Actualités Hautes-Pyrénées, Actualités Tarbes

 » Cet homme c’est le diable  » : l’ancien abbé de Tarasteix poursuivi pour viols fait face à ses victimes


l’essentiel
L’ancien abbé de Tarasteix, Jean-Claude Mercier, est jugé depuis ce vendredi 17 octobre par la cour criminelle des Hautes-Pyrénées. Accusé de viols sur mineur, il risque jusqu’à 15 ans de réclusion criminelle. Affaibli, l’homme a reconnu les rapports sexuels mais a assuré avoir recueilli le consentement.

La cour criminelle a fait la lumière sur ce qui est resté dans l’ombre de l’abbaye de Tarasteix pendant des décennies. Accusé de viols sur mineur, l’ancien abbé Jean-Claude Mercier est arrivé chancelant dans le box des accusés, ce vendredi. Placé en détention provisoire depuis deux ans, le religieux de 83 ans qui s’est plaint plusieurs fois de son état de santé est sorti du silence rapidement, ce vendredi, dans la salle d’audience.  » J’ai eu des relations avec la victime mais c’était consenti et il était majeur « , lâche-t-il parmi ses premiers mots derrière le box vitré. Il reprend, quelques instants plus tard :  » J’ai fait des choses qu’il ne fallait pas faire, on avait un amour tous les deux, une amitié très forte. J’ai reconnu aux enquêteurs avoir eu des dérapages dans une affectivité non contrôlée « . L’homme éclate en sanglots.  » Allons, vous n’allez pas pleurnicher devant la cour, vous êtes un adulte « , lui intime le président de la cour.

À lire aussi :
Viols sur mineur dans l’Église : l’ancien abbé de Tarasteix, Jean-Claude Mercier, demande sa libération

Une grande partie de la première journée d’audience a été consacrée à la personnalité de l’accusé. Un accusé décrit comme  » manipulateur « , « narcissique  » et  » dédaigneux « . Passé par plusieurs communautés religieuses en France, Jean-Claude Mercier a été nommé prêtre en 1970 à Djibouti. Les circonstances de son arrivée à Tarasteix, loin de sa Bretagne natale, restent opaques. C’est en tout cas, ici, dans ce coin de Bigorre isolé entre forêts et champs de maïs, que le curé autroproclamé héberge des enfants dans le cadre de colonies de vacances mais aussi des marginalisés souffrant d’addictions.

Maîtres Thierry Sagardoytho et Lorea Chipi pour la défense.
Maîtres Thierry Sagardoytho et Lorea Chipi pour la défense.
DDM Manon Adoue

À lire aussi :
Viols sur mineur dans l’Église : l’ancien abbé de Tarasteix sera jugé à partir du vendredi 17 octobre à Tarbes

Jean-Claude Mercier qui se présente comme un  » électron libre  » du diocèse devient vite une figure embarrassante. Les premiers plaignants se manifestent en 2018 : deux victimes évoquent des abus sexuels. Les faits sont prescrits, les plaintes classées sans suite. Mais en 2021, la commission Sauvé (La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église) ouvre la boîte de Pandore. Près d’une trentaine de témoignages parviennent sur le bureau du procureur de Tarbes. En 2022, le pape François exclut l’abbé : il n’est plus en odeur de sainteté.

À lire aussi :
Viols sur mineurs et agressions sexuelles dans l’Eglise : l’ancien abbé Mercier de Tarasteix mis en examen et incarcéré

Sur près de 50 auditions, seul un dossier est retenu pour viols sur mineur. Celui d’une victime de 45 ans, dépendante à la drogue, qui peine encore aujourd’hui à se reconstruire. L’homme a témoigné, ce vendredi, à huis clos. Il a déposé plainte pour quinze ans de violences sexuelles, de 1997 à 2018. Désœuvré par sa dépendance à l’héroïne et la cocaïne, l’homme a été confié à l’abbaye quand il avait 17 ans. Son frère assure également avoir été violé par l’ancien abbé.  » Il m’a donné des cachets, du Lexomil et du Viagra avant d’abuser de moi. J’étais une marionnette. Pour moi, cet homme c’est le diable, je n’ai aucune pitié ».

Maîtres Léa Levasseur-Prudence et Patrick Baffin pour les parties civiles.
Maîtres Léa Levasseur-Prudence et Patrick Baffin pour les parties civiles.
DDM Manon Adoue

 » Le soir, je devais le masturber et il me forçait à avaler « 

Les récits des autres victimes sont lus à la barre par le président du tribunal. La plupart décrivent des scènes de fellation et de pénétration forcées, parfois sous la prise contrainte d’anxiolytiques et de viagra. Parfois, avec l’usage d’objets. En visioconférence, l’un d’eux se souvient avoir eu 10 ans au moment des faits :  » J’ai été victime de viols réguliers pendant deux ans. Le soir, je devais le masturber et il me forçait à avaler, dans sa chambre. Et la journée, il faisait comme si de rien n’était « . Dans le box, prostré, le visage creusé, l’accusé fait les calculs dans sa tête. Et puis, à voix haute :  » En quelle année est né cet homme ?  » L’avocat général rebondit :  » Qu’il ait eu 11 ans ou 14 ans au moment des faits, cela fait-il une différence sur le plan de la pédophilie ?  » Réponse du mis en cause :  » Oui, à 14 ans, on a plus d’expérience, on est plus à même de dire non « . Un grondement désapprobateur monte dans la salle d’audience. Le religieux se reprend :  » C’est mal, dans tous les cas c’est mal « .

À lire aussi :
Viols sur mineur dans l’Eglise : l’ancien abbé Mercier de Tarasteix reste emprisonné

Certains plaignants assurent avoir reçu de l’argent après les rapports sexuels. Des sommes qui interrogent. S’agissait-il d’entretenir le silence des victimes ? D’où provenaient les fonds ?  » Il n’y a pas de traçabilité sur l’argent. On peut supposer que les dons des fidèles étaient remis aux familles des victimes et aux victimes elles-mêmes « , envisage Léa Levasseur-Prudence qui défend la Fondation pour l’enfance.

Ce n’est que dans l’après-midi que l’ancien abbé, somnolant dans le box, finit par exprimer son « pardon, de tout cœur ». Ce lundi 20 octobre, les plaidoiries sont attendues. Les deux avocats de la défense, Thierry Sagardoytho et Lorea Chipi devraient pointer du doigt l’âge de la victime au moment des faits. Jean-Claude Mercier risque jusqu’à 15 ans de réclusion criminelle.



Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *