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Prison de Tarbes – Surpopulation, vétusté et manque de moyens, le député Denis Fégné tire la sonnette d’alarme


Deux ans après les recommandations d’urgence du Contrôleur général des lieux de privation de liberté, le député des Hautes-Pyrénées Denis Fégné a effectué une visite du centre pénitentiaire de Tarbes. À l’issue de ce déplacement, il dresse un constat préoccupant sur les conditions de détention, les conditions de travail des personnels et les difficultés de réinsertion.

Vendredi 5 juin 2026, le député des Hautes-Pyrénées Denis Fégné a tenu une conférence de presse à sa permanence parlementaire de Tarbes après une visite du centre pénitentiaire de la ville. Cette démarche s’inscrit dans la mission de contrôle et d’évaluation des établissements pénitentiaires confiée aux parlementaires. Le député explique avoir souhaité se rendre sur place deux ans après les recommandations en urgence formulées par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, à la suite d’un rapport ayant mis en lumière une situation jugée particulièrement préoccupante au sein de la maison d’arrêt tarbaise. « L’objectif était de voir s’il y avait eu des évolutions, des améliorations, d’écouter l’ensemble des acteurs concernés et de faire remonter les besoins », a-t-il indiqué.

Une surpopulation carcérale toujours très importante

Premier constat dressé par le parlementaire : la surpopulation carcérale demeure au cœur des difficultés rencontrées par l’établissement. Selon les chiffres communiqués lors de la visite, la maison d’arrêt compte actuellement 159 détenus pour 60 cellules. Avec deux couchages par cellule, la capacité théorique est de 120 places. Si une partie des détenus peut être hébergée dans les quartiers disciplinaire et d’isolement, cela ne suffit pas. Plusieurs détenus dorment sur des matelas installés au sol. Denis Fégné évoque des conditions de détention particulièrement difficiles. Lors de sa visite, il a pu entrer dans plusieurs cellules et échanger directement avec des détenus.

Dans certaines d’entre elles, trois personnes cohabitent dans des espaces initialement conçus pour deux occupants. Entre les lits superposés, les installations sanitaires et le manque d’espace disponible, le député décrit des conditions qu’il juge « déplorables ».

Il souligne également que cette situation peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années pour certains détenus rencontrés au cours de la visite.

Des bâtiments vieillissants malgré des travaux engagés

La visite a également permis d’évaluer l’état du bâti. Des travaux de rénovation sont en cours depuis plusieurs mois. Ils sont réalisés progressivement, par groupes de quatre cellules, afin de permettre le maintien de l’activité de l’établissement pendant le chantier. Quatre cellules ont déjà été rénovées. Selon les informations recueillies sur place, chaque tranche de travaux nécessite environ trois mois d’intervention. Pour autant, le rythme des rénovations apparaît lent au regard de l’ampleur des besoins. Avec une soixantaine de cellules à rénover, le programme devrait s’étaler sur plusieurs années. Le député rapporte avoir constaté de nombreux signes de vétusté : peintures dégradées, fissures, problèmes d’isolation et usure générale des locaux.

Certaines améliorations ont néanmoins été réalisées ces dernières années. Le service de soins a été rénové, le parloir a été réaménagé et le terrain de sport a fait l’objet de travaux. Malgré ces évolutions, l’impression générale reste celle d’un établissement ancien confronté à des difficultés structurelles importantes.

Une population pénale de plus en plus fragile

Au-delà des questions immobilières, Denis Fégné estime que l’évolution du profil des détenus complique davantage la gestion quotidienne de l’établissement. Les personnels rencontrés lui ont fait part d’une présence accrue de personnes souffrant de fragilités psychologiques, de problèmes d’addiction ou de dépendance aux stupéfiants. De nombreuses personnes détenues présentent également des problématiques de santé ou des situations d’isolement familial. Selon le député, l’ensemble de ces facteurs accroît la complexité de la prise en charge et génère des tensions supplémentaires dans un contexte où les moyens humains demeurent limités. Il relève également que les questions liées au fait religieux occupent une place croissante dans le quotidien de l’établissement, ajoutant un élément supplémentaire à la diversité des situations à gérer.

