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Pyrénées – Les doléances des Gilets jaunes présentées au public le 19 décembre à la maison de l’histoire à Tarbes
Un collectif de cinq citoyens a passé plusieurs mois à analyser les cahiers de doléances déposés en 2019 dans 205 communes du département. Une restitution publique aura lieu vendredi 19 décembre aux Archives départementales, à Tarbes.
Très impliqué dans le mouvement des Gilets jaunes en 2018-2019, Yves Castéra a décidé, avec quatre autres personnes, de se pencher sur les cahiers de doléances ouverts dans les communes des Hautes-Pyrénées lors du Grand débat national. Le groupe explique avoir attendu plusieurs années, espérant que l’État s’empare de ces contributions.
« On s’attendait à ce que le gouvernement s’en saisisse puisque c’était ça le Grand débat », rappelle Yves Castéra, évoquant notamment l’incendie de Notre-Dame, survenu au moment où une restitution nationale était attendue. « Tout est tombé à l’eau ce soir-là », se souvient-il.
Face à l’absence de suites politiques, l’association Éveil citoyen, qu’il présente comme transpartisane, a choisi de reprendre le chantier. « C’est beaucoup plus large que le mouvement des Gilets jaunes », précise-t-il, en rappelant que l’association travaille aussi sur des sujets comme l’eau ou l’hôpital.
330 pages et environ 2 500 doléances
Le collectif a organisé une première journée de travail le 20 mars dernier. D’autres séances ont suivi, mobilisant cinq bénévoles : Victoria, Jisy, Maryse, Véronique et Yves Castéra.
Le travail a consisté à photographier l’intégralité des cahiers, puis à retranscrire les textes grâce à des outils vocaux. « Un boulot gigantesque », reconnaît-il. Au total, 205 communes ont mis à disposition leurs cahiers, et 154 d’entre elles ont réellement collecté des doléances. L’ensemble représente environ 330 pages Word, soit près de 2 500 doléances.
Un contenu représentatif du vécu de 2019
À la lecture des doléances, les membres du collectif disent retrouver ce qu’ils avaient constaté sur le terrain à l’époque du mouvement. « Le contexte n’a pas vraiment évolué, il s’est même aggravé », estime Yves Castéra, tout en soulignant l’intérêt historique et social de ces documents. L’un des points marquants, selon lui, est la forte homogénéité des préoccupations, qu’il s’agisse de communes urbaines, rurales ou de montagne. Il rappelle que 65 à 70 % des communes du département comptent moins de 300 habitants, et 12 % moins de 50 habitants. La géographie du territoire se retrouve, dit-il, dans l’expression des besoins et des difficultés quotidiennes.
Un corpus peu politisé
Le collectif affirme n’avoir observé ni clivage droite/gauche dans les contributions, ni messages de soutien ou d’hostilité marqués envers des partis. « Ça nous a impressionnés », note Yves Castéra, qui décrit des doléances centrées avant tout sur le vécu quotidien.
Les sujets liés à l’immigration apparaissent, mais restent minoritaires. « C’est à 6,5 %, en septième position », indique-t-il, avec des demandes allant du contrôle des flux à des propositions pour mieux intégrer les personnes immigrées.
Une soirée de restitution ouverte à tous le 19 décembre
Le collectif invite désormais les habitants à découvrir le fruit de ces mois de travail. Deux séances seront proposées vendredi 19 décembre, à 14 h et à 18 h, aux Archives départementales, à Tarbes (Renseignements et inscriptions : eveilcitoyen65@gmail.com ; 07 88 43 38 74).
Les Archives départementales ont accueilli les bénévoles et mis du matériel à disposition. Yves Castéra insiste sur « l’importance de présenter ce travail dans un lieu qui est aussi une maison du peuple ».
Des démarches nationales en écho à l’initiative tarbaise
Le 19 décembre, sera également présent Fabrice Dalongeville, le coordinateur national des démarches citoyennes autour des doléances et initiateur des « États généraux communaux ». Le collectif des Hautes-Pyrénées fait partie des groupes locaux engagés dans cette démarche.
Selon Yves Castéra, l’objectif est désormais de permettre aux citoyens de « se réapproprier » ces doléances et d’en faire un point d’appui pour agir localement. Le mouvement souhaite aussi interpeller les élus, en les invitant à s’emparer de ces documents.
Vers des ateliers transpartisans avec les élus ?
Après la restitution publique, plusieurs pistes sont envisagées. L’une d’elles serait l’organisation d’ateliers réunissant des élus de tous horizons politiques. « Il va falloir qu’on se réunisse tous et qu’on se mette d’accord sur des points de convergence », plaide Yves Castéra, qui dit avoir invité « tout le spectre des élus ». L’association souhaite encourager des prises de parole « sereines et non conflictuelles », afin de travailler sur des sujets « impactants pour la population ».
Selon lui, les doléances constituent une ressource encore largement inexploitée : « Il n’y a pas un parti politique qui est allé aux archives pour nourrir sa profession de foi. Là, on vous a fait le boulot. »