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TEMOIGNAGE. « J’aimerais tellement retourner en cuisine » : après un AVC, un chef lutte pour se reconstruire
Victime d’un AVC en pleine Floride, Damien Cazaux a vu sa vie basculer. Entre combat pour sa rééducation et renaissance du bistrot familial, son parcours est une leçon de résilience. Peut-on vraiment tourner la page après un tel bouleversement ?
« Le 1er novembre 2022, c’était le début des vacances. Le soir même, tout a basculé. » Damien Cazaux, chef réputé du restaurant L’Aragon, à Juillan, s’effondre dans sa maison de location en Floride. « Je sortais de la douche, j’ai senti des pertes d’équilibre. Je tombais sur la gauche. » Sa femme Alexandra comprend immédiatement la gravité de la situation. Damien fait un AVC. « Elle a appelé les secours. Ils sont arrivés en cinq minutes. »
Dans son malheur, Damien a la chance d’être transporté rapidement à l’hôpital de Fort Lauderdale, spécialisé en neurologie. « Ils m’ont opéré dans l’heure. » Deux semaines de coma, un mois en réanimation. Puis le retour en France, et un parcours de rééducation long et exigeant : clinique des Cèdres à Cornebarrieu, puis centre de rééducation fonctionnelle de Bagnères-de-Bigorre. « J’y suis resté quasiment un an en hospitalisation complète. J’ai eu la chance de tomber sur des équipes fabuleuses. Ils font plus que leur métier. Ce sont des gens avec une empathie impressionnante. »
Il réapprend à marcher à l’aide d’une grue
L’ancien chef passe près d’un an en fauteuil. Il réapprend à marcher avec une grue, se bat contre une hémiplégie du côté gauche. « J’ai le bras gauche qui se recroqueville. Pas de rotation, pas de pince. Je dois tout faire avec la main droite. » À cela s’ajoute une fatigue mentale intense. « Le cognitif me fatigue plus que le physique. Rien que sortir manger dehors devenait un effort considérable. »
Pendant ce temps, à Juillan, Alexandra et sa sœur Emeline affrontent un autre séisme : maintenir en vie l’établissement familial sans son pilier. « Psychologiquement, ça a été très dur. Il a fallu relancer la machine, se dire : on y va », confie Emeline. « On pensait ne jamais rouvrir », avoue Alexandra. Et pourtant, six mois plus tard, le bistrot redémarre. « On a préféré se concentrer uniquement sur la partie bistrot. On a arrêté l’hôtel et le restaurant gastronomique. »
Aujourd’hui, L’Aragon tourne à nouveau, du mardi au samedi, midi et soir. « Deux jours de repos, ça change tout pour l’équipe », souffle Alexandra. Damien reste en retrait, distille des conseils mais n’impose rien. « Je ne veux pas leur mettre une pression supplémentaire. »
De son côté, il poursuit sa rééducation à Bagnères, voit un kiné à Tarbes, s’inscrit à une salle de sport adaptée. « On a même pris un samoyède pour que je sorte marcher. Elle m’a fait tomber quelques fois, mais ça m’a boosté. » L’animal devient allié thérapeutique. « Les animaux, ça ne ment pas. »
Il pense parfois à l’avenir, envisage des reconversions, pourquoi pas l’enseignement. « J’ai aimé participer au jury de Job’Chef. Donner des cours me plairait. » Mais la frustration demeure. « J’aimerais tellement retourner en cuisine. La main ne répond pas. Les infos passent dans le cerveau, mais le corps ne suit pas. » La résilience n’est pas une chose aisée. Ce n’est jamais facile de se sentir diminué, surtout à 44 ans.
Un temps, il a caressé le rêve d’une étoile Michelin. « Je côtoyais des chefs étoilés, meilleurs ouvriers de France. J’en souffrais parfois. Mais aujourd’hui, je me dis que faire vivre des familles, voir le parking plein, c’est peut-être la plus belle récompense. Et puis, je suis en vie, je marche, je me sens de mieux en mieux. »
Pour Emeline et Alexandra, le bilan est clair. « On peut être fières de nous. On a réussi à le remonter toutes seules. On a reconstruit une super équipe. » Une aventure humaine qui dépasse la cuisine. « Ce sont de sacrées épreuves, mais on en ressort plus fortes. »