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Pyrénées – Zones blanches en montagne : le témoignage poignant d’un randonneur rescapé grâce à la solidarité et à la persévérance
À la suite de notre article paru le 9 novembre sur le bilan des interventions en montagne du PGHM et des CRS, Christian Pujol, randonneur expérimenté, a souhaité témoigner. Son expérience, marquée par une grave chute dans les Hautes-Pyrénées et l’impossibilité d’appeler les secours depuis une zone blanche, souligne les limites du réseau mobile en altitude et appelle à une meilleure sensibilisation des randonneurs.
En juillet dernier, lors de la troisième portion de sa traversée des Pyrénées d’est en ouest, Christian Pujol a été victime d’une chute sur un passage de blocs après le col des Gourgs Blancs, à 2 540 mètres d’altitude, sur la commune de Loudenvielle (Hautes-Pyrénées).
Une chute dans un secteur isolé du massif pyrénéen
Cette chute s’est soldée par une fracture du radius droit. Tentant d’appeler le 112, le numéro d’urgence européen, lui et son compagnon de randonnée ont effectué une douzaine de tentatives infructueuses. Aucune n’a abouti, faute de couverture réseau. « Je suis donc resté sur place tandis que mon camarade faisait demi-tour pour déclencher les secours », raconte Christian Pujol. En chemin, son compagnon a tenté à plusieurs reprises d’accéder au réseau mobile, sans succès. La zone, comme de nombreuses parties du massif pyrénéen, se situe en zone blanche, c’est-à-dire sans signal téléphonique.
Un sauvetage retardé par les conditions et le manque de réseau
Les PGHM de Bagnères-de-Luchon et de Pierrefitte-Nestalas ont lancé les recherches terrestres dans la soirée. « J’ai entendu le survol d’un hélicoptère vers 20h15, mais un plafond brumeux a empêché toute intervention directe », précise le randonneur.
Ce n’est que le lendemain matin, vers 8h15, qu’un groupe de huit randonneurs espagnols, équipés d’un Garmin InReach 2, a pu localiser précisément le blessé et transmettre ses coordonnées aux secours. « Ils sont restés à mes côtés jusqu’à l’arrivée des colonnes terrestres », se souvient-il avec émotion. Leur solidarité et la réactivité des équipes du PGHM ont permis un sauvetage efficace, évitant le risque d’hypothermie. Christian Pujol a ensuite été pris en charge à l’hôpital de Tarbes, où il salue « la qualité des soins reçus ».
Des zones blanches encore trop méconnues
Au-delà de sa mésaventure, le randonneur met en lumière une problématique encore sous-estimée : celle des zones sans réseau mobile dans les massifs. « Ma préparation de l’itinéraire n’a révélé aucun avertissement concernant les zones blanches », explique-t-il. Pourtant, ces zones demeurent nombreuses dans les Pyrénées, et leurs conséquences peuvent être graves en cas d’accident.
Ses recherches ultérieures lui ont permis de comprendre la complexité du sujet : selon la couverture des quatre opérateurs mobiles français, la connectivité varie considérablement. Il note aussi que certains téléphones, notamment les appareils Apple, captent mieux les réseaux étrangers proches ou faibles signaux que d’autres modèles Android.
Enfin, il rappelle que l’appel au 112 est parfois mal compris : il ne garantit pas la connexion si aucun réseau n’est accessible. Cette découverte l’a amené à revoir sa pratique en tant que formateur en secourisme.
Pour une meilleure information des randonneurs
Christian Pujol plaide aujourd’hui pour une pédagogie renforcée sur les zones blanches.
Selon lui, les acteurs de terrain, gardiens de refuges, offices de tourisme, associations de montagne, devraient être formés et impliqués dans la prévention : « Il conviendrait d’infléchir vers une pédagogie active et soutenue des acteurs de terrain, de telle sorte à les constituer alerteurs des randonneurs sur les massifs concernés. »
Cette information pourrait être relayée via les sites institutionnels, les offices de tourisme, les refuges, et même par des campagnes médiatiques saisonnières (radio, télévision, presse).
Des affichettes dans les refuges ou sur les sentiers pourraient rappeler un principe simple mais essentiel : « Un homme averti en vaut deux. »
Une leçon d’humilité et de courage
Malgré cette expérience douloureuse, Christian Pujol ne renonce pas à la montagne. Inspiré par une célèbre citation de Winston Churchill, il conclut avec optimisme : « Le succès n’est pas définitif, l’échec n’est pas fatal : c’est le courage de continuer qui compte. »
Il prévoit de reprendre la traversée des Pyrénées l’an prochain, mieux préparé et déterminé à sensibiliser les autres randonneurs aux réalités du terrain.
Son témoignage, à la croisée de la prudence et de la passion, résonne comme un appel à mieux connaître la montagne et à partager la culture du risque, condition indispensable pour que la randonnée demeure un plaisir sûr et partagé.