Un accès aux soins sous tension

La délégation parlementaire a rencontré les personnels du service médical. Selon les informations communiquées lors de la visite, cinq infirmières assurent le suivi sanitaire des détenus. Le service ferait toutefois face à une file d’attente d’environ cinquante patients en attente d’une consultation ou d’un diagnostic. Le député rapporte également les difficultés rencontrées lors des épisodes de fortes chaleurs. Les professionnels de santé ont notamment évoqué une augmentation des pathologies liées à la température dans des bâtiments mal isolés et fortement occupés. La surpopulation carcérale accentuerait encore ces phénomènes, en particulier dans les cellules hébergeant trois personnes. Les questions de santé mentale apparaissent également comme un enjeu majeur. Selon les informations recueillies, les prises en charge psychiatriques reposent en partie sur l’hôpital de Tarbes, avec notamment la présence d’un psychiatre à temps partiel.

Des surveillants confrontés à une forte pression

Au cours de sa visite, Denis Fégné a également rencontré les représentants des personnels pénitentiaires. Le député a tenu à souligner le rôle essentiel joué par les surveillants dans le fonctionnement de l’institution. Selon lui, ces derniers exercent leur mission dans des conditions particulièrement difficiles. Les organisations syndicales alertent depuis plusieurs années sur les conséquences du manque d’effectifs, de la fatigue professionnelle et de la surpopulation carcérale. Les tensions observées au sein de l’établissement seraient souvent liées à quelques profils particulièrement complexes, mobilisant une part importante des ressources humaines disponibles et réduisant les capacités de surveillance sur le reste de la détention. « C’est assez systémique », résume le député, qui évoque des périodes de tensions pouvant se succéder selon les situations rencontrées.

Réinsertion : des efforts maintenus mais des moyens jugés insuffisants

Malgré les difficultés, plusieurs dispositifs de formation et d’accompagnement demeurent proposés aux détenus. Des actions existent notamment dans les domaines du numérique, du bâtiment ou encore de l’entretien général. La question de la préparation à la sortie reste toutefois un point de vigilance. Le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP), chargé notamment d’accompagner les détenus dans leurs démarches de réinsertion, disposerait de moyens limités. Selon les éléments présentés lors de la visite, deux agents assurent cette mission au sein de l’établissement. Pour Denis Fégné, la réinsertion ne peut se résumer à la seule recherche d’un emploi. Elle implique également le maintien des liens familiaux, l’accès au logement, le suivi social ou encore l’accompagnement des personnes les plus vulnérables. Le député rappelle que les difficultés rencontrées par les services de probation ne sont pas nouvelles et qu’elles sont régulièrement signalées depuis plusieurs décennies.

Une question qui dépasse le seul cadre de la prison de Tarbes

Au terme de sa visite, Denis Fégné estime que la situation observée au centre pénitentiaire de Tarbes soulève des interrogations plus larges sur la politique pénitentiaire française. Selon lui, les recommandations formulées ces dernières années ont donné lieu à certaines améliorations, mais leur mise en œuvre demeure partielle et progressive. Dans le même temps, la hausse continue de la population carcérale limiterait les effets des mesures engagées. Le parlementaire considère que la réponse ne peut pas reposer uniquement sur la construction ou la rénovation de places de prison. Il plaide également pour le développement des aménagements de peine, le renforcement des alternatives à l’incarcération lorsqu’elles sont adaptées et l’augmentation des moyens consacrés aux services de probation.

Trois priorités ressortent de son intervention : la lutte contre toute forme de violence ou d’atteinte aux droits des personnes détenues, le soutien aux personnels pénitentiaires confrontés à la surpopulation et au manque d’effectifs, et le renforcement des dispositifs de réinsertion afin de prévenir la récidive. Après avoir échangé avec les détenus et visité plusieurs cellules, Denis Fégné dit avoir été marqué par le sentiment d’oppression ressenti à l’intérieur de l’établissement. Pour le député, les difficultés constatées sont désormais largement documentées. La question reste désormais celle des réponses qui pourront être apportées dans les mois à venir.



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