Bagnérais, finaliste du championnat de France en 1979 et 1981, sous la houlette de son capitaine emblématique : « Tu étais notre fierté, notre emblème, notre Petit taureau furieux. (…) Quand tu venais à Cazenave, tu n’étais pas Roland Bertranne l’international, tu étais simplement Roland, celui qui saluait, qui transmettait. Tu avais une élégance de cœur qui ne s’apprend pas. »
Avant de conclure : « Merci Roland pour tout ce que tu as donné. Merci d’avoir incarné le rugby dans ce qu’il a de plus noble : le courage, la loyauté, la camaraderie et la classe. Adieu Roland, mon ami. »

« Un homme souriant, réservé et à l’écoute de tous »
Le maire de Bagnères-de-Bigorre, Claude Cazabat, prit ensuite la parole, saluant à son tour celui qui fit rayonner la ville dans toute la France et bien au-delà : « Nous sommes réunis aujourd’hui pour un dernier adieu à un ami, notre ami à tous, qui aura marqué l’histoire de notre ville. (…) Roland, tu as fait connaître Bagnères-de-Bigorre dans toute la France, mais aussi à l’international lors des tournées avec l’équipe de France. »
L’élu évoqua avec émotion l’humilité et la simplicité de celui qui fut tour à tour joueur, capitaine, entraîneur et dirigeant : « Jamais tu n’as fait état de ton immense carrière. Ta modestie exemplaire faisait de toi un homme unanimement apprécié. (…) Ton engagement sur le terrain et dans la vie restera le symbole de ta personnalité. Ta droiture et ton caractère réservé doivent demeurer un exemple pour nous tous. »
Il annonça enfin son souhait de voir Roland Bertranne reconnu comme « membre bienfaiteur de la ville », en hommage à son œuvre sportive et humaine.

L’émotion d’une famille
Puis vint le moment le plus intime, celui des mots d’une famille triste, mais fière. Son fils Franck prit la parole : « Papa… Ces derniers jours, nous avons été ébahis par les centaines de personnes venues te voir, certains même de très loin, pour te faire une dernière passe. (…) Tu as tout donné pour le rugby, mais surtout pour ta famille. Et c’est une très grande fierté d’avoir été tes enfants, mon petit papa. »
Puis Davina ajouta avec douceur : « Tout au long du plus beau match de ta vie, tu auras été un papa extraordinaire. Tu nous auras couverts de tout l’amour qu’il t’était possible de nous donner. Tu auras été aussi un grand-père merveilleux. »
Et tous deux conclurent d’une même voix : « Toi qui as voyagé dans le monde entier, petit papa, nous espérons que ces mots d’amour te guideront pour ton ultime voyage. »
Sous les applaudissements, un dernier au revoir
Lorsque le cercueil quitta l’église, la foule se leva, spontanément. De longs applaudissements éclatèrent, portés par l’émotion. Devant le parvis, les jeunes joueurs du Stade Bagnérais formèrent une haie d’honneur, leurs maillots noir et blanc serrés contre le cœur. Ce mercredi, Bagnères-de-Bigorre a perdu bien plus qu’un champion. Elle a dit adieu à un homme vrai, fidèle, humble et généreux — un pilier du rugby français, un passeur de valeurs. Et dans le murmure du vent sur les coteaux d’Ibos et au pied du Pic du Mid de Bigorre, résonne encore le souffle d’un certain “Petit taureau furieux”, qui, jusque dans son dernier match, aura su rester un géant de modestie.

