Actualités Hautes-Pyrénées
la Coordination Rurale alerte le préfet sur des élevages à l’arrêt
Réunis à la préfecture ce jeudi 8 janvier 2026, les représentants de la Coordination Rurale des Hautes-Pyrénées ont exposé une situation qu’ils jugent critique pour l’agriculture locale. Blocages sanitaires liés à la DNC, pertes financières importantes, difficultés de trésorerie et absence d’indemnisation : les éleveurs dénoncent une crise profonde et durable.
La Coordination Rurale des Hautes-Pyrénées (CR 65) a été reçue jeudi 8 janvier 2026 à 10h30 à la préfecture. L’objet de cette rencontre : faire le point sur la situation agricole dans le département et porter les revendications des éleveurs, confrontés selon le syndicat à une crise « très grave », qui dépasserait même le cadre des Hautes-Pyrénées pour toucher les départements limitrophes.
Céréaliers comme éleveurs font face à de lourdes difficultés de trésorerie. La CR 65 indique que certaines banques conseillent la revente de matériel ou de foncier, faute de solutions alternatives. Un isolement du monde agricole est également dénoncé, alors que le syndicat attend toujours un retour des établissements bancaires après un courrier adressé précédemment.
Un abattage contesté dans un élevage reconnu foyer DNC
Parmi les dossiers évoqués figure celui de l’élevage de Luby-Betmont, reconnu foyer de DNCB depuis le 10 décembre 2025. Des prises de sang ont été réalisées à la demande de l’éleveur le jour du dépeuplement. Selon la Coordination Rurale, toutes les analyses sanguines sur les animaux en contact avec l’animal infecté se sont révélées négatives à la DNC.
Le syndicat estime ainsi que l’abattage de l’ensemble du lot aurait pu être évité. Il est toutefois précisé que deux petits nodules prélevés sur un animal par le vétérinaire, malgré une prise de sang négative, ont révélé par analyse PCR une souche sauvage de DNC, faiblement détectée.
Un protocole sanitaire aux conséquences économiques lourdes
La mise en place du protocole DNC est décrite comme source de nombreux blocages. Les entrées d’animaux sont fortement limitées chez les engraisseurs de bovins et de veaux en batterie, tandis que les sorties de veaux sont également entravées chez les éleveurs laitiers.
Selon la CR 65, cette situation entraîne un double effet : des ateliers d’engraissement qui risquent de se retrouver vides et, à l’inverse, des éleveurs laitiers contraints de garder des veaux en surnombre, avec un surcoût alimentaire important.
À cela s’ajoutent, toujours selon le syndicat, des effets du vaccin sur la production laitière. Une baisse significative de la production journalière est constatée dans plusieurs élevages, sans indemnisation des pertes cumulées.
Deux exploitations citées pour illustrer les pertes
Afin d’objectiver la situation, la Coordination Rurale a présenté au préfet les chiffres de pertes financières de deux exploitations.
La première concerne un élevage de veaux de boucherie en hors-sol, avec l’installation d’un jeune agriculteur et la création d’un GAEC en décembre 2023. L’exploitation a investi 710 000 euros et a démarré son activité en juillet 2025, en intégration avec Sobeval (groupe Van Drie France). Le crédit s’élève à 3 800 euros par mois, soit 45 600 euros par an. À cela s’ajoute une perte d’exploitation estimée à plus de 9 000 euros par mois en raison des bâtiments partiellement ou totalement vides, conséquence directe des restrictions de circulation des animaux.
La seconde exploitation est un élevage bovin lait de 140 vaches, installé en 2024, équipé de trois robots de traite et d’une mélangeuse distributrice automotrice. L’éleveur fait état d’une perte de six litres de lait par vache et par jour depuis la vaccination début décembre, soit une perte estimée à environ 20 000 euros sur un mois et demi. S’y ajoutent la perte de deux génisses, évaluée à 1 600 euros, et un surcoût alimentaire lié à la consignation de 40 veaux, portant le cumul des pertes à plus de 27 000 euros en 45 jours.
Circulation des animaux et saturation des abattoirs
La question du transport des animaux vers les abattoirs a également été largement abordée. Les veaux de boucherie hors sol, mis en place par des intégrateurs comme Sobeval ou Denkavit, doivent être abattus respectivement à Périgueux (Dordogne) et à Caussade (Tarn-et-Garonne). Or, selon la CR 65, des dérogations évoquées au niveau ministériel se heurteraient à l’opposition de certaines directions départementales.
Les abattoirs de Tarbes et d’Auch ne disposeraient pas de la capacité suffisante pour absorber les volumes concernés, avec un retard d’abattage estimé entre 600 et 1 000 veaux par semaine. Le syndicat demande que les animaux puissent rejoindre les abattoirs initialement prévus par les intégrateurs, soulignant que des bovins irlandais traversent la France pour rejoindre l’Espagne.
Abattage d’urgence : un service à consolider
La Coordination Rurale a néanmoins salué la mise en place de l’abattage d’urgence à l’abattoir de Tarbes, à la suite de ses demandes. Elle estime toutefois que des ajustements restent nécessaires, notamment sur la clarification des responsabilités entre le GDS et l’abattoir, ainsi que sur l’accueil des animaux tous les jours de la semaine.
Le syndicat plaide pour un service d’abattage d’urgence opérationnel sept jours sur sept dans le département, jugeant inconcevable de devoir se rendre dans des départements voisins pour ce type de situation, notamment au regard du bien-être animal.
« Des élevages bloqués et pas de revenu »
En conclusion, la Coordination Rurale des Hautes-Pyrénées alerte sur une situation qu’elle juge intenable : des élevages bloqués pour une durée minimale de quatre mois, sans prise en compte de la trésorerie des exploitations. Le syndicat interroge la capacité des éleveurs à honorer leurs emprunts et à subvenir à leurs besoins.
La CR 65 appelle à une mobilisation des services de l’État, des banques et de la chambre d’agriculture, dans l’attente de réponses concrètes aux dossiers transmis. Elle réaffirme enfin son engagement à accompagner les agriculteurs et à défendre leurs intérêts.