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Meurtre de Juillan : les témoignages accablants des enfants, témoins du calvaire de la victime
Au premier jour du procès de trois membres d’une même famille pour le meurtre de Max Paul Broutin, un Béarnais de 40 ans retrouvé brûlé dans le coffre de sa voiture à Juillan (Hautes-Pyrénées) le 21 novembre 2021, les accusés ont changé leurs positions sur ce crime collectif. Mais les témoignages des enfants présents à la soirée se heurtent à leurs versions.
Le procès de Gérard Enterlin, Céline Blanchet et Grégory Blanchet s’est ouvert ce mercredi devant la cour d’assises des Hautes-Pyrénées. Tous trois sont accusés du meurtre de Max-Paul Broutin, un Béarnais de 40 ans atteint d’un léger handicap mental, poignardé dans la nuit du 21 novembre 2021 avant que son corps ne soit chargé dans sa voiture et incendié à Juillan.
Dès l’ouverture du procès, le ton était donné. Gérard Enterlin, présenté comme le meneur par ses coaccusés, peu loquace depuis son arrestation, a persisté dans cette attitude devant la cour d’assises.
« Vous aviez dit aux enquêteurs que vous réserviez vos déclarations pour les jurés. Ils sont devant vous. Qu’avez-vous à leur dire ? » A tenté le président Nérand. « Bon courage » a lâché l’accusé.
De quoi jeter un froid dans la salle d’audience bondée, quand, au même moment, Céline et Grégory Blanchet ont éclaté en sanglots dans le box des accusés face aux proches de Max-Paul Broutin assis au premier rang.
Y a-t-il eu un meneur ?
Si Céline et Gregory Blanchet ont présenté des excuses à la famille Broutin, frère et sœur n’ont pas échangé un regard bien qu’ils soient assis à quelques centimètres l’un de l’autre. « J’ai cru comprendre qu’ils ne veulent pas de contact avec Gérard Enterlin », a signalé le président, qui a indiqué aux accusés qu’il ne tolérerait aucun incident.
Car depuis leur incarcération, les trois ont changé de position face au crime collectif qui leur est reproché. Gérard Enterlin charge Grégory Blanchet, qu’il accuse d’être le seul auteur des 18 coups de couteau constatés par le médecin légiste sur le corps du défunt.
Céline Blanchet, qui a avoué avoir poignardé la victime face aux gendarmes, s’est finalement rétractée. Désormais, elle reconnaît avoir participé au transport du corps à Juillan.
Seul Grégory Blanchet, sous curatelle renforcée pour un léger handicap mental, reste constant dans ses déclarations. « J’ai donné plusieurs coups de couteau. Mais j’ai fait ce que l’on m’a demandé de faire. » Depuis le début il maintient qu’il a agi sous la contrainte de son beau-frère qu’il qualifie de meneur.
Ce dernier assure qu’il a « seulement » aspergé d’essence Max-Paul Broutin qu’il pensait mort, et a allumé le feu. Une stratégie de défense qui a volé en éclat lorsque le rapport d’autopsie a confirmé que la victime respirait encore lorsque le trio l’a chargé dans le coffre de sa voiture.
« Ils ont tous participé à lui donner la mort »
« L’enquête a révélé que Max-Paul Broutin avait été invité chez Céline Blanchet à Azereix le soir du 20 novembre. Il avait apporté de la viande pour un barbecue. La soirée, marquée par une partie de belote, a dégénéré dans un climat d’alcoolisation et de tensions latentes », a témoigné la directrice d’enquête de la Section de recherches de la gendarmerie de Toulouse.
Interrogée par l’un des avocats des parties civiles sur l’existence d’un meneur dans le groupe, l’enquêtrice a estimé que chacun des accusés a participé à donner la mort à la victime.
« Celui qui a déclenché les hostilités, c’est Gérard Enterlin. Mais tous ont poignardé. On peut parler de massacre. » Et de préciser que la fille aînée de Céline Blanchet, alors âgée de 11 ans, a tenté de s’interposer entre son beau-père, qu’elle appelait papa, et Max-Paul Broutin qu’elle aimait beaucoup. Mais le trio était lancé, et les enfants sont montés tremblants à l’étage.
Aux gendarmes, les petits témoins qui ont regardé la scène depuis un trou dans le plancher d’une chambre à l’étage, ont rapporté des détails glaçants. « Qui commence ? »aurait lancé Gérard, couteau en main, qui a dénudé Max-Paul Broutin gisant au sol, et implorant ses bourreaux de le laisser partir.
« N’oublie pas notre secret »
De retour de Juillan au petit matin, le trio aurait imposé le silence aux enfants. « Lorsque nous avons interpellé le couple, les enfants étaient avec eux en voiture », a précisé la directrice d’enquête. » Au moment où les services sociaux les ont pris en charge, la fille aînée de Céline Blanchet a dit tout bas à son petit frère « n’oublie pas notre secret. Si on tient, papa (Gérard Enterlin), nous donnera 200 euros. »
Gérard Enterlin, qui a passé 20 ans de sa vie en prison, a assuré en début d’audience qu’il prendrait la parole en fin de procès. « C’est vous qui décidez en somme ? » a souligné le président Nérand.