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Pyrénées – « Dans nos vallées, le recrutement devient un véritable défi » : les sapeurs-pompiers volontaires face à la crise de l’engagement
À Barèges comme dans plusieurs vallées pyrénéennes, trouver des sapeurs-pompiers volontaires devient un défi quotidien. Faute de logements accessibles et face à l’évolution des modes de vie, les centres de secours ruraux voient leur bassin de recrutement se réduire. Président de l’UDSP 65, Benoît Tronguet-Marty explique les difficultés rencontrées sur le terrain et les solutions mises en œuvre pour préserver ce maillon essentiel de la sécurité civile des habitants.
Entre difficultés de recrutement, manque de disponibilité en journée, crise du logement dans certains secteurs de montagne et évolution des modes de vie, les sapeurs-pompiers volontaires des Hautes-Pyrénées doivent relever de nouveaux défis. Président de l’Union départementale des sapeurs-pompiers des Hautes-Pyrénées (UDSP 65), Benoît Tronguet-Marty dresse un état des lieux sans détour de la situation, tout en rappelant que l’engagement volontaire demeure indispensable au fonctionnement des centres de secours.
« Le recrutement dépend fortement des bassins de population »
La Semaine des Pyrénées : Quelle est aujourd’hui la situation des sapeurs-pompiers volontaires dans les Hautes-Pyrénées ? Recrute-t-on facilement ?
Benoît Tronguet-Marty : Oui et non. Il y a des secteurs où c’est plus facile que dans d’autres. Par exemple, sur l’agglomération tarbaise, nous avons régulièrement des personnes qui souhaitent intégrer un centre de secours et découvrir le monde des sapeurs-pompiers. En revanche, dans les secteurs plus éloignés, Maubourguet, Trie sur Baise… ou certains fonds de vallée, comme Barèges, Saint Lary…c’est beaucoup plus compliqué. Lorsqu’il manque du travail sur place, les habitants descendent plus bas dans la vallée pour s’installer. Résultat : le bassin de recrutement se réduit. À Barèges, il existe aussi une problématique d’accès au logement. Avec le nombre important de résidences secondaires, les habitants du territoire ont de plus en plus de difficultés à se loger sur place. Ils quittent donc la commune et ne peuvent plus assurer leur engagement dans le centre de secours local. Dans ces petits centres ruraux, il faut non seulement habiter sur place, mais aussi avoir la fibre de l’engagement. Et nous constatons également que la durée moyenne d’engagement diminue.
« La société a changé, les pompiers aussi »
Pourquoi les volontaires restent-ils moins longtemps engagés qu’auparavant ?
Les modes de vie ont évolué. Aujourd’hui, il y a davantage de loisirs, les situations familiales sont différentes, les séparations existent, il faut s’occuper des enfants. Nous ne sommes plus dans la même société qu’il y a quarante ans. Il faut aussi reconnaître que l’engagement est devenu plus compliqué dans une société de plus en plus individualiste. Être sapeur-pompier volontaire, c’est donner de son temps. Et lorsqu’une personne est présente et disponible, elle est naturellement davantage sollicitée parce que l’activité opérationnelle doit être assurée. Or cette activité repart à la hausse après une légère baisse observée depuis la période du Covid. Il faut donc des femmes et des hommes pour monter dans les véhicules d’intervention.
« Le plus difficile, c’est de trouver du monde en journée »
Où se situe aujourd’hui la principale difficulté ?
Le vrai problème, c’est la disponibilité en journée. Les sapeurs-pompiers volontaires travaillent. Nous avons perdu beaucoup d’agriculteurs parce qu’ils sont eux aussi de moins en moins nombreux. Les artisans aussi sont plus difficiles à mobiliser. Lorsqu’un client signe un devis, il souhaite que le travail soit réalisé comme prévu. Les reports liés à un départ en intervention sont moins bien acceptés qu’autrefois. Nous avons également moins d’employés communaux disponibles. Avec les regroupements intercommunaux, les agents travaillent parfois loin de leur caserne de rattachement et les élus doivent également composer avec leurs contraintes de gestion. Il faut préciser que beaucoup de maires jouent le jeu, mais la réalité est là : il devient difficile d’avoir suffisamment de personnel dans les camions pendant les journées de semaine. Pourtant, c’est à ce moment-là que l’activité est la plus importante. La nuit et les week-ends, nous arrivons généralement à assurer les effectifs, mais ce ne sont pas forcément les périodes où l’activité est la plus forte.
« Tout le monde est mobilisé pour trouver des solutions »
Faut-il s’inquiéter pour l’avenir du volontariat ?
Tout le monde travaille ensemble pour trouver des solutions. La direction du SDIS et son président, Bernard Poublan, l’Union départementale, les chefs de centre, les présidents d’amicales, nos parlementaires, les élus locaux, la préfecture, les maires … Nous développons notamment les conventions de disponibilité avec les employeurs. Nous rapprochons aussi les formations des centres de secours. Là où auparavant il fallait souvent se rendre à la direction départementale, des formations sont désormais organisées à Saint-Lary, Lannemezan, Vic-en-Bigorre ou Lourdes afin de limiter les déplacements. Personne ne dispose aujourd’hui d’une solution miracle, mais chacun cherche des pistes pour faciliter et surtout fidéliser l’engagement.
