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La grève suspendue dans les crèches municipales après des avancées obtenues
Après plusieurs jours de mobilisation, la grève lancée la semaine dernière dans les crèches de Tarbes a été suspendue. À l’issue d’une réunion avec la municipalité, les personnels ont obtenu plusieurs engagements portant notamment sur des renforts de personnel et une réflexion sur l’organisation du travail.
Le mouvement de grève qui touchait les crèches municipales de Tarbes la semaine dernière a pris fin. Les personnels ont décidé de suspendre la mobilisation après une réunion avec la collectivité, qui a débouché sur plusieurs engagements. Pour Gilles Haurie, représentant de la CGT à la mairie de Tarbes, la mobilisation a permis d’ouvrir des discussions et d’obtenir un premier ensemble de réponses aux revendications portées par les agents. « On voulait se réjouir que la mobilisation ait permis d’aller trouver des pistes de réflexion et surtout d’aboutir sur un certain nombre de revendications faites par le personnel des crèches et par nous », explique-t-il.
Des renforts annoncés dans deux crèches
Parmi les mesures annoncées figure le recrutement de deux agents supplémentaires. Un renfort doit être affecté à la crèche La Goutte de Lait, et un autre à la crèche Les Crayons de Couleur. Selon le représentant syndical, il s’agissait d’une revendication prioritaire des équipes. La collectivité s’est également engagée à permettre aux établissements de faire davantage appel au corps des remplaçantes afin de faire face aux absences ou aux besoins ponctuels de personnel. Autre point évoqué lors de la réunion : une réflexion prévue cet été sur l’annualisation du temps de travail.
Une demande d’autonomie pour les directrices
Les discussions ont aussi porté sur les marges de manœuvre des directions de crèche. D’après Gilles Haurie, plusieurs directrices estiment rencontrer des difficultés pour agir sur des sujets relevant pourtant de leurs compétences. Le directeur général des services aurait indiqué vouloir prendre en compte cette problématique. Il souhaite notamment recevoir un compte rendu des décisions prises lors des réunions mensuelles du comité de direction. Pour les agents mobilisés, ces engagements constituent « un premier pas », ce qui a conduit à la suspension de la grève.
Des difficultés dénoncées de longue date
La CGT mairie de Tarbes rappelle cependant que les difficultés dans les crèches ne sont pas nouvelles. Selon Gilles Haurie, une étude sur les risques psychosociaux réalisée en 2018 avait déjà pointé de fortes tensions dans plusieurs services, notamment au sein du centre communal d’action sociale (CCAS). Les crèches y apparaissaient comme les structures les plus touchées par la souffrance au travail. Une enquête du comité d’hygiène et de sécurité menée le 25 juillet 2023 dans la crèche de la Goutte de Lait avait également mis en évidence plusieurs difficultés.
Conditions d’accueil et organisation du travail pointées
Le rapport mentionnait notamment des conditions d’accueil jugées dégradées, liées selon les agents à une politique de remplissage des structures et à un fonctionnement en flux tendu. Parmi les éléments signalés figuraient aussi : des plannings établis sur des périodes très courtes et susceptibles de changer au dernier moment ; des agents amenés à remplacer d’autres fonctions en cas d’absence (entretien, cuisine, etc.) ; des arrêts maladie à répétition liés à ces conditions de travail ; un manque de temps pour développer des activités ou des projets éducatifs avec les enfants. Le rapport évoquait également un turnover important, avec 18 changements de personnel recensés en 2025 dans la crèche de la Goutte de Lait.
Des structures et des moyens jugés insuffisants
L’enquête de 2023 faisait aussi état de difficultés matérielles ou organisationnelles : structure jugée peu adaptée dans certains cas, manque de matériel et de jeux, ou encore peu d’activités et de sorties organisées. Les agents mentionnaient également l’absence de pause durant des journées de sept heures de travail, ainsi qu’un manque d’espaces calmes pour les enfants. Le document évoquait enfin une organisation pouvant « rendre l’institution malveillante », une formulation validée à l’époque par le comité d’hygiène et de sécurité.
Dans son intervention, Gilles Haurie, représentant de la CGT à la mairie de Tarbes, a évoqué les responsabilités politiques et administratives dans la dégradation des conditions de travail signalées dans les crèches municipales.
