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Handicap, accidents de service, reclassements impossibles : le collectif des « agents oubliés » dénonce des situations de plus en plus fréquentes


Réunis à Tarbes à l’initiative du syndicat CGT de la mairie, les membres du collectif des agents oubliés des fonctions publiques ont rendu publique une lettre ouverte adressée au Premier ministre. À travers plusieurs témoignages, ils dénoncent les difficultés rencontrées par des agents devenus handicapés après un accident de service, une maladie professionnelle ou des situations de discrimination. Leur objectif : obtenir l’ouverture d’un dialogue national sur l’application des droits existants dans les trois fonctions publiques.

Vendredi 19 juin, dans les locaux de la CGT de la mairie de Tarbes, le collectif des agents oubliés des fonctions publiques a organisé une conférence de presse consacrée à la situation d’agents publics confrontés au handicap après un accident de service, une maladie professionnelle ou des situations de discrimination. Le collectif affirme recevoir depuis plusieurs mois des témoignages provenant des trois versants de la fonction publique : territoriale, hospitalière et d’État. « Nous sommes ici aujourd’hui non pas pour défendre un cas individuel », a expliqué Gérard Courreye, intervenant au nom du collectif. « Depuis plusieurs mois notre collectif reçoit des témoignages provenant des trois fonctions publiques. Tous racontent des histoires différentes mais différentes difficultés reviennent sans cesse : le handicap, l’accident de service, la maladie professionnelle, les difficultés de reclassement, le maintien dans l’emploi, l’interruption de prise en charge de soins, une perte importante de revenus, la souffrance au travail, la difficulté d’accès à la justice administrative. » Selon lui, l’accumulation de situations similaires a conduit à la création du collectif. « Petit à petit, nous avons compris qu’il ne s’agissait probablement pas de situations isolées. C’est ainsi qu’est né le collectif des agents oubliés des fonctions publiques. »

Le soutien affiché de la CGT de la mairie de Tarbes

Premier à prendre la parole, Gilles Haurie, secrétaire du syndicat CGT de la mairie de Tarbes, a souligné le caractère inédit de cette mobilisation. « C’est une conférence de presse un peu atypique même si effectivement en ce qui concerne la CGT, elle trouve ça intéressant puisqu’on se retrouve entre une organisation syndicale, une association et un collectif et des élus politiques qui ont pris position sur ces questions-là. » Le responsable syndical estime que les difficultés évoquées par le collectif sont également observées dans les collectivités territoriales. « On s’aperçoit que de plus en plus il y a des difficultés notamment sur la reconnaissance », a-t-il déclaré avant d’évoquer les accidents de service. Selon lui, depuis la réforme qui prévoit une prise en charge à 90 % du salaire en arrêt maladie, certaines collectivités auraient davantage tendance à placer les agents en maladie ordinaire plutôt qu’à reconnaître un accident de service. « De plus en plus il est difficile de faire reconnaître un accident de service même quand effectivement tout est reconnaissable en la matière. » Le secrétaire de la CGT a également insisté sur les difficultés rencontrées par les agents en situation de handicap pour obtenir des aménagements de poste ou un reclassement professionnel. « Aujourd’hui quelqu’un qui est en situation d’handicap, quand on parle d’aménagement de poste, je vous explique pas les difficultés. On n’y arrive jamais. Un aménagement de poste, c’est jamais possible. » Pour lui, la prévention demeure insuffisante dans certains métiers particulièrement exposés à l’usure professionnelle. « On le sait, ce sont des métiers difficiles, lourds physiquement, parfois difficiles psychologiquement. Il faut anticiper, faire des formations, prévoir l’avenir avant que l’handicap n’apparaisse. »

Un livre blanc et une proposition de loi

Le collectif affirme avoir privilégié, dans un premier temps, la voie du dialogue institutionnel. « Nous avons souhaité travailler sérieusement », a indiqué Gérard Courreye. Selon lui, plusieurs mois de travail ont conduit à la rédaction d’un livre blanc rassemblant témoignages, recherches et analyses. « Ce livre blanc rassemble des mois de travail. Nous avons également rédigé une proposition de loi qui vise à renforcer la protection des agents publics devenus handicapés, victimes d’accidents de service, de discriminations, de situations de vulnérabilité. » Toujours selon le collectif, cette proposition de loi aurait été transmise durant l’été 2025 à l’ensemble des députés, sénateurs, membres du gouvernement ainsi qu’aux organisations syndicales.