Quel rôle joue l’Union départementale dans cette démarche ?
Notre mission consiste notamment à fidéliser les sapeurs-pompiers volontaires. Nous mettons en place des partenariats permettant d’obtenir certains avantages, notamment auprès du Crédit Agricole, de Groupama ou de Tempos, qui propose des réductions pour les sapeurs-pompiers et leurs familles dans la vie quotidienne, les loisirs ou les vacances. Nous travaillons également avec le Conseil départemental pour faciliter l’accompagnement social lorsque des difficultés surviennent. Par ailleurs, chaque amicale dispose d’une caisse de solidarité. C’est notamment pour alimenter cette caisse que les pompiers distribuent leurs calendriers. Bien sûr, elle contribue aussi à financer certaines activités conviviales, comme la Sainte Barbe ou l’arbre de noël, mais sa vocation première est d’aider les familles confrontées à un décès, une maladie ou toute autre difficulté. La solidarité envers nos membres reste la mission fondamentale de l’Union départementale.
« Les difficultés sont les mêmes partout en France »
Les Hautes-Pyrénées sont-elles davantage touchées que les départements voisins ?
Non. Ce que nous observons chez nous est un phénomène national. Que l’on soit dans un département très urbain ou dans un territoire plus rural, les problématiques sont similaires. Même dans les grands départements, il existe des centres de secours qui rencontrent des difficultés de recrutement et de disponibilité. Nous sommes tous confrontés aux mêmes évolutions de société et aux mêmes enjeux d’engagement.
Les jeunes sapeurs-pompiers, un vivier essentiel
Les jeunes sapeurs-pompiers constituent-ils une réponse pour l’avenir ?
Oui, c’est un dispositif très important. Les jeunes sapeurs-pompiers peuvent intégrer la formation à partir de 14 ans. Le cursus dure trois ans et les conduit jusqu’à 17 ans environ. Chaque année, une vingtaine de jeunes obtiennent leur brevet. À l’issue de cette formation, ils peuvent rapidement devenir opérationnels et intégrer les équipes d’intervention. Au-delà des compétences techniques, cette formation transmet surtout un savoir-être. C’est un point auquel je suis particulièrement attaché. Même lorsqu’un jeune ne poursuit pas ensuite son engagement parce qu’il part faire des études ou suit un autre parcours de vie, j’espère qu’il conservera les valeurs apprises durant ces années. Et rien n’empêche un retour plus tard.
« On recrute à tous les âges »
L’engagement est-il réservé aux plus jeunes ?
Pas du tout. Nous recrutons à tout âge. Bien sûr, il y a les jeunes sapeurs-pompiers entre 14 et 18 ans, mais pour devenir volontaire, il est possible de s’engager entre 18 et 50 ans, voire plus. Nous accueillons régulièrement des personnes déjà installées dans leur vie familiale et professionnelle, âgées de 25, 30, 40 ans, voire plus de 50 ans. Chaque personne qui souhaite donner de son temps et qui est motivée est la bienvenue.
Une féminisation croissante des effectifs
La féminisation progresse-t-elle dans les casernes ?
Oui, et c’est une très bonne chose. La présence de femmes dans les ambulances ou dans les véhicules d’intervention peut rassurer certaines victimes. Et il n’y a aucune différence de capacité dans l’exercice des missions de sapeur-pompier. D’autant plus que 80 % de l’activité concerne aujourd’hui le secours à personne. Les incendies ou les accidents représentent une part bien moins importante qu’autrefois. Les besoins de secours augmentent notamment parce que la population vieillit. Lorsqu’une personne âgée chute à son domicile et qu’il n’y a personne pour l’aider, ce sont souvent les sapeurs-pompiers qui interviennent.
Comment devenir sapeur-pompier volontaire ? Quelles démarches doit effectuer une personne intéressée ?
Il faut simplement prendre contact avec le centre de secours le plus proche de son domicile. La personne peut rencontrer le chef de centre, qui lui expliquera l’ensemble des démarches et du parcours de formation. Il faut savoir qu’il existe plusieurs possibilités d’engagement. Certaines personnes choisissent dans un premier temps de se consacrer uniquement au secours à personne pour pouvoir intervenir dans une ambulance mais avec le temps, beaucoup découvrent les autres missions, prennent confiance et décident ensuite de suivre les formations incendie pour intervenir également sur les feux.
Combien de temps dure la formation ?
En moyenne, elle représente six semaines. Elle n’est pas forcément réalisée d’un seul bloc et peut être étalée sur une période de trois ans.
« Nous restons relativement préservés des agressions »
Les agressions contre les sapeurs-pompiers constituent-elles une préoccupation dans le département ?
Nous restons plutôt préservés dans les Hautes-Pyrénées, même si les insultes existent, que ce soit au téléphone lors des appels d’urgence ou sur le terrain. Le SDIS encourage systématiquement les sapeurs-pompiers, qu’ils soient volontaires ou professionnels, à porter plainte lorsqu’ils sont victimes d’une agression verbale ou physique. Le phénomène existe partout et semble progresser, mais nous sommes moins exposés que certains grands départements.
« Venez frapper à la porte de votre caserne »
Un dernier message ?
Venez vous engager. Venez frapper à la porte de votre caserne. Nous vous accueillerons avec plaisir et nous vous expliquerons comment rejoindre la famille des sapeurs-pompiers.