« Ce document a été signé et validé à l’époque par Romain Giral et Jean‑Paul Gerbet, au titre de leurs responsabilités au sein de la collectivité ». Au cours de son intervention, Gilles Haurie a également mis en cause l’élue municipale Véronique Dutrey, estimant que certaines décisions prises dans le passé avaient contribué à laisser se dégrader la situation. Selon lui, « des choix budgétaires » auraient été faits alors que les difficultés étaient déjà connues. Le représentant syndical affirme que ces alertes existaient depuis plusieurs années, notamment à travers les études et enquêtes internes évoquant la souffrance au travail dans les crèches. Le syndicaliste estime que cet « abandon institutionnel » expliquerait en partie les départs réguliers observés parmi les directrices, éducateurs de jeunes enfants et auxiliaires de puériculture.
Un débat plus large sur la situation des crèches
Pour la CGT, les difficultés rencontrées localement doivent aussi être replacées dans un contexte plus large. Le syndicat fait référence à des analyses nationales, notamment celles de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), qui évoquent les risques de maltraitance institutionnelle lorsque les structures fonctionnent en tension. La suspension de la grève marque donc une étape dans le dialogue entre les personnels et la municipalité, mais les représentants syndicaux indiquent qu’ils resteront attentifs à la mise en œuvre des engagements pris.

Si les personnels ont obtenu plusieurs engagements à l’issue du mouvement social dans les crèches de Tarbes, les représentants syndicaux souhaitent désormais porter la réflexion plus loin. Selon Gilles Haurie, certains sujets de fond restent insuffisamment abordés dans le débat public local. Il évoque notamment les questions environnementales, mais aussi et surtout l’éducation et la place de la jeunesse. « Notre seule richesse ici, c’est notre jeunesse », estime-t-il, regrettant l’absence d’un débat global sur ces questions.
Des inégalités scolaires qui se creusent
Le syndicaliste pointe notamment la situation de l’école, de la maternelle au primaire. Selon lui, plusieurs études montrent que l’établissement scolaire peut devenir un lieu de reproduction des inégalités sociales. Il évoque également une baisse de la mixité sociale et un écart qui se creuse entre les élèves en réussite scolaire et ceux en difficulté. Dans le même temps, la présence d’enfants présentant des troubles ou rencontrant des difficultés d’apprentissage serait de plus en plus fréquente. Pour Gilles Haurie, cette situation ne peut être expliquée par une supposée évolution des capacités des enfants. « On ne peut pas imaginer que les enfants soient aujourd’hui moins capables qu’avant », affirme-t-il. Face à ce constat, la CGT appelle à organiser des Assises de la petite enfance afin de dresser un état des lieux global et réfléchir aux évolutions nécessaires. Ces discussions pourraient porter sur plusieurs sujets : les méthodes pédagogiques, les rythmes de l’enfant, ou encore l’accompagnement des familles.
Les représentants syndicaux évoquent notamment la situation de certaines familles monoparentales, parfois démunies face aux difficultés éducatives. Selon eux, un travail renforcé d’accompagnement à la parentalité pourrait être mené en lien avec les professionnels de l’enfance. Le syndicat insiste également sur le manque de professionnels spécialisés dans le suivi des enfants, citant notamment les orthophonistes. La question du nombre d’élèves par classe est aussi évoquée. Même si certaines classes comptaient autrefois davantage d’élèves, les difficultés actuelles des enfants nécessiteraient selon lui davantage d’encadrement. Pour Gilles Haurie, ces enjeux sont directement liés à la réussite éducative et au climat social.
Renforcer la formation dans le périscolaire
La CGT estime également que la collectivité peut agir sur le périscolaire. Le syndicat plaide pour un plan de titularisation et de formation continue pour les animateurs, tout en maintenant une part de postes temporaires permettant l’intervention d’étudiants. Selon lui, l’essentiel des équipes devrait toutefois être composé d’agents titulaires et formés sur la durée. Parmi les pistes évoquées figure également la réhabilitation du site de Bours, ancien centre de loisirs municipal qui accueillait des enfants de différents quartiers de la ville. Pour les représentants syndicaux, ce type d’équipement peut favoriser les rencontres entre familles et enfants issus de milieux différents.
La CGT estime également qu’un projet spécifique devrait être développé pour les adolescents. Selon Gilles Haurie, plusieurs dispositifs existent déjà – animateurs, médiateurs ou programmes d’accompagnement – mais ils fonctionnent souvent de manière séparée. Cette organisation limiterait les échanges entre services et nuirait à la cohérence des actions menées auprès des jeunes. La réflexion proposée par la CGT s’étend jusqu’aux jeunes adultes et aux étudiants. Le syndicat cite des données nationales indiquant que près de 30 % des étudiants ne mangeraient pas à leur faim et qu’une part importante rencontrerait des difficultés de logement. Dans ce contexte, les collectivités locales pourraient selon lui réfléchir à des réponses en matière de service public, comme des solutions de restauration ou d’hébergement.