Des courriers adressés à Matignon restés sans rendez-vous

Lors de la conférence de presse, Gérard Courreye est revenu sur les démarches engagées auprès du gouvernement. Il a indiqué que plusieurs courriers recommandés avaient été adressés au Premier ministre les 25 octobre 2025, 19 janvier 2026 et plus récemment par le biais d’une lettre ouverte. Le collectif a notamment rendu public un courrier daté du 5 mars 2026 émanant du cabinet du Premier ministre. « J’ai toutefois demandé à Roxane Mestrius, cheffe du pôle comptes publics et transformation publique, à Alix de Roubin, conseillère solidarité, à monsieur Axel Vandamme, conseiller fonction publique de vous recevoir », écrit le chef de cabinet dans ce courrier cité par Gérard Courreye. Mais selon ce dernier, aucun rendez-vous n’aurait encore été proposé. « Depuis cette date, nous avons effectué 14 appels téléphoniques à Matignon. (…) À ce jour, aucune proposition de rendez-vous ne nous a été faite. Aucune date ne nous a été communiquée. » Le collectif dit regretter « profondément cette absence de dialogue ».

Deux situations présentées comme emblématiques

Au cours de la conférence, le collectif a choisi de présenter plusieurs situations individuelles qu’il considère représentatives des difficultés rencontrées par certains agents publics et qui se passent dans le département des Pyrénées-Atlantiques.

Le cas d’Éliane

Le premier témoignage concerne une agente travaillant depuis vingt-quatre ans au sein d’un conseil départemental. Selon Gérard Courreye, cette agente aurait été victime en 2024 d’une agression commise par un supérieur hiérarchique. « L’expert mandaté par son employeur reconnaît l’accident de service. Le conseil médical confirme également l’accident de service. Pourtant, treize mois plus tard, son administration lui refuse finalement de reconnaître cet accident. » Toujours selon le collectif, cette décision aurait entraîné la perte de la protection fonctionnelle ainsi qu’une demande de remboursement d’environ 14 000 euros. « Aujourd’hui Éliane souhaite simplement reprendre son travail », a déclaré Gérard Courreye. « Elle ne demande ni privilège ni indemnisation exceptionnelle. Elle demande simplement de pouvoir continuer à exercer son métier. » Le collectif affirme vouloir privilégier une démarche de dialogue avec les responsables de la collectivité concernée.

« Notre démarche n’est dirigée contre aucune personne. Au contraire, nous souhaitons adresser un message de confiance au président du conseil départemental. »

Le cas de Gérard Courreye

Le second témoignage est celui de Gérard Courreye lui-même. Ancien casque bleu en Somalie et ancien sapeur-pompier volontaire, il explique avoir intégré ensuite la fonction publique territoriale. « Un matin, je suis arrivé à mon travail en bonne santé. Le soir, je suis ressorti handicapé suite à un accident de service officiellement reconnu devant un témoin. » Selon son récit, plusieurs signalements concernant la dangerosité du lieu de travail auraient été effectués avant l’accident. Après celui-ci, un reclassement sur un poste sédentaire aurait été préconisé par le médecin de la collectivité et validé par la commission de réforme. « À deux reprises, il sollicite un poste sédentaire compatible avec son état de santé. Ces demandes sont refusées », a-t-il expliqué. Le collectif affirme qu’un poste administratif aurait pourtant été disponible au sein de la collectivité concernée. Cette situation aurait finalement conduit à une mise à la retraite pour invalidité. « Aujourd’hui, Gérard ne demande ni privilège ni traitement particulier. Il demande simplement que l’agent qui entre valide dans la fonction publique et qui en sort handicapé puisse encore bénéficier d’un véritable droit de reclassement, de maintien dans l’emploi et à la dignité. »

La question de la prise en charge des soins

Gérard Courreye a également évoqué sa situation actuelle concernant la prise en charge de ses soins. « Après un accident de service reconnu dans ma collectivité, ma collectivité a décidé d’interrompre la prise en charge de mes soins. Depuis le 2 mai, je n’ai plus accès à la prise en charge de mes soins et de mes traitements dans les conditions dont je bénéficiais auparavant. » Selon lui, une procédure est en cours devant le tribunal administratif. « Le tribunal ne s’est absolument pas prononcé sur le fond du dossier. Le juge a uniquement estimé que les conditions d’urgence n’étaient pas suffisamment démontrées. » L’intéressé affirme vivre cette situation avec de lourdes conséquences sur sa santé. « Je suis au 48e jour sans médicaments et sans soins et ça fait trop mal. » À ses côtés, Gilles Haurie a dénoncé ce qu’il considère comme un décalage entre les procédures administratives et la réalité vécue par les personnes concernées. « Il souffre du matin jusqu’au soir. Il ne dort pas des nuits entières parce qu’il n’a pas accès aujourd’hui à ses médicaments. »

Un appel au respect des droits existants

Au-delà des situations individuelles présentées, le collectif affirme vouloir porter un débat plus large sur l’application des dispositifs déjà prévus par la loi. « Notre démarche est profondément républicaine », a insisté Gérard Courreye. « Nous demandons simplement que les lois existantes soient appliquées, que les avis médicaux soient pris en compte, que les agents handicapés soient maintenus dans l’emploi et que les soins liés aux accidents de service soient garantis. » Le collectif souhaite désormais être reçu par le Premier ministre afin de présenter son livre blanc et sa proposition de loi. « Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas », a affirmé Gérard Courreye. Avant de conclure en lançant un appel à de nouveaux témoignages provenant des trois fonctions publiques. « Derrière ces dossiers, il y a des femmes, des hommes et des familles. » Puis en citant la philosophe Simone Weil : « Il y a pire que la mort, c’est de ne plus être reconnu par les autres comme un être humain. » Pour le collectif, c’est précisément pour éviter que des agents publics se sentent « oubliés » que cette initiative a vu le jour.

Contact : 

Le collectif des agents oubliés des fonctions publiques indique recueillir des témoignages, y compris anonymes, à l’adresse suivante : collectif.agentoublies.fp@gmail.com

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Médecine du travail défaillante, maladies professionnelles insuffisamment reconnues, précarisation des agents : la députée des Hautes-Pyrénées soutient le collectif des agents oubliés des fonctions publiques et interpelle le gouvernement sur ses responsabilités. À l’occasion de la conférence de presse organisée à Tarbes par le collectif des agents oubliés des fonctions publiques, la députée La France insoumise des Hautes-Pyrénées, Sylvie Ferrer, a réaffirmé son soutien à cette démarche et dressé un constat particulièrement critique de la situation des agents publics confrontés à la maladie, au handicap ou aux accidents de service. Selon l’élue, les témoignages recueillis depuis plusieurs mois révèlent des dysfonctionnements qui dépassent largement des situations individuelles et interrogent la capacité de l’État à protéger ses propres agents.

Un soutien affiché au collectif depuis plusieurs mois

Sylvie Ferrer rappelle avoir rencontré Gérard Courreye et les membres du collectif à l’automne 2025. « Je réaffirme mon soutien à l’initiative de monsieur Gérard Courreye et du collectif des agents oubliés des fonctions publiques dans leur lutte contre les discriminations, les difficultés liées aux accidents de service, à la reconnaissance du handicap, à l’absence de médecine du travail, aux difficultés de reclassement et à la reconnaissance des maladies professionnelles. » La députée explique avoir été sensibilisée à ces problématiques par plusieurs agents publics rencontrés dans sa permanence parlementaire. Parmi eux, une agente de la fonction publique hospitalière atteinte d’une maladie grave dont la situation l’a particulièrement marquée. « Je peux vous dire que pour l’avoir vue, ce n’était pas minimisé », affirme-t-elle.

Une question portée jusqu’à l’Assemblée nationale

Le 25 novembre 2025, Sylvie Ferrer avait déjà porté le sujet devant l’Assemblée nationale à travers une question adressée au gouvernement sur l’application de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées. « J’avais posé une question au gouvernement concernant justement l’application de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées. » À la suite de cette intervention, elle affirme avoir été invitée à transmettre les situations signalées aux cabinets ministériels. Le 8 décembre 2025, elle adresse alors un courrier au gouvernement afin de solliciter une rencontre entre le collectif et les services concernés. Parallèlement, les membres du collectif obtiennent une réponse du cabinet de Sébastien Lecornu leur indiquant qu’un échange avec des conseillers ministériels pourrait être organisé. Pourtant, plusieurs mois plus tard, aucune rencontre n’a encore eu lieu. « Il y a eu des relances et cela n’a pas abouti à une rencontre, du moins jusqu’à ce jour », regrette l’élue. Pour elle, cette absence de rendez-vous traduit une certaine réticence gouvernementale à ouvrir le débat. « C’est quand même une preuve aussi que le gouvernement est gêné par ce sujet parce que cela va le confronter à ses responsabilités et aux difficultés que rencontrent les agents de la fonction publique dans leur ensemble. »

Le manque de médecine du travail dans le viseur

Parmi les sujets les plus préoccupants soulevés par la députée figure celui de la médecine du travail. Selon elle, plusieurs alertes lui sont remontées aussi bien dans les collectivités territoriales que dans les établissements hospitaliers. « Des agents du conseil départemental ont souligné l’absence de médecine du travail. Je les ai rencontrés récemment sur ce sujet. » Une situation qu’elle juge d’autant plus préoccupante qu’il s’agit d’une obligation légale. « Pourtant, il s’agit d’une obligation prévue par le code de la fonction publique. » L’élue affirme également avoir été alertée sur la situation des agents hospitaliers des Hautes-Pyrénées. « Les agents de la fonction publique hospitalière des Hautes-Pyrénées sont privés depuis plusieurs années d’un suivi régulier par un médecin du travail. » Face à cette situation, elle indique avoir déposé une question écrite au gouvernement dont elle attend encore la réponse. « Les risques professionnels sont souvent sous-évalués » Au-delà de l’absence de suivi médical, Sylvie Ferrer estime que les risques auxquels sont exposés certains agents publics demeurent insuffisamment pris en compte. « Les risques professionnels sont souvent sous-évalués, plaçant les agents dans des situations risquées sans suivi médical. » Elle cite notamment le cas des agents intervenant sur les routes départementales, exposés à des contraintes physiques importantes et à des risques professionnels élevés. La députée évoque également un accident du travail mortel survenu récemment. « On a vu récemment un accident du travail qui a causé la mort d’un très jeune garçon de 19 ans qui a été enseveli sous du goudron chaud. » Pour l’élue, ces situations rappellent l’importance de renforcer la prévention et le suivi médical des agents.

Des maladies qui ne rentrent plus dans les cases administratives

Sylvie Ferrer attire également l’attention sur les limites du dispositif encadrant les congés de longue maladie dans la fonction publique. Elle rappelle que les pathologies ouvrant droit à ces dispositifs sont définies par un arrêté du 14 mars 1986. « Cet arrêté n’a pas été remis à jour depuis. » Selon elle, certaines maladies aujourd’hui mieux prises en charge médicalement ne figurent toujours pas dans cette liste. Elle cite le cas d’une agente hospitalière atteinte d’une pathologie grave. « À l’époque, les personnes ne survivaient pas. Aujourd’hui il existe des traitements qui permettent de survivre mais ce n’est pas pris en compte. » D’après la députée, cette situation peut conduire certains agents à perdre une partie de leurs droits. « On lui demande de revenir travailler alors qu’elle ne peut pas. Son salaire a été diminué. » Elle estime que de nombreux fonctionnaires se retrouvent aujourd’hui dans une zone grise administrative où leur état de santé ne leur permet plus d’exercer normalement leur activité sans pour autant bénéficier des protections prévues pour d’autres pathologies.

Une fonction publique de plus en plus précaire

Au-delà des questions liées à la santé, Sylvie Ferrer dénonce également l’évolution de l’emploi public. Selon elle, la progression du recours aux contractuels fragilise les agents et affaiblit progressivement le statut de la fonction publique« Le statut disparaît de plus en plus. » La députée affirme avoir récemment été contactée par plusieurs agents envisageant de se constituer en collectif face à cette précarisation croissante. « Il y a de plus en plus de contractualisation dans toutes les agences aujourd’hui de la fonction publique. » Pour elle, cette évolution contribue à fragiliser les parcours professionnels et les garanties dont bénéficient traditionnellement les fonctionnaires. « Les agents tiennent les services publics à bout de bras » Face à ces constats, Sylvie Ferrer plaide pour un renforcement des moyens consacrés à la fonction publique. Elle appelle notamment à : la revalorisation des grilles indiciaires ; la titularisation des agents contractuels ; le recrutement massif de fonctionnaires ; le dégel du point d’indice ; le renforcement de la médecine du travail. « Nous souhaitons protéger ce statut de la fonction publique et les agents du quotidien qui tiennent nos services publics à bout de bras. »

Pour l’élue, la prévention doit redevenir une priorité.

« Il faut remettre de la médecine du travail en prévention parce qu’il faut aussi travailler à la prévention avec des obligations de contrôle pour les collectivités et les établissements. » Elle estime que le manque de médecins du travail touche désormais l’ensemble des versants de la fonction publique. « Mon mari est enseignant, il n’a jamais eu de visite médicale. Jamais. Il n’y a plus de médecine du travail dans la fonction publique. »

Un appel à une meilleure protection des agents publics

Au terme de son intervention, Sylvie Ferrer a réaffirmé son soutien aux revendications du collectif des agents oubliés des fonctions publiques. Pour elle, les situations évoquées lors de cette conférence de presse révèlent des difficultés plus larges dans la prise en charge des agents confrontés à la maladie, au handicap ou aux accidents de service. « Il y a des dysfonctionnements qui sont évidents en termes de prévention et en termes de soutien des agents de la fonction publique. » Avant de conclure par une formule particulièrement critique à l’égard de l’employeur public : « L’État est de plus en plus un très mauvais employeur. »



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