Les Amis de Roland d’Ibos
Sylvain Pebay pour « Les Amis de Roland » d’Ibos : « Cher Roland, depuis jeudi dernier et l’annonce de ta disparition, notre village d’Ibos se trouve plongé dans une grande tristesse. Ce village qui t’a vu naître, qui t’a regardé grandir, ce village où tout a commencé. Nous sommes en 1965, sous l’impulsion du maire Pierre Comet et de Denis Pécassou, président de l’association Ibos Sports et Loisirs Rugby. Le rugby iboscéen reprend officiellement son essor après des années de sommeil. La conscription 69, à laquelle tu appartenais, Roland, formera l’ossature de l’équipe junior du village. Elle disputera, durant la saison 66-67, son premier championnat Armagnac-Bigorre. Pendant trois saisons, tu en seras le capitaine, la figure de proue, forçant déjà l’admiration de toute une région. Tu avais à peine 18 ans. Tu poseras là la première pierre de ton chef-d’œuvre de sportif. À l’orée de la saison 69-70, tu troqueras le rouge et bleu d’Ibos Sports et Loisirs contre le blanc et noir du Stade Bagnérais pour devenir le formidable joueur que tout le monde connaît. Bien des années plus tard, précisément le 27 août 2022, devant une telle carrière, un tel palmarès, nous, Les Amis de Roland, avons pu concrétiser notre rêve en baptisant le terrain de rugby d’Ibos. Désormais, ton nom restera, pour la postérité, gravé dans la pierre du village de tes ancêtres. C’est la plus belle récompense que nous pourrions t’offrir. En sorte, la dernière pierre qui met un point final à ton chef-d’œuvre. Malgré notre peine, nous, les conscrits, les juniors et Les Amis de Roland, souhaitons t’exprimer notre fierté d’avoir pu, les uns et les autres, partager ici ou là un peu de ton vécu. Te dire que nous gardons et garderons ces souvenirs qui fleurissent nos mémoires et resteront les témoins privilégiés des moments forts de notre jeunesse. Te dire aussi qu’il est des hommes, Roland, qui ont su laisser, au terme de leur carrière sportive, une trace indélébile. Des hommes qui ont su écrire l’histoire d’un club, d’une ville — Bagnères-de-Bigorre — d’un village, Ibos, et certainement quelques-unes des plus belles pages du rugby français. Te dire enfin que, sur un terrain, Roland, tu étais époustouflant de classe, et que, sur celui de la vie, grandes furent ta modestie et ton humilité. Adieu Roland, on ne t’oubliera pas. »
Le Stade Bagnérais
Patrice Padroni, président du Stade Bagnérais : « Chers amis du Stade Bagnérais, chers amis du rugby, il est des hommes dont le nom, lorsqu’il résonne, fait naître à la fois le respect, l’émotion et la tendresse. Roland Bertranne était de ceux-là. Aujourd’hui, c’est le cœur serré que nous te rendons hommage, et pourtant, au milieu de la tristesse, il y a aussi de la gratitude : celle d’avoir eu la chance de croiser la route d’un homme comme toi. Roland, tu étais un rugbyman et un homme d’exception. Un parcours qui force l’admiration. En effet, tu es repéré en 1968 par Jean Gachassin alors que tu étudies au lycée Victor-Duruy et que tu joues en junior à Ibos. La saison suivante, tu intègres le Stade Bagnérais et décroches ta première sélection en France B. Ta première sélection en France A ne tarde pas : tu es retenu pour jouer contre l’Angleterre à Twickenham en 1971. Tu y marques ton premier essai international en équipe de France A ce jour-là, sur une passe au pied de Jean-Louis Bérot. 69 sélections en équipe de France, dont 46 d’affilée : un record inégalé encore aujourd’hui. Un pilier du XV tricolore, où le rugby sentait encore le cuir, la terre et la fraternité. Deux Grands Chelems marqueront ton passage dans le XV de France. Au Stade Bagnérais, tu étais notre fierté, notre emblème, notre Petit taureau furieux — ce surnom que tu portais avec autant d’énergie que de malice. Sur le terrain, avec tes coéquipiers, tu as amené le Stade Bagnérais deux fois en finale du championnat de France, en 1979 et en 1981 ; tu en étais le capitaine. Hors du terrain, tu souriais et avais toujours une parole juste, un regard bienveillant pour encourager nos jeunes. Roland, c’était cela : un gentleman. Fort, rugueux parfois, mais toujours loyal, déterminé et d’une humilité rare. Quand tu venais à Cazenave, tu n’étais pas Roland Bertranne l’international, tu étais tout simplement Roland, celui qui s’arrêtait pour saluer, pour transmettre. Tu étais présent à tous les matchs de jeunes. Tu avais une élégance de cœur qui ne s’apprend pas, cette humilité tranquille, silencieuse, qui fait que ta présence éclairait les autres sans jamais chercher à briller. Aujourd’hui, le Stade Bagnérais perd un joueur, un entraîneur, un président — celui qui s’engagea alors que le club était aux portes de la relégation. Ton esprit restera. Il vivra dans chaque décalage, chaque plaquage, dans chaque maillot noir et blanc, ainsi que dans chaque jeune qui voudra te ressembler. Merci, Roland, pour tout ce que tu as donné. Merci d’avoir incarné le rugby dans ce qu’il a de plus noble : le courage, la loyauté, la camaraderie et la classe. Martine, Franck, Davina… soyez sûrs de notre soutien dans cette terrible épreuve. Vous pouvez compter sur moi et sur nous. Adieu Roland, mon ami. »
