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Entretien avec Charlotte Barrau, naturopathe et thérapeute spécialisée dans le deuil


Elle explique comment elle accompagne les familles dans cette étape difficile et évoque aussi son étude sur des expériences de contact avec un défunt dans le parcours de soin de l’endeuillé, présentée début décembre dans le cadre du Congrès international
« La mort et ses exceptions » à Nancy.

Charlotte Barrau : Je suis naturopathe depuis huit ans et je me suis spécialisée dans l’accompagnement du deuil. Il n’existe qu’une seule formation universitaire en France, un cursus d’un an au sein de l’espace éthique de la faculté de médecine Paris-Saclay. J’aide les adultes, les enfants et les adolescents dans le cheminement de la perte, c’est un sujet qu’il est important pour moi d’humaniser. Je consulte en cabinet et à domicile et je propose des conférences et ateliers. Je suis également formatrice pour les structures de soin et les entreprises qui désirent former leur personnel sur la compréhension du deuil, ses spécificités, les attitudes et les outils aidants pour appréhender ces moments délicats et accompagner avec justesse. Ce sont des formations pragmatiques, je m’adapte aux besoins spécifiques. J’ai à cœur de sensibiliser aussi sur les expériences exceptionnelles autour de la mort, mon sujet de mémoire de recherche.

C. B. : Il s’agit avant tout d’ouvrir un espace d’écoute, sécurisé et sans jugement, où l’on peut tout dire. Nous vivons dans une société de performance où il nous est demandé de reprendre le travail rapidement, et sourire à nouveau, presque comme si de rien n’était. La religion est moins présente, et l’entourage souvent démuni. La réalité est que la vie ne sera plus la même, et que cela nécessite du temps et de l’attention pour l’intégrer. Certains deuils ne sont pas reconnus aujourd’hui dans notre société, même s’il y a des avancées, et on souffre sans légitimité sociale pour le dire : par exemple, le deuil périnatal, la perte d’un ami cher, ou encore celle d’un animal. On peut aussi mentionner les deuils anticipés, qui surviennent avant la perte réelle, souvent dans les cas de maladies évolutives ou de fin de vie, du fait du lien et de la relation qui ont profondément changé. Le travail de deuil favorise l’expression des émotions, tristesse extrême, colère, culpabilité, là où cela n’est pas possible. La naturopathie va accompagner la gestion du stress et des angoisses, venir renforcer le système immunitaire affaibli dû à l’immense fatigue, ou encore proposer une aide pour les problématiques de sommeil ou troubles alimentaires. J’utilise des techniques de cohérence cardiaque (respiration), de visualisation et de narration. L’enjeu de cette traversée dans l’océan du deuil va être d’aider la personne à solliciter ses ressources, créer ce nouveau lien intérieur avec l’être cher décédé, pour parvenir à réinvestir la vie.

C. B. : J’ai réalisé mon mémoire de recherche pour la faculté de médecine Paris-Saclay Espace Éthique sur les Vécus Subjectifs de Contact avec un Défunt (VSCD). Il s’agit d’expériences spontanées (non recherchées par le récepteur) et directes (pas de tierce personne type médium), qui peuvent avoir lieu pendant le sommeil ou à n’importe quel moment de la journée. La personne peut avoir différentes manifestations : tactile, visuelle, auditive, olfactive, ressenti de présence, et également des signes troublants (par exemple, la chanson préférée du défunt qui s’enclenche sur une radio éteinte). Selon une étude*, ces phénomènes sont vécus par 70 à 80 % des endeuillés. La recherche nous apprend qu’ils sont indépendants des croyances et ne doivent pas être considérés comme des hallucinations ou mécanismes de défense psychique intrinsèques au deuil. Surtout, ils sont vécus comme une aide précieuse dans le cheminement de deuil, et c’est ce que j’ai étudié.

C. B. : Mon enquête inédite s’intéresse à la place qui est faite (ou qui devrait l’être) aux expériences de contact avec un défunt dans le parcours de soin de l’endeuillé. Pour cela, j’ai croisé des témoignages de professionnels de l’accompagnement et de personnes endeuillées ayant eu un VSCD. Il est intéressant de savoir s’ils connaissent le phénomène et disposent des bonnes informations : ce qui caractérise ces expériences, ce qu’elles ne sont pas, s’ils savent que c’est une ressource dans la traversée du deuil. Je souhaitais savoir comment ces récits intimes sont accueillis, et pour quelles raisons les endeuillés n’osent pas partager leur expérience… L’enquête révèle un écart entre les connaissances actuelles de la recherche et celles des professionnels sur le terrain, ainsi que des attentes non comblées de la part des personnes qui les expérimentent. Vivre un contact avec un défunt est ambivalent, à la fois troublant et pourtant profondément transformateur : c’est important que ces expériences puissent être reconnues, légitimées, qu’on puisse rassurer sur leur caractère commun. Elles apportent à l’endeuillé un grand apaisement, et les messages transmis sont salvateurs. Après avoir vécu une telle expérience, la vision de la mort et le sens de la vie en sont pleinement modifiés. D’autres phénomènes sont également étudiés, comme les expériences de mort imminente (EMI), les regains d’énergie avant le décès, aussi appelés lucidité terminale, ou encore les visions de défunts en fin de vie qui sont rapportés par les unités de soins palliatifs ou les EHPAD. Bien que nous ne sachions pas encore les expliquer, la physique quantique est une piste sérieuse pour envisager une conscience non localisée. Je crois qu’il faut rester humble et ouvert pour poursuivre la compréhension de cet invisible.
*Streit-Horn, Holden & Smith, 2022.

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