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Juillan. Antonin Betbèze c’était mon grand-père


Il est des noms de lieux, de monuments, de villes ou patronymiques indélébiles pour les hauts faits qu’ils commémorent.

Chez nous, il en est un qui se démultiplie dans une maison bigourdane à laquelle est annexé un fournil doté d’une haute cheminée en briques, dans le nom d’une rue, celui d’une placette et d’une pépinière jusqu’en 2007. Ce nom, Betbèze de la maison Casavan, signé par quatre générations de tradition agricole, perdure. Des quatre enfants, Marguerite est décédée à dix ans, Marie-Thérèse a vécu au foyer jusqu’en 2011 tandis que Jean et Antonin ont porté loin leur nom.

Leur rue de naissance est dédiée à Jean, le boulanger justement, tué à la guerre en 1940. Âgé de 20 ans, il n’avait pas eu le temps de fonder une famille. Son four repris par Jean Séré s’est arrêté en 1970. L

a placette, à l’angle de la rue Maréchal Foch et des Pyrénées, porte celui d’Antonin qui, né en 1910, va recevoir les honneurs posthumes ce 7 juin.

Engagé à 24 ans, il a été cité Compagnon de la Libération par décret du 26 septembre 1945, à trente-cinq ans. Cette haute distinction, après la Légion d’honneur, instituée par le général de Gaulle récompense ceux qui ont œuvré pour la libération de la France.

Christelle, l’unique petite-fille d’Antonin, née soixante-et-un ans plus tard, l’appelait parrain parce qu’il l’avait portée sur les fonts baptismaux. Habitant Nice, il revenait chez lui. Avec une affectueuse considération, elle confie : « Dans ma tête de petite fille, je garde le souvenir de cet homme attentionné qu’était mon grand-père, bon, simple, d’une belle prestance. J’attendais sa venue avec impatience et les quelques jours qu’il passait en famille étaient pour moi des jours de fête. J’ai toujours le souvenir de sa voix. Je savais qu’il avait fait la guerre mais je ne voyais pas le colonel qu’il était devenu. Ce n’est que bien plus tard que j’ai eu connaissance de son parcours exemplaire, exceptionnel. Son livre « Qui ose gagne « (1946), c’était sa devise, fait état de sa fougue, de son endurance, de sa témérité, de son altruisme et de sa bienveillance pour mener les soldats. Ce qui m’espante aussi c’est qu’à peine pris, il préparait son évasion suivante. Sa carrière militaire avait pris le dessus, l’armée c’était sa vie, son autre famille. Mais il restait soucieux de la nôtre, celle de son cœur. Nous comptions pour lui. Il s’en est sans doute nourri dans ses moments de prison, de résistance, de combat.

En février 1993 lors de son inhumation au caveau de famille où il voulait être, j’avais vingt-deux ans. C’était trop tôt pour moi. De là-haut, il sera fier de cette célébration en son honneur. Moi, je le suis. »

La promotion 2019 de l’École militaire de formation des officiers de l’Air et de l’Espace à Salon-de-Provence porte le nom d’Antonin Betbèze qui fut également élève et formateur à l’École militaire de Saint-Maixent. Partout, il s’est viscéralement surpassé pour la Liberté. Notre devoir ? Ne pas l’oublier.



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