Actualités Juillan

Meurtre de Juillan : les accusés autrefois unis par un pacte de silence se déchirent en plein procès


l’essentiel
Au deuxième jour du procès de trois membres d’une même famille accusés du meurtre de Max-Paul Broutin, un Béarnais dont le corps a été retrouvé brûlé le 21 novembre 2021 à Juillan (Hautes-Pyrénées), les accusés se sont mutuellement accusés du pire.

Le procès du meurtre de Max-Paul Broutin, dont le corps a été lardé de 18 coups de couteau avant d’être brûlé dans un champ à Juillan (Hautes-Pyrénées) en novembre 2021, a pris un tournant inattendu.

En toute fin de cette éprouvante deuxième journée d’audience, Gérard Enterlin, désigné par ses coaccusés comme le meneur dans ce crime collectif, a tenu parole et pris la parole à la surprise générale.

Alors que son ex-beau-frère Grégory Blanchet et son ex-compagne Céline se sont mis l’un et l’autre en difficulté lors de leurs interrogatoires contradictoires, Enterlin, cet homme au lourd passé carcéral, a choisi de briser son silence pour livrer une version des faits qui a soufflé l’assistance.

Des témoignages discordants

Depuis le début du procès, Céline Blanchet peine à maintenir une ligne de défense cohérente. Confrontée aux déclarations de son frère Grégory, qui a assuré qu’elle a, comme tous, porté des coups de couteau à la victime, cette dernière s’est embourbée dans des explications confuses, oscillant entre minimisation et contradictions. « Je vais vous dire ce que je n’ai jamais dit : je crois avoir entendu Max-Paul faire un bruit ou un râle avant qu’il soit brûlé par Gérard. »

Son frère Grégory, de son côté, a livré le récit qu’il a toujours maintenu depuis son arrestation : « oui, j’ai donné des coups de couteau, mais c’est Gérard qui m’a forcé. Céline aussi l’a fait. On avait peur de lui.

« La victime était un ami à vous, et vous l’avez conduit à la mort. Pourquoi n’avez-vous pas appelé les secours ? Ou les gendarmes les jours suivants pour tout raconter ? » a demandé le président Neyrand à Céline Blanchet.

« J’ai essayé. Mais Gérard était tout le temps derrière moi pour ne pas que je parle. »Et le président d’insister. « Mais enfin, il ne vous suivait pas jusque dans les toilettes quand même. Vous auriez pu envoyer un message. »

« Elle est là la vérité « 

« Ça suffit. Il faut que les proches de la victime connaissent la vérité. »Jusqu’alors silencieux, Gérard Enterlin s’est levé. La voix qui porte, méthodique, l’homme gonflé d’assurance s’est adressé aux parties civiles.

 » J’ai passé 26 ans de prison. C’est pas un exploit. Mais j’ai une certaine force de caractère. »

Selon lui, la tension est montée au fil de la journée entre lui et la victime qu’il ne portait pas dans son cœur. » Personnellement, il était pas le bienvenu. Moi, je fais confiance qu’aux gens sûrs. Et les gens sûrs, ce sont les anciens détenus. »

La soirée aurait alors dégénéré lorsque Max-Paul Broutin aurait tenu des propos déplacés envers Céline Blanchet, sa compagne. « J’ai pris un couteau et j’ai frappé au front de Max-Paul avec le côté plat pour le calmer. Les enfants ont hurlé, j’ai dit à Céline de les monter à l’étage. »

Et de poursuivre, déterminé à convaincre. « J’ai pris l’arbalète, je lui ai mis trois coups avec la crosse. »Arme non chargée qu’il a confiée ensuite à Grégory pour qu’il la range, avant d’aller voir les enfants. En descendant, une altercation aurait éclaté : Max-Paul veut monter voir les petits, Enterlin lui met une gifle. L’homme réplique et blesse Enterlin au genou.

 » Ils m’ont assis sur une chaise et j’ai assisté à un véritable carnage. J’avais pas besoin de ça. » Selon lui, c’est à ce moment-là que Grégory et Céline se seraient acharnés sur la victime. Max-Paul, encore debout après les coups de couteau assénés par Gregory, va uriner dans le jardin avant de revenir s’asseoir sur le canapé. C’est alors que Grégory prend un lacet et l’étrangle, aidé par Céline. « Elle est là la vérité « a-t-il insisté.

Mais Enterlin ne s’est pas arrêté là. Il a affirmé avoir immédiatement pris soin d’effacer des traces et de semer des indices pour protéger ses arrières, conscient que l’affaire finirait aux assises. Puis, dans une déclaration glaçante, il a lâché : »C’est moi qui ai donné la mort puisque j’ai mis le feu à son corps. »

Une déclaration stratégique ?

Ce coup de théâtre a laissé la cour interloquée. »C’est faux ! » a hurlé Céline Blanchet qui a explosé. « Depuis le début, il n’assume rien. Avec Gregory, on y était à la reconstitution. »

Gérard Enterlin a-t-il tenté de se positionner comme le maître du jeu ? Un homme qui contrôle son destin, même face à la justice comme l’a suggéré Me Barnaba, avocat de plusieurs parties civiles.

Alors que le procès entre dans sa dernière phase ce vendredi, une question cruciale demeure pour les proches de la victime : où est la vérité dans tout cela ?



Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *