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Hautes-Pyrénées – Valentin Rouby interview Gérard Trémège sur la jeunesse et la politique 


Valentin Rouby, Délégué général de l’association Hémicycle France, a réalisé une interview avec Gérard Trémège, maire de Tarbes pendant plus de 24 années, anciennement député et Président national des Chambres de Commerce.

Après avoir réalisé les interviews de Jean Glavany, ancien ministre et député des Hautes-Pyrénées, Amir Reza-Tofighi le patron national de la CPME, Valentin Rouby, délégué général de l’association Hémicycle France a rencontré Gérard Trémège, ancien maire de Tarbes.

Valentin Rouby : Selon vous, quel rôle doit jouer la jeunesse dans la politique ?

Gérard Trémège : J’ai toujours fait confiance aux jeunes. J’en ai pris dans mes équipes, j’en ai non seulement fait des élus, mais aussi des adjoints. L’exemple de Mme Mendes que j’avais dans mon équipe en 2014, elle avait 22 ans et a été nommée adjointe. Cela ne l’a pas empêchée de se présenter contre moi en 2020 en m’attaquant excessivement. Je crois aux qualités de la jeunesse, mais il est vrai que parfois je m’interroge sur ce que nous vivons en France et dans le monde. Certains jeunes de 14/15 ans qui deviennent violents, voire meurtriers. C’est effroyable. Il y a un véritable et sérieux problème d’éducation.  Comment voulez-vous que des jeunes ainsi abandonnés à eux-mêmes puissent s’investir dans la politique ? Heureusement, il existe aussi des jeunes de qualité. Ils possèdent souvent des ambitions et compétences essentielles. Ils ont des idées, des compétences, des visions, ils sont pertinents. Ils croient en leur Pays, les valeurs de Nation et de Patrie les concernent. Il faut croire en eux, leur donner leur chance, leur faire confiance, leur montrer le chemin à eux de prendre leurs responsabilités et de marcher avec courage avec foi. Il ne faut pas croire que les aînés détiennent systématiquement les “bonnes solutions”, nous n’avons pas l’exclusivité de la raison. A titre personnel, j’ai toujours écouté les jeunes, cela ne m’a pas été forcément toujours bénéfique, mais cela ne fait rien. Il y a une chose primordiale que je veux leur dire. Vous avez le droit d’avoir des idées, vous avez le droit de critiquer, vous avez le droit d’aspirer à un monde meilleur, vous avez le droit d’aimer ou de ne pas aimer. Mais il y a un devoir qui s’impose, c’est le respect. Le respect de ce qui a été fait, le respect des biens et des personnes. A chacun sa vérité comme dirait Pirandello.

Pourquoi pensez-vous que la jeunesse se désintéresse de la politique et pourquoi est-ce qu’elle a tendance à pencher vers les extrêmes, du moins vers des idées qui semblent radicales ?

Ce sont les “vertus” du mauvais exemple qui font que les jeunes s’écartent. Le monde politique dit “traditionnel” a fauté. Beaucoup d’élus sont mis en cause parfois à juste titre, parfois sans raison, j’en sais quelque chose mais la médiatisation parfois outrancière trouble les jugements. Quand je vois tout ce qui a été fait à Tarbes, je crois en la vertu du bon exemple. Ce sont les maires qui détiennent les engagements les plus concrets au service de la population. Ils ont les cartes pour répondre aux attentes de la jeunesse. Et si ces attentes sont déçues, je peux comprendre que certains se tournent vers des horizons qui semblent meilleurs, du moins plus attractifs, ou peuplés d’illusions. Il n’y a rien de pire que des rêves, des illusions soient déçus. Il y a aussi une responsabilité importante des réseaux sociaux. L’agressivité qui se développe sur les jeux vidéo etc. Qu’est-ce que cela véhicule ? De la violence. De l’envie.  Comment vivre en permanence dans cet environnement et agir sereinement ? L’esprit libre, ouvert au rêve, à la poésie, à l’amour qui transcende. Sur la scène publique c’est la même chose. Au moindre comportement opposé injuste, des réactions violentes apparaissent. Les discussions sereines, constructives et positives n’existent plus. Comment se faire confiance, imaginer de construire, de créer un monde meilleur ? L’impact médiatique est énorme. Ce qui intéresse les médias c’est d’opposer en permanence. Montrons les réussites, pas les échecs ; les commentaires sur les échecs sont bien plus présents que ceux sur la réussite. Tout cela crée un climat négatif, peu propice à l’engagement. Pour être honnête, je suis très inquiet pour 2027.

La Ve République arrive-t-elle à bout de souffle ?

Je ne crois pas. Je pense que la constitution de 1958 a largement démontré ses qualités et ses capacités à s’adapter aux évolutions de notre société. Elle n’est pas morte. Il y a eu de très nombreuses adaptations. La société évolue, les mœurs aussi. Quand j’étais Député, j’ai été amené deux fois à voter pour la modifier au Congrès de Versailles les deux assemblées réunies.

J’en conclus que vous ne partagez pas la position du parti La France Insoumise (LFI) qui souhaite passer à la VIe République ?

Ce sont des appels à la Révolution. Et M. Mélenchon ne comprend pas que si ses appels à la Révolution aboutissent, il serait le premier à en faire les frais. Il joue un jeu dangereux. Si l’on prend l’exemple historique de 1793, les premiers instigateurs de la Révolution et des années de Terreur, ont été les premiers à être exécutés. 

La France Insoumise (LFI) et le Rassemblement National (RN) appartiennent- ils à l’arc républicain, selon vous ?

J’en reviens au respect. Les électeurs ne sont pas des “idiots”, ils ne sont ni sourds ni aveugles. Si aujourd’hui, des gens mettent le RN entre 35 et 40% ce n’est pas pour rien. S’il y en a qui mettent LFI à 15, 20 ou 25%, ce n’est pas non plus pour rien. Cela ne veut pas dire que les idées ou les personnages ne sont pas discutables. Si les électeurs mettent le RN au pouvoir, ce qui est possible, je vous ai fait part de mes craintes à ce sujet, il faudra faire en sorte qu’on puisse maintenir notre pays en paix. Les électeurs sont souverains, ils doivent être écoutés et respectés. La vérité absolue n’existe pas. Ces partis siègent à l’Assemblée Nationale, ils participent à la vie démocratique, ils sont pour moi républicains. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont inoffensifs.  

Pensez-vous que pour un jeune provincial il est plus difficile d’atteindre des fonctions nationales ? 

Honnêtement, oui… Je prends l’exemple d’un garçon pour lequel j’ai une grande estime, Aurélien Pradié (Député). Il possède un grand talent, il est brillant. Mais comme il a dit ce qu’il pensait au sein du parti Les Républicains (il occupait la fonction de Secrétaire Général Adjoint), il a été écarté par les grands dirigeants nationaux. Autrement dit, oui c’est possible de briser le plafond de verre, par le talent et la constance, et de pouvoir se créer une place à Paris. Mais cela reste tout de même plus difficile. Pas impossible, mais plus difficile. Lucien de Rubempré est un exemple à méditer.  Je vais vous dire, quand je siégeais à l’Assemblée nationale j’ai connu des personnages. Notamment un ancien Ministre du Général de Gaulle, il s’appelait Raymond Marcellin.  En commission, un jour, il m’a dit : “Trémège, tu es trop bon ici, tu ne seras pas réélu chez toi”. Que s’est-il passé ? Je n’ai pas été réélu en 1988. Donc humilité, patience, travail. La réussite peut être au bout.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer en politique ?

La politique, c’est l’organisation de la vie au sein d’un territoire. Qu’il s’agisse d’un territoire local, national, c’est un l’engagement qui débouche sur l’organisation de la vie dans la cité. Je le redis humilité, patience, travail. Je dis aux jeunes que vous avez un devoir impératif, c’est de vous intéresser à la chose publique, à ce qui vous concerne et qui vous concernera à un moment ou à un autre. En vous intéressant à la chose publique vous refusez de subir et vous pouvez faire entendre votre voix. Il faut s’engager avec humilité, c’est-à-dire de ne pas avoir le sentiment que soudainement, parce qu’on est jeune, on détient la vérité absolue. Faites attention aux promesses inconsidérées, parce que les autres ont besoin de vous. Ne soyez pas des otages, soyez des acteurs actifs. 



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