La ville de Bagnères
Claude Cazabat, maire de Bagnères-de-Bigorre et ancien président du Stade Bagnérais Rugby : « Nous sommes réunis aujourd’hui pour un dernier adieu à un ami — notre ami à tous — qui aura marqué l’histoire de notre ville. Roland, tu as fait connaître, après ton village d’Ibos, la ville de Bagnères-de-Bigorre dans toute la France, mais aussi au niveau international, lors des tournées que tu as pu faire avec l’équipe de France. Du lycée Victor-Duruy au Stade Bagnérais Rugby, avec l’installation de votre magasin de sport avec Martine rue Victor-Hugo, chacun de nous gardera de toi l’image d’un homme souriant et agréable, réservé et à l’écoute de tous, aimant tout simplement les autres. Jamais tu n’as fait état de ton immense et talentueuse carrière de joueur — que ce soit ton capitanat au Stade Bagnérais, ton record de sélections en équipe de France, ou encore tes fonctions de dirigeant du comité puis de dirigeant fédéral. Ta modestie exemplaire a fait que tu sois très apprécié et que tu fasses l’unanimité auprès de nous tous. Tu nous auras apporté beaucoup de bonheur, à tous, que ce soit avec le Stade Bagnérais ou avec l’équipe de France, et beaucoup de fierté. J’ai toujours dit, en qualité de dirigeant du Stade, puis depuis que j’exerce la fonction de maire, que nous n’avions jamais mesuré la chance que nous avions eue d’avoir une aussi belle équipe, qui nous a fait vivre des moments extraordinaires, qui a fait du Stade Bagnérais un porte-drapeau et un ambassadeur de notre ville, et qui a permis au club d’être reconnu partout. Ce passé glorieux doit motiver aujourd’hui les dirigeants et les joueurs, qui doivent défendre une identité, même si c’est à un niveau différent. Roland, tu seras reconnu, très certainement — puisque je le proposerai — comme un membre bienfaiteur de notre ville. Tu as été un joueur de haut niveau — nous ne le disions pas à l’époque —, nous t’avons tous admiré. Mais tu auras aussi été un dirigeant présent dans tous les moments difficiles qu’a pu connaître notre club. Roland, tu as toujours su avoir les mots justes pour trouver des solutions en tant que dirigeant, mais aussi, j’en ai été témoin, pour sublimer les joueurs lors d’un enjeu important pour le club, ou mieux encore, pour aider un joueur à se révéler. Ton engagement sur le terrain et dans ta vie quotidienne restera comme le symbole de ta personnalité. Ta droiture et ton caractère réservé doivent demeurer un exemple pour nous tous. Merci, Roland, pour tous les bons moments partagés avec toi en club, mais aussi pour le soutien discret apporté à tes amis dans les moments difficiles. Au nom de la ville et de la municipalité, je présente toutes mes condoléances à ta famille — cette belle famille qui t’aura soutenu de manière exemplaire tout au long de ton dernier combat. Adieu Roland. »
La famille
Franck, fils de Roland Bertranne : « Papa, avec ma sœur, il nous tenait profondément à cœur de t’exprimer ces derniers mots. Nous avons été ébahis, ces derniers jours, par la centaine de personnes venues te voir, certaines même de très loin, tes amis, pour te faire une dernière passe. Nous avons été également époustouflés par ces milliers de témoignages sur les réseaux sociaux, les journaux du monde entier qui ont décrit ta générosité, ta flamboyance et surtout ton humilité — dans le rugby, évidemment, où tu as tout donné, mais aussi dans toutes les anecdotes où tu as marqué les gens à tout jamais. Grâce à l’immense courage de maman, tu auras pu rester chez toi jusqu’au bout, jusqu’à ton dernier souffle. Tu as attendu que je passe, comme tous les matins, et que ma petite sœur arrive. Mais ce qu’on voulait te dire une dernière fois, c’est que tu as aussi tout donné pour ta famille, sans jamais rien lâcher. Et c’est une très grande fierté d’avoir été tes enfants, mon petit papa. »
Davina, fille de Roland Bertranne : « Tout au long du plus beau match de ta vie, tu auras été un papa extraordinaire. Tu nous auras couverts de tout l’amour qu’il t’était possible de nous donner. Tu auras été aussi un grand-père merveilleux, en t’occupant de tes trois petits-enfants et en les chérissant. »
Davina et Franck : « Toi qui as voyagé dans le monde entier, petit papa, nous espérons que ces mots d’amour te guideront pour ton ultime voyage. »